Le voile… trente ans… et après

Le voile… trente ans… et après

Quand, en 1989, trois jeunes filles d’Aubervilliers se sont présentées au lycée avec un voile qu’elles ont refusé d’ôter, le voile est entré en politique en France (1). Le voile quel qu’il soit, du foulard au burqini. Quel que soit le lieu, de l’école à l’université, de la rue au travail. Quel que soit l’âge, des jeunes aux adultes et aux enfants. Quelles que soient les orientations politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche.
Quelle que soit la saison mais en période préélectorale, la question peut être utile pour masquer l’enjeu de l’élection et faire oublier l’essentiel.
La question n’a pas été totalement réglée par l’adoption de deux lois en 2004 (2a) et 2010 (2b). Elle se pose dans bien d’autres pays, européens où la population musulmane est plus ou moins récente ou pays à population traditionnellement musulmane. Elle a même été posée au niveau d’instances internationales (Annexe 1).

Que peut-on en dire ?

Il n’est pas question de discuter de ce que dit ou ne dit pas le Coran, pas plus que les hadiths. D’éminents musulmans le font depuis des siècles et ne se sont pas mis d’accord. On ne peut que prendre acte de ce désaccord.

Et de ce qui en découle, au moins partiellement : toutes les femmes musulmanes n’ont pas la même pratique vestimentaire dans le monde, pas même à l’intérieur d’un pays sauf peut-être dans des pays musulmans totalitaires.
Certaines portent des voiles, de toutes sortes, couvrant tout le corps des pieds à la tête, cachant le visage et même les yeux ou la seule chevelure (3). D’autres n’en portent pas du tout et leur façon de se vêtir est tout aussi variée.
Cette diversité vestimentaire dépend de la volonté de chacune, de ses possibilités, de son environnement social et politique : mode, coutume, milieu social, type de pouvoir politique, législation nationale… (4).

Les exemples des pays européens et des pays à population, partiellement ou totalement, musulmane (Annexe 1), permettent de constater que législation et pratique dépendent de la situation politique et de la volonté des gouvernements, le plus souvent composés exclusivement ou majoritairement d’hommes.
Elle varie aussi suivant les époques : Turquie de Kemal Ataturk et de Recep Tayyip Erdoğan, Tunisie de Bourguiba, de Ben Ali et Tunisie actuelle, Iran du Shah et de Khomeini...
Avec, quelquefois, une continuité comme, entre autres, en Arabie saoudite où la monarchie absolue est alliée depuis longtemps au wahhabisme, très conservateur.

Avec cette importante variété de pratiques, le voile, il faudrait dire les voiles, apparaît au moins autant comme un signe politique qu’un signe religieux. Politico-religieux ? Individuel ou collectif ?

En France

Comme dans tous les pays européens, la société est fortement sécularisée. Avec en plus, la laïcité qui fait partie de son histoire.

La société française d’aujourd’hui est, d’une façon importante, le résultat d’un conflit séculaire entre les institutions politiques successives, royauté, empire, république et l’institution religieuse dominante,l’église catholique.

Un compromis entre républicains été imposé  à l’Église catholique, dominatrice, avec l’adoption de la laïcité par la loi de 1905 de séparation des Églises (pour tenir compte des autres cultes de l’époque, protestants, israélite) et de l’État, mettant fin à un siècle de Concordat signé en 1801 avec le Saint-Siège, concordats étendus ensuite aux cultes réformés (1802) et israélite (1808). L‘Alsace-Moselle, en 1905, sous l’autorité de l’Allemagne, a conservé le statut concordataire en 1919, malgré le rattachement à la France, après la fin de la Première Guerre Mondiale.
Il faudrait ajouter les situations particulières de la Guyane pour le culte catholique, Mayotte pour l’islam...

L’Église catholique s’est fortement opposée à cette loi, y compris bien après son adoption.

Elle n’a pas tout résolu. Elle ne pouvait tenir compte de demandes islamiques, par exemple, qui n’existaient pas à l’époque. Elle n’a même pas résolu tous les problèmes avec l’Église catholique. Elle a été complétée, adaptée, battue en brèche par des textes multiples sous les différentes républiques, suivant les circonstances et les rapports de force. Notamment, à propos du financement des écoles privées, très majoritairement catholiques... Plusieurs textes depuis 1945 ont contrevenu au principe fonds publics pour l’école publique, fonds privés pour l’école privée. Dernier exemple, la loi Blanquer, rendant obligatoire l’instruction des enfants dès l’âge de 3 ans, instruction déjà assurée à 97-98 %, oblige les communes à subventionner les écoles catholiques recevant ces jeunes enfants (5).
Les lois de 2004 et 2010 ont été adoptées pour répondre à des questions qui ne se posaient pas jusque là. Elles ont partagé l’opinion publique avec cependant moins de violence qu’en 1905 où on a pu parler de guerre des deux France.

Le compromis de 1905 semble faire consensus aujourd’hui, même de gens qui n’en connaissent pas les termes ou qui s’y opposeraient si elle était en discussion. D’ailleurs certains en demandent la révision. Refusée par beaucoup par crainte de rallumer l’incendie.

