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Billet de blog 10 déc. 2015

Des cas d'esclavage moderne en Thaïlande

En Thaïlande il y a le côté pile réservé aux touristes étrangers. Plages de sable blanc, ambiance fêtarde et paysages spectaculaires. Le côté face est quant à lui bien moins attractif et plus proche de la réalité. Dictature militaire au pouvoir, libertés publiques largement entamées et même mise en esclavage de milliers de travailleurs.

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Il y a quelques semaines, l’ONG Vérité dévoilait les contours d’une affaire bien sombre en Thaïlande : la mise en esclavage de travailleurs étrangers dans le secteur de la pêche. L’enquête commanditée par le groupe Nestlé a mis en lumière un système dans lequel des sous-traitants n’hésitent pas à faire venir de la main d’œuvre étrangère désœuvrée  afin de l’asservir et de réduire les coûts de production au maximum. Amenés dans des conditions déplorables dans le pays, ces travailleurs parfois mineurs se sont vus facturer le voyage à un prix si élevés qu’ils se sont retrouvés obligés de travailler gratuitement pour payer leur dette. Leur passeport leur étant retiré pour s’assurer de leur servilité. Un esclavage moderne qui n’a choqué que le groupe Nestlé à l’origine de l’enquête. Silence radio du côté des autorités thaïlandaise.

La Thaïlande serait-il devenu un pays où le respect des droits de l’homme et de la dignité de chaque être humain est superflue ? Si les problèmes sont anciens, l’évolution politique récente plonge le pays dans un bain très dangereux. Avec la prise du pouvoir des militaires en mai 2014, le pays s’enfonce dans la crise morale et économique. La junte commandée par le général Prayuth Chan-ocha n’a que faire des règles de droit et emprisonne à tout va. Intellectuels ou simples citoyens, tous ceux qui mettent en doute le bien-fondé du régime sont condamnés à de lourdes peines de prison dans ce qui ressemble à des procès staliniens. L’accusé est forcément coupable et la sentence doit être exemplaire. La Thaïlande a perdu en l’espace d’un an et demi toutes les caractéristiques d’une démocratie et perd également pied sur le plan économique.

Alors que le pouvoir civil démocratiquement élu parvenait à un honorable 5 % de croissance par an, l’année 2014 s’est conclue sur un piètre 0,7 % de hausse. Tout le système économique a été détricoté avant que la junte comprenne enfin les effets bien palpables d’une telle politique. Reniant leur première idée, les généraux ont fait finalement appel à Somkid Jatusripitak, devenu vice-Premier ministre et ministre des Finances, afin de restaurer une économie déjà agonisante. Un casting surprenant à première vue : le nouvel homme fort du régime est l’un des pères de la politique de relance sous l’ère Thaksin, un Premier ministre déjà obligé de renoncer au pouvoir après un énième coup d’Etat militaire. Renouer avec la croissance à tout prix. Cela passe par une politique de relance, mais aussi par un asservissement des travailleurs dans certains secteurs.

Les entreprises étrangères maintiennent encore l’économie à flot et la perte de clients occidentaux tels que des géants de l’industrie agroalimentaire finirait de mettre à mal une économie qui repose essentiellement sur l’exportation de biens. En souhaitant réduire les coûts du travail au maximum quitte à pratiquer de l’esclavage moderne, la Thaïlande (ou plutôt certains secteurs de son économie) risque de tout perdre car aujourd’hui de tels actes interpellent des consommateurs soucieux des conditions des travailleurs étrangers. Lorsque les conditions indécentes de travailleurs Bangladeshi ont été dénoncées dans le secteur du textile il y a plusieurs années, de grandes marques occidentales n’ont pas hésité à se passer de leurs fournisseurs traditionnels. Les autorités thaïlandaises, peu regardantes lorsqu’il s’agit des droits de l’homme, ne l’ont certainement pas encore intégré. 

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