Espérance Banlieues : un pan du voile se lève à Marseille

Face à l’enthousiasme de nombreux médias pour les écoles Espérance Banlieues, seules quelques voix se sont élevées pour dénoncer l’idéologie réelle de leurs projets. Ces voix furent parfois accusées de refuser aux élèves de banlieue l’extraordinaire chance que ces écoles prétendaient leur offrir alors que le service public n’y parvenait pas.Mais la réalité de ces écoles se dévoile progressivement.

Même si les inspecteurs chargés du contrôle de ces écoles restent généralement très discrets sur le résultat de leurs inspections, quelques éléments récurrents ont fini par percer. Tout d’abord celui de la piètre qualité des enseignements, le recrutement des enseignants se faisant davantage sur leurs engagements idéologiques que sur leurs compétences professionnelles. Ensuite celui d’une grande ambiguïté quant aux questions de l’autorité. Sous un discours axé sur une grande attention accordée à chaque élève, pointaient en réalité des pratiques très autoritaires d’autant que la motivation exceptionnelle dont les élèves avaient fait preuve au début de cette expérience scolaire nouvelle s’étiolait rapidement.

Des parents ont témoigné de doutes sur les conditions de sécurité lorsqu’ils découvraient le modèle scout qui présidait à l’organisation des sorties. D’autres, au fur et à mesure de l’année, s’interrogeaient sur la réussite réelle de leurs enfants dans les apprentissages. Certains s’inquiétaient, alors qu’on les avait assurés de la neutralité religieuse de l’école, du prosélytisme catholique dont leur enfant faisait l’objet.  Mais le couvercle se refermait vite quand la rhétorique du directeur s’employait à les rassurer et leur affirmait qu’il ne fallait pas gâcher la dernière chance de leur enfant.
Une telle pression était généralement de nature à faire taire les inquiétudes.

À Marseille, le couvercle n’est pas retombé : des parents ont porté plainte pour violences. (voir article sur le site de Marsactu)

Nulle école, privée ou publique n’est à l’abri des agissements violents d’un adulte. Le procureur a été saisi et retiendra ou non les faits de violence sur mineur. Dans l’attente, nous nous garderons de tout jugement sur les faits incriminés. Mais ces plaintes reposent à nouveau la question du contrôle des écoles privées hors contrat.
En 2016, la volonté de renforcer ce contrôle avait entraîné une levée de bouclier. Des élus LR avaient saisi le Conseil Constitutionnel qui avait abrogé en janvier 2017 l'article 39 de la loi Égalité et citoyenneté considérant que les motifs de refus préalable d’ouverture d’une école privée hors contrat n’étaient pas suffisamment précisés.

L’enjeu idéologique d'Espérance Banlieues n’est pas des moindres. Au prétexte de prendre en compte les délaissés de l’école de la République, Éric Mestrallet le président-fondateur d’Espérance-Banlieues ne cache pas sa volonté d’une « reconquête chrétienne des nations ». Mais l’enjeu est aussi économique : libéraliser totalement l’école en donnant aux familles une allocation (chèque-éducation) leur permettant de financer l’école de leur choix. Au nom de la liberté des familles, il s’agit d’ouvrir un marché économique considérable. Évidemment, c’est au prétexte de l’intérêt des élèves et tout particulièrement de ceux des milieux populaires.
Ces enjeux idéologiques et financiers peuvent-ils faire taire la réalité des écoles Espérance Banlieues. Il est du devoir de l’État, celui de la protection des mineurs, de considérer que « l'intérêt de l'enfant, la prise en compte de ses besoins fondamentaux, physiques, intellectuels, sociaux et affectifs ainsi que le respect de ses droits doivent guider toutes décisions le concernant » (loi 2007-293). Ce devoir exige que les établissements scolaires hors contrat soient l'objet de contrôle sur les contenus d'enseignement comme sur les agissements des adultes. 

Bernard Toulemonde, ancien inspecteur général, affirmait au sujet d’Espérance Banlieues (La Croix 19/01/2017) : « Tous les moyens sont bons pour essayer de sortir les enfants des milieux populaires, en particulier ceux issus de l’immigration, de la situation catastrophique qui est la leur dans les établissements de banlieue ».
Non… Tous les moyens ne sont pas bons ! En tous cas pas ceux de l’endoctrinement, de la violence. C’est ce qu’ont compris à leurs dépens des familles de Marseille qui avaient espéré une école meilleure pour leurs enfants mais ont découvert, comme elles le disent, qu’on leur a vendu du vent.

 Sur ce sujet voir aussi :

autre article sur ce blog

article de Grégory Chambat sur Questions de Classe(s)

article de Alicia Bourabaa dans Causette

article de Jean-Charles Buttier, Laurence De Cock et Grégory Chambat

article sur Espérance Banlieues à Montfermeil

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.