Le voile… trente ans… et après

Au point de vue vestimentaire, religieux et religieuses catholiques peuvent porter l’habit de leur choix. Les habits des prêtres, comme la soutane, et surtout les coiffes des religieuses ne passaient pas inaperçus. Et la loi n’a rien trouvé à redire. Au contraire, les tribunaux se sont opposés, au nom de la laïcité, à ceux qui voulaient les interdire dans la rue. Si, aujourd’hui, les religieux ou les religieuses portent, le plus souvent, des habits civils ou discrets, cela tient à leur évolution parallèle à celle de la société. Et, probablement, à la volonté de religieux de se noyer dans la masse.
C’est le fruit d’une sécularisation générale de la société qui touche la plupart des pays occidentaux.
De même, la laïcité ou la loi n’ont rien à voir avec la disparition du fichu de nos grands-mères ou même avec la possibilité pour les femmes d’entrer dans les églises sans couvrir leur chevelure.
Les vêtements traditionnels des hommes musulmans comme le fichu des femmes musulmanes n’a pas posé plus de problème. L’abandon des voiles traditionnels du pays dont certains cachaient le visage, et l’adoption du fichu ou foulard islamique traduisaient une adaptation à la société dans laquelle ces femmes vivaient. Suivant l’indication de l’ancien évêque d’Hyppone : « Si tu es à Rome, vis comme les Romains ; si tu es ailleurs, vis comme on y vit. »

La question a été soulevée par la volonté de quelques jeunes filles non de venir voilées à l’école, ce qui ne semble pas avoir posé de problème, mais de refuser de le retirer en entrant dans l’école : l’école enjeu et symbole de la bataille historique pour un État laïque face à l’emprise de l’Église catholique.

L'épisode suivant a été la volonté de porter le voile intégral dans la rue qui en était absent et qui l’est encore souvent, quelquefois même interdit comme en Algérie, dans le pays d’origine des femmes immigrées et de leurs filles. Voile intégral, essentiellement porté par les femmes dans des pays bien peu démocratiques et rarement en pointe pour l’égalité femme-homme. Et ici, plus souvent semble-t-il, par des converties.

Est venu ensuite le burqini… qui ne devrait poser aucun problème, la plage étant ouverte à chacune dans la tenue de son choix, à l’exclusion de la nudité totale réservée aux lieux spécialement aménagés à cet effet. S'il ne masque pas le visage, il ne peut être interdit : par l’ordonnance du 26 août 2016, le Conseil d’État a invalidé une arrêté communal l’interdisant sur les plages.
La question est différente en piscine. Le burqini ne peut être interdit comme vêtement. Il peut l’être comme maillot de bain pour des raisons d’hygiène en vertu de règlements intérieurs qui interdisent toutes les tenues amples comme boardshort, bermuda...
Pour interdire les voiles dans la rue, notamment ceux qui cachent le visage, d’autres raisons ont été invoquées dans divers pays.

La question du voile de mères accompagnant des enfants dans le cadre de sorties scolaires est plus complexe : la laïcité a été invoquée dans la mesure où ces mères contribuent à l’encadrement. Le personnel encadrant les enfants est tenu à la neutralité vestimentaire, cette neutralité peut être exigée pour toute personne qui remplit cette fonction. Un argument juridique a pu être invoqué : la personne accompagnante, bénévole, est couverte pour les enfants qu’elle accompagne et pour elle-même, par l’administration en cas d’accident. Quasi agent de l’administration, elle doit respecter leur statut. Ce n'est pas le cas, si elle n'est pas couverte...
Le Conseil d’État a tranché en 2013 : en tant que collaborateurs occasionnels, les accompagnants ne sont pas soumis à la neutralité religieuse imposée aux enseignants. Aura-t-on besoin un jour du Conseil d’État pour définir collaborateur occasionnel ?
Bien entendu, cela ne touche pas les nombreuses nounous, quelquefois sans papiers, qui gardent des enfants dans le cadre privé.

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Le voile dans la société

Le conflit sur le voile est au croisement de plusieurs évolutions de la société.

Une tendance à la libération des corps, une plus grande tolérance ou utilisation de la nudité des femmes. Discutable et contestée par des féministes mais qui s’étale dans la rue, la publicité, à la télévision, au cinéma, et qui existe depuis… dans la peinture ou la sculpture...

Une évolution lente, difficile mais continue, vers l’égalité et le voile peut être ressenti comme un signe de l’infériorité acceptée des femmes. Le mouvement féministe s’est partagé sur la question.

L’effacement progressif de la visibilité religieuse des catholiques dans la rue et la recherche d’une plus grande visibilité de l'islam Conflit entre sécularisation de la société et contre-sécularisation d’un islam qui n’a pas vécu, comme le protestantisme ou le judaïsme, cette évolution et qui n’a pas connu les conflits et l‘apaisement relatif de la société par la laïcité.

