Les avancées démocratiques en Birmanie et l’amnistie de centaines de prisonniers

Le nouveau gouvernement birman pourrait prochainement amnistier les 452 derniers prisonniers politiques du pays. Un acte fort qui traduit la volonté des autorités à une certaine ouverture mais aussi l’impact de l’arrivée d’Aung San Suu Kyi en tant que conseillère d’État spéciale. Pour l’heure 83 prisonniers ont déjà été libérés à l’occasion du Nouvel an, le 17 Avril dernier.

Le changement serait-il définitivement en marche en Birmanie ? Alors que la junte militaire s’est auto-dissoute en 2011, laissant la place à un pouvoir semi-civil, la dernière décision du nouveau gouvernement birman montre une nouvelle évolution démocratique, certes symbolique, mais non négligeable. En effet, les 535 derniers prisonniers et opposants politiques du pays devraient être prochainement amnistiés.

Et cette mesure tient à une seule et même personne : Aung  San Suu Kyi. Devenue ministre des Affaires étrangères, porte-parole de la Présidence et conseillère spéciale de l’État, la lauréate du prix Nobel de la paix en 1991 a fait de cette libération sa première décision politique et symbolique. Cette volonté s’était d’ailleurs traduite dès sa première directive officielle dans laquelle « The Lady » a expliqué « qu’elle allait œuvrer pour la libération immédiate des prisonniers politiques, des militants politiques et des étudiants poursuivis en justice pour des raisons politiques ».

Un vrai test pour le gouvernement

Cette décision est un véritable test pour le pouvoir en place. Si le gouvernement en place prépare une transition démocratique pacifique, les militaires contrôlent encore plusieurs ministères et notamment l’Intérieur en charge de l’administration pénitentiaire. C’est notamment pour cette raison qu’il faudra tout de même être attentif au devenir de l’entière application de cette décision.

En attendant, à l’occasion du Nouvel an, le président Htin Kyaw a déjà amnistié 83 prisonniers politiques et prisonniers concernés par des affaires politiques, et notamment les cinq journalistes d’Unité, condamnés pour avoir rédigé un article accusant l’armée de fabriquer des armes chimiques.

Actuellement il reste donc encore 452 opposants politiques qui devraient profiter de cette amnistie. Toutefois, leurs situations ne sont pas similaires. En effet, plus d’une centaine d’entre eux sont des condamnés qui effectuent leurs peines dans les prisons birmanes et tout autant sont incarcérés en attente de leurs procès. Enfin, cette décision s’applique aussi auprès de 300 prisonniers en liberté surveillée, comme l’était en son temps Aung San Suu Kyi, eux aussi en attente d’une décision judiciaire.

Mais c’est surtout le profil des individus qui les rapprochent puisqu’une grande partie d’entre eux sont des étudiants qui avaient manifesté il y a maintenant plus d’un an, en mars 2015, contre la réforme de l’éducation. Ils avaient été directement interpellés puis incarcérés sans avoir été jugés.

Il faut noter que ce pas en avant démocratique à destination des prisonniers politiques n’est pas une nouveauté. Lors de l’arrivée du nouveau gouvernement en 2011, après l’autodissolution de la junte, des dizaines de prisonniers politiques avaient été libérés. Ce qui n’avait donc pas empêché ce même gouvernement de continuer à arrêter arbitrairement plusieurs années après. Il faudra donc attendre avant d’annoncer que la Birmanie est définitivement sur la voie de la démocratisation mais il est évident que cette décision symbolique va dans le bon sens.

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