Fantasmes sur l’école maternelle de banlieue

Les récents propos de Jean-Michel Blanquer revendiquant la pertinence de l’obligation scolaire à trois ans pour lutter contre la déscolarisation des petites filles dans les milieux fondamentalistes musulmans témoignent une fois encore des fantasmes entretenus sur l’école de la banlieue.

Les récents propos de Jean-Michel Blanquer revendiquant la pertinence de l’obligation scolaire à trois ans pour lutter contre la déscolarisation des petites filles dans les milieux fondamentalistes musulmans témoignent une fois encore des fantasmes entretenus sur l’école de la banlieue.
Cette prétendue motivation ne se fonde sur aucune donnée objective. Il n’y a pas de phénomène de non-scolarisation des filles en maternelle y compris dans les quartiers populaires. L’attribution de cette non-scolarisation à des facteurs religieux est donc une pure supputation qui témoigne davantage des représentations du ministre que des réalités du territoire. Lorsque les scolarisations à deux ans étaient plus développées qu’aujourd’hui, le même constat pouvait être fait : les petites filles vont à l’école autant que leurs frères !
Sans doute pourra-t-on trouver des situations de refus de scolarisation mais peut-on décrire la vie ordinaire de la banlieue au seul travers de quelques situations extrêmes sans faire surgir des représentations fantasmées qui accuseraient des familles de mettre en doute les valeurs de notre société alors qu'elles n'ont pour souhait que celui de la réussite scolaire des leurs enfants.  

Il en est de même d’autres arguments qui ont été successivement avancés pour justifier la scolarité obligatoire à trois ans.

Il y eut l’argument qui expliquait qu’il fallait inciter à la scolarisation dans les quartiers populaires car des enfants, garçons et filles confondus cette fois-ci, échappaient à la maternelle. La réalité statistique est toute autre: les familles populaires mettent leurs enfants à la maternelle et le faisaient dès deux ans quand on leur offrait la possibilité de le faire !  Et les seules zones où on constate une moindre scolarisation, c’est à Mayotte et en Guyane où faute de places, les familles populaires doivent se contenter d’une inscription sur une liste d’attente.   

Il y eut l’argument de l’assiduité peu respectée par les familles populaires nous disait-on. Cette fois-ci pas de statistiques officielles mais les témoignages des enseignants de la banlieue. Le seul manque d’assiduité véritablement notable provient qu’une question économique : le prix des billets d’avion lors du retour estival dans le pays d’origine qui incite les familles à partir avant la sortie scolaire et à revenir après. Raison qui conduit aussi des familles bourgeoises à manquer aux obligations d’assiduité pour bénéficier de vacances moins chères !

Jusqu’où ira donc cette recherche d’arguments pour la scolarité obligatoire à 3 ans ? Car la réalité est que cette mesure n’aura pas d’impact sur la scolarisation puisque la quasi-totalité des élèves est déjà scolarisée en maternelle. Et dans les seuls territoires où ce n’est pas le cas, faute de places, l’État n’a pas décidé d’investir suffisamment pour changer cette situation.
Pour le reste le seul véritable effet de cette réforme sera le subventionnement des écoles privées et donc le développement des inégalités que leur développement entraîne.
A la différence des précédentes réformes de la scolarité obligatoire, celle-ci consacrera donc une plus grande inégalité en favorisant les choix scolaires des milieux favorisés …  
Vouloir la justifier par de prétendus dangers causés par les familles populaires de banlieue confine au cynisme !

 

 

Sur les inégalités produites par la scolarité obligatoire à 3 ans :
Lire l’article de la revue « Regards croisés » en ligne

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