D'un islam qui n'est plus celui d'immigrés en France dits de la première ou de la seconde génération. Mais en nombre significatif l'islam des immigrés de France. Dont beaucoup sont français. Issus du passé colonial. Dans une France où le refus d’une décolonisation pacifique a conduit à la guerre d’Algérie qui plus d'un demi-siècle après le cessez-le-feu, n’est pas terminée (6). Où l'amnistie a réglé la question juridique mais non la décolonisation des esprits comme la campagne vérité et réconciliation en Afrique du sud et dans d’autres pays ont pu le faire au moins partiellement...
Beaucoup n’ont pas accepté l’indépendance. Ils voient dans toute personne apparemment d’origine maghrébine, un Algérien, un musulman, un envahisseur, un terroriste potentiel… Malheureusement, ils ne sont pas les seuls...
Ces musulmans de France  veulent vivre dans  leur pays. Les politiques les ont peu entendus, les ont utilisés ou ignorés, bref, le pays ne répond pas à leurs aspirations concernant l’égalité, théorique et surtout pratique.
Ils sont maintenus dans des conditions dénoncées depuis trop longtemps, le confinement dans des quartiers, stigmatisés, sans intégration dans la représentation politique officielle. Continuant à être en butte au racisme de la vie quotidienne mais aussi, plus gravement, dans la recherche d’un emploi, d’un logement, soumis aux contrôles au faciès, victimes d’exactions policières toujours impunies.
Quoi d'étonnant pour les personnes exclues dans le retour aux origines, dans un retour au religieux et pour les musulmans, vers l’islam politique et un imaginaire venant du Proche-Orient, de la Palestine.… Ou vers ceux qui rappellent qu’ils sont eux, leurs parents, leurs grands parents, assignés à résidence urbaine et identitaire, les victimes continuées d’un système dont les racines plongent dans le passé colonial, un racisme qui persiste et une société qui ne veut ou ne peut changer.  Et un imaginaire qui plus que de la société multiculturelle britannique vient de l’influence culturelle, médiatique des États-Unis...

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La liberté des femmes voilées

Le voile peut être interprété de multiples façons. Mais il est tout, sauf traditionnel.
Le fichu de nos grands-mères a disparu et celles qui le portent aujourd’hui ne veulent pas remettre à la mode cette tradition. Ce n’est pas une persistance du voile des parents ou des grands parents au pays d’origine.

Il est mis surtout par des femmes jeunes pour affirmer une altérité politique et/ou religieuse, une liberté qu’elles estiment empêchée mais qui leur est reconnue par la société, dans la limite des lois : pas de voile dans l’école, pas de voile cachant le visage dans l’espace public. Une altérité-défi revendiquée en réponse à une altérité-exclusion qu’elles ressentent comme un enfermement.
Pour certaines, c'est une affirmation de liberté personnelle alors qu’il est perçu par beaucoup comme un signe religieux et/ou d’asservissement. Celles qui le portent volontairement, refusent que d’autres veuillent les libérer, parler en leur nom. Mais au nom de qui parlent-elles ? Non de celles qui le portent par contrainte. Immédiate, familiale ou indirecte par pression de l’entourage... Celles-ci ne peuvent aller à la télévision pour le dire. Celles qui parlent ne peuvent parler en leur nom.

C’est un paradoxes incomplètement relevé. Elles prennent la parole en tant que (femmes voilées) pour ne pas être traitées seulement en tant que (femmes voilées)… mais ne peuvent pas parler au nom de toutes les femmes voilées.

Et qu’en est-il de la liberté des fillettes à partir de 4, 5 ou 6 ans ? Quand seront-elles libres de choisir ? Au prix de quelles ruptures ?

Après le voile à l’école, légalement réglé par la loi de 2004, apparaît la question du voile intégral. Ici encore, il est difficile de prendre la parole de quelques unes comme représentative de toutes les autres… Leur parole cache la mutité de celles qui ne peuvent se dévoiler au sens propre et figuré.

Les porteuses du foulard islamique peuvent invoquer au delà de l’obligation religieuse, une affirmation culturelle ou politique ou symbolique de revendication de liberté suivant les interlocuteurs. Est-ce le cas pour le burqini ?
Pour les libérateurs, ces femmes l’utilisent pour se libérer du patriarcat et profiter de la plage !!!

La loi garantit la liberté de porter ou non le voile, de faire ou non le ramadan. Dans les faits, ce n’est pas toujours le cas. Des femmes, jeunes ou moins jeunes, peuvent être importunées en ville à cause de leur voile. D’autres le sont si elles sortent sans voile dans certains quartiers. Comme les personnes, hommes ou femmes, paraissant musulmanes, peuvent être importunées parce qu’elles mangent en public pendant le ramadan.
Inversion de la chasse au faciès ? Non institutionnelle… La loi est pour la liberté. Restent les faits…

L’utilisation de la laïcité

La laïcité peut-être utilisée pour ou contre le port du voile, pour ou contre l’interdiction, à front renversé, même indûment dans les deux cas. La droite anti-laïque de toujours, toute la droite n’est pas anti-laïque de toujours, s’est emparée de la laïcité plus ou moins abandonnée depuis des années par nombre de laïques, trop assurés dans leurs certitudes...
Ces nouveaux champions essaient d’y cacher leur racisme anti-arabe, même si de nombreuses victimes ne sont pas arabes, leur haine de l’islam derrière la lutte contre l’islamisme même quand ils s’attaquent à des simples croyantes ou des femmes qui pensent, par cette pratique, revendiquer une place qui leur est refusée.

A l’inverse, une certaine gauche, au lieu de s’en tenir au respect de la laïcité et de la loi, les invoquent ou s’attaquent à elles pour soutenir certains comportements avec l’espoir de séduire des populations, par ailleurs, victimes d’un mépris de classe : hier, il ne fallait pas désespérer Billancourt, aujourd’hui il ne faut pas désespérer les classes racisées en défendant un comportement religieux et politique qui n’est un phénomène de classe, ni en France, ni dans le monde. Qui est promu et soutenu par des forces d'ici ou du proche-Orient, qui ne sont peu favorables à une révolution populaire, prolétarienne.

