Une situation toujours plus préoccupante en mer de Chine

La mer de Chine est sujette, depuis plusieurs années, à un conflit d’intérêts entre les nations qui entourent cette zone géographique. Parmi les principaux protagonistes, la Chine et le Vietnam se livrent à un rapport de force quasi-quotidien, tandis que les Etats-Unis viennent de s’ingérer dans la partie.

 

Qui pour contrôler la mer de Chine ? Suivant où l’on se place sur la mappemonde, la réponse n’est pas la même. Chine, Vietnam, Philippines, Indonésie, Malaisie ; nombreux sont les pays qui ont un intérêt dans le contrôle de cette zone géographique riche en ressources naturelles, notamment en pétrole, et hautement stratégique pour le commerce international. C’est, cependant, entre les deux premiers pays que les tensions s’enveniment, avec les États-Unis comme élément perturbateur.

Les provocations américaines et chinoises

En effet, ces derniers temps, les actes de « provocation » se multiplient. La Chine avait lancé les premières hostilités de 2016 en faisant atterrir un avion civil sur un récif disputé. Avec pour objectif, à terme, une utilisation militaire de cette base, dont les travaux ont démarré en 2014. Les États-Unis ont eux aussi participé à cette escalade, le 30 janvier dernier, avec l’entrée illégale du destroyer USS Curtis Wilbur dans les eaux territoriales chinoises.

Les critiques et les accusations n’ont pas manqué, chacun rejetant la faute sur son adversaire. De son côté, Washington, appuyée par les puissances régionales, à commencer par le Vietnam, accuse la Chine de menacer la stabilité régionale, en voulant prendre le contrôle de la mer de Chine méridionale – avec un risque sur la liberté de navigation et la liberté de survol. De l’autre côté, Pékin dénonce la position impérialiste américaine visant à profiter de l’incertitude actuelle pour imposer ses intérêts.

Ces multiples tensions entrainent une course à l’armement extrêmement dangereuse. En plus d’aménager des pistes aéronautiques sur plusieurs îles de la région, la Chine va bientôt achever la construction de son second porte-avions. De son côté, le Vietnam s’est lancé depuis plusieurs années dans un programme naval militaire ambitieux. Ainsi, ce sont six sous-marins qui viennent d’être affectés à la zone de la mer de Chine, dont cinq sont déjà opérationnels. Ce renforcement militaire vietnamien, le plus important depuis la fin de la guerre du Vietnam, comprend également de l’artillerie côtière, l’achat de systèmes de missiles, d’avions de combat ou encore de patrouilleurs rapides.

Jusqu’où iront ces provocations ?

Le XIIème Congrès du Parti communiste vietnamien aurait d’ailleurs pu intensifier quelque peu les tensions entre Hanoï et Pékin. Mais les conservateurs et le secrétaire général Nguyen Phu Trong, partisan d’une ligne accommodante avec le voisin chinois, ont finalement conservé le pouvoir. Ce qui n’empêche pas les relations entre les deux pays de se dégrader, lentement, certes, mais sûrement. Comme en 2014, où des manifestations anti-Pékin avaient éclaté suite à l’installation d’une plateforme pétrolière chinoise dans les eaux disputées, la population pourrait avoir un rôle à jouer, ne serait-ce qu’en faisant pression sur le gouvernement pour agir.

Aujourd’hui, l’affrontement s’en tient donc à quelques manœuvres sans grand danger pour la paix. Mais des voix s’élèvent pour prévenir qu’un conflit ouvert n’est plus à exclure entre les principaux protagonistes. D’autant plus qu’à l’été dernier, un nouvel acteur – influent dans la région – a pris position : jusqu’alors silencieux sur le sujet, le Japon se montre désormais très critique à l’égard de la Chine, l’accusant de « passage en force ».

Dernière annonce, et pas des moindres, les États-Unis, par le biais de diplomates, ont annoncé la possibilité de patrouilles communes avec les Philippines. La solution à ce conflit paraît donc bien sinueuse.

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