Aux député(e)s qui ont voté l’amendement Ciotti

Aux député(e)s qui ont voté l’amendement Ciotti obligeant la présence du drapeau tricolore dans chaque salle de classe…

Le racisme ne cesse de ressurgir, dans les idées et dans les actes, sans que l’accès aux savoirs ne réussisse à émanciper les esprits de la tutelle de ses haines archaïques. L’éducation peine à venir à bout des préjugés par la culture et la raison. Dans un tel contexte, nous aurions voulu que, dotant l’école d’une nouvelle loi, vous fassiez preuve d’une volonté déterminée d'en faire le lieu où la culture commune constitue le creuset de la lutte contre les préjugés racistes et xénophobes. Or, vous avez préféré promouvoir comme projet essentiel d’éducation civique, l’affichage du drapeau français au fond de chaque classe.

Pour lutter contre la montée des intolérances, des mépris et des rejets, nous aurions voulu que votre volonté première eut été de proclamer que l’école avait pour mission que chacun de ses élèves reconnaisse la dignité et les droits de tous les êtres humains comme les fondements de la liberté, de l’égalité et de la fraternité. Or vous avez délibérément réduit la transmission de ces valeurs républicaines et démocratiques au respect d’un symbole.    

Pour lutter contre les préjugés, nous aurions voulu que les enseignants soient incités, dès le plus jeune âge de leurs élèves, à s’approprier les œuvres culturelles par lesquelles des femmes et des hommes ont combattu le racisme et exprimé leur soif de liberté et d’égalité. Mais vous préférez vous féliciter d’un usage si intensif de la méthode syllabique que les enseignants de cours préparatoire disent qu’ils n’ont plus le temps de faire autre chose que ces exercices « fondamentaux ».

Pour développer la tolérance à la diversité, nous aurions voulu que vous engagiez les collectivités territoriales à construire des projets favorisant la mixité sociale mais vous avez préféré les contraindre à financer le développement de l’école maternelle privée, développement dont on sait les effets de ségrégation sociale.

Pour lutter contre l’endoctrinement des enfants, nous aurions voulu que vous soyez intransigeants avec les écoles privées hors contrat qui enseignent le mensonge et l’intolérance mais vous préférez sacraliser la liberté des familles et fermer les yeux sur l’inefficacité des contrôles.

Pour lutter contre la méconnaissance des droits et contre les actes de barbarie que cette méconnaissance a fait naître dans notre histoire, nous aurions voulu que vous votiez les moyens nécessaires pour développer les compétences professionnelles des professeurs à les enseigner. Mais vous préférez vous apprêter à voter une loi de réforme de la fonction publique qui généralisera l’emploi de contractuels non formés.

Pour accorder une attention particulière aux jeunes des milieux populaires, nous aurions souhaité de vous augmentiez le temps de formation des jeunes en lycée professionnel. Mais vous préférez vous féliciter d’un projet qui va réduire leurs heures de formation générale, justement celles qui permettent de contribuer à lutter contre le racisme et les préjugés.

 

Heureusement, forts des principes universels qui affirment que l’éducation concourt au renforcement du respect des droits de l’homme, beaucoup d’enseignants, y compris avec l’aide de leur institution, continueront à considérer qu’il y a bien plus important que d’afficher le drapeau au fond de la classe … Ils choisiront par exemple, de permettre à leurs élèves de lire Matin Brun de Frank Pavloff  ou Retour au pays natal d’Aimé Césaire, de faire découvrir la vie d’Anne Frank et de Rosa Parks, de montrer que les races n’ont pas de réalité biologique, de regarder Dressé pour tuer de Samuel Fuller ou Dupont Lajoie d’Yves Boisset, de comprendre les enjeux politiques et économiques du colonialisme, de découvrir l’idéologie nazie et la réalité de la Shoah, d'organiser un voyage scolaire à Izieu ou à Auschwitz, de connaître l’histoire de l’esclavage et de la lutte pour les droits civiques, et tant d’autres choses… pour faire de tout cela le creuset de culture dans lequel ils tenteront, sans jamais renoncer, de lutter au quotidien de la vie d’une école, d’un collège, d’un lycée contre toutes les formes de racisme et d’intolérance. par les savoirs, le débat et la construction d'un esprit instruit et libre.

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