Faire l’amalgame entre le voile, l’islamophobie, le racisme est une faute politique grave. C’est tenir le même discours que l’extrême droite, aussi schématique. Traiter d’islamophobe et de raciste toute personne qui est contre telle ou telle forme de voile, dans telle ou telle circonstance, de raciste toute personne qui critique l’islam, à tort ou à raison, c’est faire le jeu de l’extrême droite.
Que doivent faire les personnes originaires du Maghreb qui sont contre l’islam ? Sont-elles racistes ? Et les musulmans et les musulmanes qui sont contre le voile ? C’est encore la majorité des femmes d’origine maghrébines qui ne portent pas le voile, ne veulent pas le porter ou sont contre ? Sont-elles islamophobes ? Sont-elles racistes ? Faut-il les rejeter ? Doivent-elles être solidaires de personnes dont elles combattent les idées, le comportement ?

C’est enfermer tout le monde dans une seule case, non choisie ! Des femmes sans voile disent : nous ne rejetons pas la religion en tant que telle mais ses coutumes archaïques, contraignantes, nous voulons promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes. Ont-elles le droit de s’affirmer ?

En miroir, pour l’extrême-droite, toute personne qui est pour le voile quel qu’il soit, quelles que soient les circonstances, toute personne qui est musulmane ou même supposée musulmane est islamiste. C’est assigner ces personnes à des opinions qu’elles condamnent dans leur très grande majorité.

Dans les deux cas, ce n’est pas une façon d’avancer. C’est aider à la formation de blocs antagonistes, d’empêcher le dialogue, le vivre ensemble. Mais pour certains, n’est-ce pas le but ?

Dans un cas comme dans l’autre, il ne s’agit pas de laïcité même si certains, des deux cotés, s’en réclament. Mais, consciemment ou non, de choc des civilisations.

Pour des élus de gauche et certains de droite, qui ne sont ni islamo-gauchistes, ni racistes, le soutien à ces pratiques vestimentaires est une façon supposée d’assurer la paix sociale. Éventuellement, de recueillir quelques voix mais peut-être perdent-ils celles de personnes qui, bien que de même origine culturelle, refusent cette pratique.
Il fut un temps, c’est peut-être encore le cas, où, espérant obtenir la paix sociale, des entreprises ont toléré ou favorisé les salles de prière sur le lieu de travail, ce qui n’existait pas dans les pays d’origine. Mais il n’existait pas non plus de forts syndicats considérés comme dangereux… Où d’autres qui se révoltaient contre les conditions de travail, étaient accusés d’être stipendiés par les chiites…
Dans tous les cas, l’idée d’intégration sociale, de lutte sociale pour ne pas dire de lutte des classes était abandonnée...

Les islamistes utilisent le voile, sous toutes ses formes, pour montrer leur force, étendre leur influence. Notamment avec les frères musulmans, avec l’arrivée de Khomeini au pouvoir en Iran, avec l’aide monétaire du Qatar et de l’Arabie saoudite. Mais tous les voiles n’ont pas la même signification et toutes les femmes porteuses de voile ne sont pas des islamistes même cachées. Et il n’y a pas que des nuances de couleur entre celles qui portent le foulard ou le voile.
La paix sociale est toujours un compromis. Il ne peut être obtenu sans la participation du plus grand nombre.

La majorité peut imposer une loi. Plus difficilement changer les comportements. Elle ne peut convaincre. Elle peut être utile à un certain moment. Un ministre de l’Intérieur qui n’était pas un tendre - y en a-t-il de tendres ? - a dit que la police était obligée d’intervenir quand, quelque part, un ministre n’avait pas fait son travail. La loi peut interdire, empêcher, réprimer certains actes. Elle change plus difficilement les mentalités si la situation qui a provoqué ces actes ne change pas.

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Et après, au-delà du voile…

Dans l’affirmation qu’il n’y a pas de racisme anti-blanc. Une partie de la gauche fait la même erreur. Elle a raison quand elle parle du racisme systémique, racisme institutionnel, contrôle au faciès, logement, embauche... Qui est un racisme blanc. Très important. Il s’ajoute au et fortifie un racisme populaire, renforcé par le racisme colonial. Il faut combattre toutes ces formes de racisme.
Mais dire à ceux qui vivent dans certains quartiers qu'il n'y a pas de racisme anti-blanc, c’est nier leur vécu, les rejeter au lieu de les écouter. Ils ressentent ce racisme quotidien… nié par ceux qui prétendent lutter contre le racisme. Ils se sentent doublement agressés. Cela ne peut que les rendre racistes ou les renforcer dans leurs convictions s’ils le sont déjà. C’est les inviter à rejoindre les seuls qui reconnaissent leur situation et en font l’objet principal de discours.
Ici aussi, il faut écouter ceux qui soufrent et ne pas condamner a priori.

La place de l’islam dans la société se pose à travers diverses questions, parfois conflictuelles qui doivent être réglées par un dialogue, même vigoureux. Sans nier ni chercher à envenimer les choses mais plutôt à trouver un compromis.

Certaines questions sont déjà inscrites dans le calendrier.

Comme l’apparition de listes musulmanes probablement plus nombreuses et plus médiatisées pour les prochaines élections municipales, les manifestations sur la place publique, la construction de mosquées, les menus des cantines...

