A la veille des vacances, petit hommage à ceux qui ne renoncent pas à enseigner...

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Petit exercice proposé en ligne : rédiger des "cartes d'identité littéraires". Il s'agit, nous dit-on, de faire des "petites recherches qui demandent un peu de réflexion et de reformulation" (sic!). Une activité pratique dont on nous explique qu'elle simple, insinuant ainsi qu'elle permettra la réussite de tous. Une activité moderne et numérique, puisqu'elle utilise les ressources en lignes. Et qu'on choisit probablement parce qu'elle est motivante, qu'avec elle au moins les élèves ne s'ennuieront pas. Une activité où l'élève peut apprendre tout seul, hors des schémas traditionnels de l'enseignement, ceux où l'omniprésence du professeur nuit à l'autonomie . 

A imaginer que l'ambition de l'école se réduit, de plus en plus souvent, à celle de rendre capable de traiter quelques informations ponctuelles, j'ai le sentiment d'un renoncement à penser la culture comme le vecteur de l'émancipation intellectuelle et sociale, le sentiment d'une négation du formidable pouvoir d'une situation d'enseignement soigneusement construite, du formidable pouvoir de la compétence didactique de l'enseignant.

Aussi, en cette veille de vacances, juste l'envie de rendre hommage à tous les enseignants qui ne renoncent pas.

Tous ceux qui ne feront pas la carte d'identité de Victor Hugo mais qui continueront à vouloir faire connaître et partager l'émotion du "bouquet de houx vert et de bruyère en fleur", la dignité des Misérables face à l'injustice et la force du poète qui "en des jours impies vient préparer des jours meilleurs". 

Tous ceux qui n'ont pas honte de transmettre le plaisir de la connaissance, Ce plaisir dans lequel ils veulent accompagner l'élève que le texte tout d'abord rebute. Mais dont le dévoilement progressif du sens fait apparaître une proximité qu'il ne pouvait imaginer.

Tous ceux qui savent qu'il n'est pas besoin de renoncer à enseigner pour que les élèves apprennent. 

Bonnes vacances à tous. 

 

Post scriptum

Suite à quelques réactions et échanges...

Ne vous méprenez pas ... je ne fustige pas l'usage de l'exercice de la carte d'identité littéraire en tant que tel. Aucune pratique n'est en soi condamnable sans qu'on prenne en compte le contexte de son usage. C'est la modélisation de cette activité pour ses vertus d'autonomie, de réussite et de motivation qui pose problème parce qu'elle risque de rendre invisible la seule question qui soit fondamentale : l'activité proposée a t-elle les ambitions suffisantes pour permettre la transmission et l'appropriation des savoirs qui constituent la culture commune. 

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