Liberté et confiance : le credo libéral de JM Blanquer

Les déclarations de JM Blanquer confirment sa conception libérale de l'école. En posant le primat de la liberté comme principe de l'action publique scolaire, il continue à dresser les lignes d'une politique qui risque de renforcer les défauts inégalitaires du système scolaire français.

Dans une interview au JDD (22/07/2017), Jean-Michel Blanquer déclare : "Le vrai ennemi du service public, c'est l'égalitarisme ; son ami, la liberté. La liberté bien conçue favorise l'égalité"
Voilà reposée, pour le service public d'éducation, la question des relations entre égalité et liberté. La formule utilisée par JM Blanquer confirme d'évidence, quoiqu'il s'en défende en permanence, que sa conception du service public est profondément libérale puisqu'elle postule la capacité naturelle des organisations sociales à se réguler en considérant la liberté comme un vecteur suffisant de l’égalité.

Il n’est pas besoin de lire beaucoup de sociologie critique pour être convaincu que l’analyse de la réalité ne puisse admettre, qu’en soi, la liberté favorise l’égalité. On sait comment les stratégies familiales ou économiques, en matière d’éducation, visent des intérêts particuliers qui sont loin d’intégrer des perspectives égalitaires. C’est justement le rôle de l’État que de contraindre, par la loi, les libertés individuelles pour qu’elles ne puissent contrevenir à l’intérêt général. C’est un principe démocratique fondamental clairement énoncé depuis la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 dans l’affirmation que les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune.

Le ministre préfère prôner la liberté comme principe premier de l’action publique. Et il le fait en reprenant le terme très ambigu d’égalitarisme dont on sait les usages politiques. En prétendant que l’ennemi du service public serait l’égalitarisme, à quelle menace actuelle fait-il allusion ? Car s’il il y a bien un problème fondamental aujourd’hui dans l’action publique éducative, ce serait plutôt son insuffisante capacité à permettre une réussite égalitaire que ses dérives égalitaristes ! Que cherche donc Jean-Michel Blanquer en brandissant comme une menace cet « ennemi égalitariste » qui relève davantage d’un fantasme politique libéral, intentionnellement entretenu, que d’une évolution inquiétante de nos politiques publiques ? 

Le paradoxe c’est que tout affirmant le primat de la liberté, Jean-Michel Blanquer engage par ailleurs une politique très directive sur certains sujets. Celui de l’apprentissage de la lecture est l’exemple le plus évident d’une intervention politique au cœur même des choix méthodologiques des enseignants et ce, au nom d’une « vérité » scientifique qui est loin de recouvrir l’ensemble des conclusions de la recherche actuelle pour imposer une vision qui ne fait pas consensus.

"L’ensemble de mes actions se résume en la volonté de bâtir l’école de la confiance" nous dit le ministre en tentant de masquer sous la sagesse et le pragmatisme, une volonté politique libérale bien déterminée : "Pour aller de l’avant, on doit toujours analyser les forces et les faiblesses de ce dont on hérite. Depuis mon arrivée, j’ai engagé ce processus afin de préserver ce qui est bon et d’améliorer ce qui ne fonctionne pas." Comme si en matière de politique publique éducative, il était aisé de distinguer "ce qui est bon" et qu’en démocratie on puisse se satisfaire du jugement du ministre pour discriminer "les forces et les faiblesses".
Peut-on sérieusement imaginer qu’on puisse traiter les complexes équilibres entre liberté et égalité en affirmant que "l’ensemble des actions se résume en la volonté de bâtir l’école de la confiance".?

La devise révolutionnaire introduisait un troisième terme après ceux de liberté et d’égalité : celui de fraternité.
"La liberté, c'est le droit, l'égalité, c'est le fait, la fraternité, c'est le devoir." disait Hugo (Victor Hugo, le Droit et la Loi. Introduction à Actes et Paroles, 1875).
C’est cette école qu'il nous faut construire qui aurait la liberté comme droit, l’égalité comme fait et la fraternité comme devoir. 

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