En France, contrairement à la situation dans des pays voisins, il n’y a pas de parti politique religieux d’envergure comme parti le démocrate-chrétien même si des partis ou des personnes se réclament de ce courant de pensée. La laïcité et les lois de la République n’interdisent pas l’existence de partis religieux, catholique ou démocrate-chrétien ou... musulman. Ou de listes, partiellement, totalement ou majoritairement, de candidats musulmans. Ces listes traduisent, à la fois, une forme d’intégration : participer aux élections. Et une forme de marginalisation ressentie : non représentation satisfaisante, sur les listes en compétition, d’un courant de pensée.
Ces listes éventuelles aux municipales auront des élus, en fonction de la loi électorale et du nombre de voix qu’elles obtiendront

Des protestations s’élèveront probablement contre ces listes qui seront qualifiées, comme dans le passé, de communautaires. Qualifie-t-on les partis chrétiens-démocrates de communautaires ? Une éventuelle polémique s’élèvera sur leur droit d’exister. Sur leur signification politique.
Cela assurera à ceux qui les auront lancées un supplément de notoriété qui leur donnera satisfaction. Ce rejet sans proposition ne fera que renforcer le ressentiment et le sentiment de nécessité..

Ces listes posent la question de savoir quelle demande, quelles insatisfaction elles expriment, comment et dans quelle mesure ils est possible et nécessaire d’y répondre. Éventuellement trouver des points d’accord avec ces demandes.

Parmi d’autres, le nombre insuffisant de lieux de prière et la nécessaire construction de mosquées, leur financement, la hauteur des minarets plus ou moins résolue par des règlements d’urbanisme, les appels à la prière avec le précédent des cloches des églises (décret d’application du 16 mars 1906 de la loi de 1905)…

Le vendredi, il arrive que, faute de place dans la mosquée il y ait des prières de rue, des fidèles dans l’espace public. Pour qu’il en soit autrement, il serait préférable que les mosquées soient suffisantes en nombre et en places pur accueillir de façon correcte les croyants.

Manifester dans l’espace public est un droit. Que le motif soit festif, sportif, commercial, caritatif ou culturel. Il n’y a aucune particularité pour les manifestations religieuses. Nul besoin de demander une autorisation. Toute manifestation doit être déclarée auprès du maire ou du préfet, avec l'objet,  le lieu, l’itinéraire. Afin que la police puisse s’organiser : circulation, débordements, risques d’affrontements...
Une manifestation peut être interdite pour risque de trouble de l’ordre public. Des conditions particulières peuvent moduler les conditions de sorties sur la voie publique conformes aux usages locaux comme des processions.

La récente manifestation contre le racisme et l’islamophobie (7) a donné lieu à commentaires. Elle n’était pas religieuse mais politique. Pendant le parcours des organisateurs ont jugé bon de faire crier allah akbar, phrase de base de la prière de tous les musulmans. Rarement entendue sur la place publique par les non-musulmans qui connaissent plutôt le allah akbar que des auteurs d’attentats sur la voie publique au moment de leur action. Il ne fait pas de doute c’est une appel banal pour les croyants musulmans, non pour la masse des autres croyants ou non croyants.
Cela n’est pas, à proprement parler, un appel à la solidarité avec les victimes du racisme et de l’islamophobie. Inconscience ou provocation ? En tout cas, cela pousse vers le renforcement des oppositions, des situations d’affrontement. Était-ce le but recherché ?

La question des crèches dans des lieux publics ne concerne pas l’islam mais montre bien l’ambiguïté, le compromis de la laïcité : la libre pensée s’est opposée à la présence d’une crèche dans une mairie, lieu public relevant directement de l’État, parce que portant atteinte au principe de neutralité.
La crèche est un symbole religieux mais aussi culturel dont certains pensent qu’il fait partie intégrante de l’identité de la nation, au même titre que d’autres traditions relevant d’un folklore comme le carnaval...
Les cours d’appel de Nantes et de Paris n’ont pas jugé de la même façon. Au conseil d’État, pour le rapporteur public, le principe de neutralité n’interdit pas d’installer des crèches sur le domaine public, sauf quand une intention religieuse préside à cette installation. Une crèche ne peut être autorisé dans une mairie que si ’elle est temporaire, ne s’accompagne pas de prosélytisme religieux, a un caractère culturel ou festif, lié à l’événement de Noël dans la tradition occidentale.
Il n’en reste pas moins que cela démontre que la laïcité française est une laïcité catholique ou chrétienne. Même si la fête Noël est de moins en moins perçue comme une fête religieuse et plus comme une fête de famille, des enfants et surtout du commerce !

Il  y a déjà eu la querelle sur les racines chrétiennes de la France que certains veulent exclusives et que d’autres veulent nier. Il est évident que la France a des racines culturelles chrétiennes et même catholiques. Il suffit de voir le nombre de communes qui s’appellent Saint...  le nombre d’églises monuments historiques, les œuvres d’art ou les jours fériés... sans que beaucoup s’en offusquent par suite justement de l’habitude et de la sécularisation. Le nier est une absurdité. Mais les racines culturelles de la France sont aussi et peut-être autant, anticatholiques, le combat pour la laïcité en est l’exemple, et l’histoire littéraire française.

Les jours fériés : Le Code du Travail établit que les jours fériés chômés, rétribués et non récupérables, ne peuvent excéder le nombre de quatorze, et, malgré la diminution des festivités liées au fait religieux et la sécularisation, les fêtes d’origine religieuse prédominent.

En France métropolitaine, d’abord le dimanche et ensuite, 11 jours fériés dont 6 fêtes religieuses (lundi de Pâques, Ascension, lundi de Pentecôte, 15 août, 1er novembre et Noël) et 5 non religieuses (Jour de l’an, 1er mai, 8 mai, 14 juillet, 11 novembre). Par ailleurs, il existe des particularités : pour Alsace-Moselle 2 jours (Vendredi saint, Saint Étienne), pour les Antilles, 2 novembre (jour des morts), mardi gras et mercredi des cendres et Abolition de l’esclavage, 22 mai en Martinique, 27 mai en Guadeloupe, 10 juin en Guyane, 9 octobre à St Barthélémy.
Lors d’une campagne présidentielle, Huguette Bouchardeau, candidate du PSU, a proposé de remplacer les 6 jours fériés chrétiens par un nombre équivalent de jours chômés et payés mis à la disposition de tout travailleur, libre à lui d'en disposer avec l’accord de l’employeur, pour célébrer les fêtes religieuses de son choix ou toute autre occasion. C’était une façon de faire un pas discret et raisonnable vers la neutralité religieuse des jours fériés. Il serait triste qu’il faille des affrontements pour adopter une telle réforme.

On peut ajouter les cantines scolaires : avec ou sans porc, halal… Cela rappellera à certains le poisson, peu appétissant, du vendredi...

Conclusion

La présence en France d’un nombre importants de musulmans est un situation relativement nouvelle à l’échelle de l’histoire du pays. Situation qui se retrouve dans d’autres pays européens et demande un effort d’adaptation des uns et des autres. Avec de possibles confits.

Ils seraient évités si les principes de liberté, d’égalité de fraternité étaient réellement appliqués. C’est illusoire. Pour qu'ils le soient concrètement, il faut toujours des revendications qui peuvent avoir des difficultés à se faire entendre.

Parce qu’elles mettent en question des avantages acquis dont les bénéficiaires ne sont pas toujours conscients. Parce certaines revendications peuvent être considérées comme inadmissibles.
Il faut cependant que tout le monde puisse s’exprimer et tout mettre sur la table. Et les compromis discutés.
C'est à l'ensemble de la société d'en discuter et d'an fixer les règlesw.



 

 

Le voile… trente ans… et après

 

1 – Voir l’article publié en janvier 1990 et reproduit là (17/12/19).
2 a - Loi n° 2004-228 du 15 mars 2004 encadrant, en application du principe de laïcité, le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics. Art. L. 141-5-1. - Dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit.
2 b - Loi n° 2010-1192 du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l'espace public. Art. 1 - Nul ne peut, dans l'espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage

3Différents types de voiles.

Hidjab : ne couvre pas le corps, uniquement la tête, laissant le visage apparent.
Niqab : couvre le visage à l’exception des yeux. Principalement porté au Moyen-Orient et en Asie du Sud-Est.
Tchador : traditionnellement porté en Iran et dans quelques pays d’Asie centrale. Le visage n’est pas couvert, mais la pièce de tissu couvre tout le corps. 
Burqa : Voile intégral porté en Afghanistan, couvre le corps et le visage.
4 – Une étude a été publiée en 2013 par le Pew Research Center sur 20 000 personnes de 7 pays à majorité musulmane (Tunisie, Égypte, Iraq, Liban, Pakistan, Arabie Saoudite, Turquie). Partout, une majorité estime le hidjab nécessaire. Il est le plus cité en Tunisie (57%), Égypte (52%), Turquie (46%) Iraq (44 %), au Pakistan (32%) suivi par le niqab (31%) et le hijab (24%).
Le Liban où les chrétiens constituent plus de 30 % de la population, est le seul pays où le pourcentage, hommes et femmes confondus, des anti-voiles est majoritaire. En Turquie, le hidjab arrive largement en tête des sondés, près de 32 % pour les cheveux découverts. La Tunisie est le troisième pays en majorité contre le voile. Dans les autres pays, le pourcentage ne dépasse pas 5 %.
Beaucoup de musulmans estiment que les femmes doivent avoir le choix : Tunisie, 56 %, Turquie, 52 %, Liban, 49 %, pays relativement libéraux mais aussi Arabie Saoudite 47 %. Bien loin devant l’Égypte, 14 %.
5 La loi Blanquer du 29/07/19 concerne peu d'enfants (25 000), car 97- 98 % des enfants de cette tranche d'âge sont déjà scolarisés. Mais effet collatéral, en fait principal, la loi permet un nouveau transfert d'argent public vers l'école privée. L’État attribue à chaque commune les ressources correspondant à l’augmentation des dépenses obligatoires qu’elle a consenties en application des dispositions des articles… dans la limite de la part d’augmentation résultant directement de l’abaissement à trois ans de l’âge de l’instruction obligatoire. Soit, 100 à 150 millions d’euros par an dont la moitié au moins pour la prise en charge par les communes des écoles maternelles privées. 6 - Comme en Algérie d’ailleurs : à l’occasion du hirak, les manifestants contre le pouvoir algérien ne manquent pas l’occasion de condamner l’immixtion étrangère, sous entendu française et le gouvernement parle de certains de ses opposants comme parti de la France. 7 - Elle était aussi contestable et provocatrice par l’utilisation d’enfants qui portaient une étoile (à 5 branches) pour les comparer aux enfants juifs dont nombre ont fini à Auschwitz.

Le voile… trente ans… et après

Annexe 1 : Le voile dans divers pays

Europe

- Allemagne : la législation sur le foulard pour les enseignantes varie suivant les Länder : interdit dans six Länder : Bade-Wurtenberg, Brême, Bavière, Basse-Saxe, Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Sarre. Interdiction étendue à tous les agents publics : Berlin et Hesse.
2017 : les députés ont voté une loi interdisant le voile intégral pour les agents publics qui doivent exercer leurs fonction à visage découvert mais non le voile intégral dans l’espace public.

- Autriche : en 2018, 24 % d’opposants à tout vêtement musulman. En 2019, le voile islamique a été interdit dans les écoles primaires et le voile intégral dans les lieux publics.

- Belgique : le Conseil de l'enseignement de la Région flamande a interdit, en 2009, le port du voile islamique dans les écoles publiques.
Au niveau national, l’interdiction de cacher, totalement ou de manière principale, le visage a été adoptée par le parlement en 2011. En 2012, la cour constitutionnelle a rejeté les recours introduits contre cette loi.

- Bulgarie : l‘Assemblée nationale a voté, en 2016, l’interdiction, dans les lieux publics, des vêtements dissimulant partiellement ou complètement le visage.

- Danemark : la loi du 1er août 2018 interdit de dissimuler le visage en public.

- Espagne : à la rentrée 2007, le cas d'une fillette de 9 ans voilée à l'école a été très discuté.
Les sénateurs ont invité, en 2010, le gouvernement socialiste à interdire le voile intégral dans les lieux publics. Ce qu’ont fait plusieurs villes.
La Cour suprême, en 2013, a rejeté ces ordonnances comme inconstitutionnelles.

- Finlande : aucune interdiction. Seulement 14 % des Finlandais sont opposés au port d’un vêtement couvrant le visage.

- Grèce : aucune interdiction.
En Thrace, depuis 1923, le règlement des affaires familiales des membres de la communauté musulmane relève uniquement de la compétence de trois muftis, juges religieux musulmans nommés par l’État. Les musulmanes de cette région privilégient les vêtements couvrants et le voile islamique.

- Italie : une loi de 1975 interdit de sortir le visage couvert. Mais les tribunaux rejettent les arrêtés municipaux se prévalant de cette loi pour interdire le voile intégral car le voile résulte plus d’une tradition que d’une volonté de dissimuler son identité.
Deux régions gérées par la Ligue du nord, Lombardie et Vénétie, ont interdit voile intégral et burqa dans les hôpitaux et les bâtiments publics.
En 2018, 31 % de la population opposée à tout vêtement musulman.

- Kosovo : la loi interdisait le port de symboles religieux dans les établissements publics. Les musulmans ont bloqué les routes de la capitale, manifesté le vendredi et forcé l'État à lever l'interdiction. Le voile est à nouveau autorisé dans les écoles publiques.

- Norvège : le parlement norvégien a voté, le 5 juin 2018, l'interdiction du voile intégral dans les classes et amphithéâtres de tous les établissements scolaires et universitaires du pays.

- Pays-Bas : le voile intégral est interdit aux Pays-Bas depuis le 1er Août 2019 dans les écoles, les hôpitaux, les bâtiments publics, les transports en commun. Il reste autorisé dans la rue.

- Portugal : pas d’interdiction, 12 % des Portugais sont opposés au port de vêtement couvrant le visage et 52 % sont d’accord pour autoriser le port de n’importe quel vêtement religieux.

- Royaume-Uni : le pays est favorable à l’existence de différentes cultures et attaché à la liberté d’expression vestimentaire des convictions religieuses. Le port du voile intégral est admis partout.

Cependant, il y a débat notamment après les attentats de Londres de 2005. Depuis 2007, le directeur d’un établissement scolaire peut interdire le niqab. Qui peut aussi être interdit dans les hôpitaux publics. David Cameron, Premier ministre, s’était déclaré prêt à soutenir l’interdiction du voile intégral dans des lieux publics. Mais contre une interdiction générale. De même, Theresa May a jugé possible de demander le retrait du voile lors des contrôles aux frontières ou au cours de procès et pour les institutions privées d’avoir leur propre politique. Mais ce n’est pas la mission du gouvernement de dire aux femmes ce qu’elles peuvent porter ou ne pas porter. Nous voulons préserver cette solide tradition de liberté d’expression.

- République tchèque : en 2014, une étudiante somalienne en hijab a été contrainte de quitter une école d'infirmières de Prague. En 2017, le tribunal municipal de Prague a rejeté sa plainte, son avocat a indiqué vouloir s’adresser à la Cour suprême.

- Suède : depuis 2003, la burqa peut être interdite dans les classes pour des raisons de pédagogie ou de sécurité, depuis 2006, s’il nuit à la communication entre élève et enseignant, s’il est dangereux (laboratoire, sport) ou pour des raisons d’hygiène.
En 2007, la direction suédoise des affaires scolaires a autorisé le voile dans l'enceinte des écoles.
Chacun est libre de pratiquer la religion, affaire personnelle, à sa façon. Une femme portant le foulard islamique peut conduire un bus, être maîtresse de maternelle ou policière. Depuis 2018, le Parlement compte une députée voilée.

Suisse :

2011 : la Commission des institutions politiques du Conseil des États s’est prononcée contre l’interdiction de la burqa : porter le voile pour des raisons religieuses en Suisse ne pose pas de réel problème...
2013 : le Tribunal fédéral confirme la décision du Tribunal Administratif qui lève l'interdiction du voile décidée par les autorités de la commune de Bürglen.
Le 22 septembre 2013, le canton du Tessin vote à 66 % pour l’interdiction de dissimuler le visage dans les lieux publics.
2016 : le Conseil national (chambre basse) a approuvé l’interdiction du voile intégral, mesure rejetée par le Conseil des États (chambre haute).
Le voile intégral n’est interdit que dans le canton du Tessin.
2016 : la Fédération de basketball Probasket confirme l'interdiction du port du voile dans les matches officiels conformément au règlement de la Fédération internationale FIBA qui interdit le port de symboles religieux.
2018 : l’initiative populaire suisse, Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage, a été rejetée par le Conseil fédéral, afin de laisser les cantons libres de décider ou non de l’introduction de règles dans l’espace public.
2019 : le Conseil des États a rejeté l’initiative anti-burka.


 

Pays de tradition musulmane : les voiles sont divers (3), les traditions (4), les législations sont différentes et variables dans le temps.

Afghanistan : en 1928, le port du voile était facultatif. En 2000, les talibans ont exigé le port du voile, y compris pour les femmes non-musulmanes.

Algérie : en 2017, un arrêté de la ministre de l'Éducation interdit niqab et voile intégral dans les établissements scolaires.

Égypte : en 1923, au Caire, la présidente de l'Union féministe et ses amies au retour du Congrès féministe mondial retirent leur voile.
1953 : dans un discours public au Caire, le colonel Nasser évoque son entretien avec le chef des Frères musulmans qui voulait imposer le port du voile. Pour lui, cela paraissait inconcevable.
2015 : la grande majorité des égyptiennes musulmanes portent le voile.

Iran : en 1928, le port du voile est facultatif. A dater de 1936, le Shah d’Iran l’interdit dans la rue et les universités. En 1979, l’ayatollah Khomeyni proclame que toutes les femmes travaillant dans l'administration doivent porter le hijab. Par la suite, des manifestations de femmes contre le voile alternent avec des manifestations d’autres femmes pour le respect de la tenue islamique. Les commerçants sont invités à ne pas accepter les femmes sans foulard islamique. En 1982, une campagne est lancée par les pasdaran pour faire respecter la règle.

Kenya : les autorités musulmanes s'opposent à une décision d’évêques (19 août 2011) interdisant le port du hijab dans les écoles catholiques. Si vous voulez envoyer votre enfant dans une école catholique, il faut en accepter les règles.

Maroc : en 1956, lors de l'indépendance, Mohammed V demande à sa fille d'ôter son voile en public en signe de libération de la femme. En 2017, la confection et la commercialisation de la burqa dans le pays sont interdites.

Syrie : en juillet 2010, le ministre de l’Éducation supérieure publie le décret interdisant aux étudiantes des universités de porter la burqa ou le niqab.

Tchad : en juin 2015, le Premier ministre annonce que la burqa ou tout autre système de port de turban où on ne voit que les yeux… est interdit dans les lieux publics par mesure de sécurité afin d'éviter la dissimulation d'explosifs.

Tunisie : en 1957, Habib Bourguiba interdit le port du hijab dans les écoles. En 1981, il est interdit dans l'administration publique et déconseillé fortement en public.
Depuis 2010 et après la révolution tunisienne, le voile, la burqa ne sont plus interdits dans les lieux publics.

Turquie : le 27 août 1925, Mustapha Kemal, président de la République : en certains endroits, j'ai vu des femmes qui mettent un bout de tissu, une serviette ou quelque chose de ce genre sur leur tête pour cacher leur visage et qui tournent le dos ou s'accroupissent sur le sol lorsqu'un homme passe auprès d'elles... C'est un spectacle qui couvre la nation de ridicule. Il faut y remédier sur-le-champ.
En 1934, le droit de vote est accordé aux femmes, le port du voile est prohibé dans les administrations et les écoles publiques et déconseillé fortement dans tous les lieux publics. Le voile est interdit dans les écoles, les universités et les administrations jusqu'en 2010.
Le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan a levé cette interdiction.

Institutions internationales

En 2004, la Cour européenne des Droits de l'Homme a reconnu à la Turquie le droit d’interdire le port du voile à l’université.

En 2008, elle a validé la loi française sur l’interdiction du voile dans les établissements scolaires et, en 2014, la loi interdisant le port du voile intégral dans l’espace public.

En 2017, elle a validé la loi belge et confirmé ainsi son jugement de 2014 concernant la France. Mais elle a condamné la Belgique pour l’exclusion d’une femme voilée d’une salle d’audience d’un tribunal car cela violait son droit à la liberté de religion.

En 2017, la Cour de justice de l'Union européenne a estimé que l'interdiction de porter un foulard islamique, qui découle d'une règle interne d'une entreprise privée interdisant le port visible de tout signe politique, philosophique ou religieux sur le lieu de travail, ne constitue pas une discrimination directe fondée sur la religion ou sur les convictions.

En 2018, le Comité des Droits de l’Homme des Nations-Unies a estimé que la loi française de 2010 qui interdit de dissimuler le visage dans l’espace public, viole la liberté de religion définie par le pacte international relatif aux droits civils et politiques de 1976, signé par 172 États dont la France.
Ce comité veille au respect des engagements souscrits par les États signataires. Il reconnaît le droit d’exiger que le visage soit visible lors de contrôles d’identité mais l’interdiction généralisée du niqab était une mesure trop radicale et porte atteinte aux libertés individuelles... la loi est à l’origine d’une discrimination croisée basée sur le sexe et la religion et affecte de façon disproportionnée l’auteure en tant que femme musulmane.
Ce comité n’a pas de pouvoir contraignant, contrairement à la Commission européenne des Droits de l’Homme.

 

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