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Billet de blog 1 janv. 2022

Enquête sur la face cachée de Jupiter ...

L’adjectif jupitérien si cher à Emmanuel Macron m’a bien intrigué, et j’ai été surpris d’en découvrir une signification inattendue dans une pièce de Molière dont je me suis laissé persuader, en rêvant un peu, que Victor Hugo en a certainement apprécié toute la saveur avant de nous parler de Gavroche, celui qu’il appelait sa petite grande âme : aussi, je n’ai pu résister à y consacrer une enquête.

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Peu avant son élection, Emmanuel Macron s’exclama haut et fort « La France a besoin d’un Président jupitérien. Je ne crois pas au Président normal »[1] ! Un Président jupitérien qui ne serait pas un Président normal sans être pour autant anormal ? Mais d’où lui est venue cette étrange idée ?

Décidément, avant de tomber dans le piège qu’il m’a tendu, comme sans doute à beaucoup de français, j'aurai dû enquêter plus tôt et de plus près sur le cas Jupiter, je veux parler de ce dieu des dieux qui s’était profondément incrusté dans la vie de nos très lointains aïeux, ce dieu dont l'autorité sans partage, la volonté impassible d’imposer une vérité unique, la sienne, et bien sûr l'entêtement pour parvenir à tout prix à ses fins par tous moyens, me semblent effectivement constituer quelques-uns des penchants qui inspirent le quotidien de l’action publique de notre indiscernable Président.

Enquêter sur un pareil sujet n’est pas chose simple, il faut bien l’admettre. Je m’y suis quand même attelé, un peu tardivement, en commençant par sonder quelques bas-fonds des vestiges de l’antiquité romaine, mais sans résultats probants. Loin de me décourager, j’ai alors décidé de franchir, les yeux fermés, quelques siècles de l’histoire pour rencontrer au plus vite Molière, puis Victor Hugo qui m’ont permis de consulter les témoignages d’Amphitryon, de son valet Sosie, de Gavroche, et même de découvrir le comportement singulier et repérer quelques pitoyables injonctions d’un nommé Jupiter que Molière a eu la bonne idée de coucher sur le papier !

La difficulté que j’ai en effet rencontrée, au début de mon enquête, tenait à ce que l'empire romain s'est effondré et que Jupiter de Rome, tout dieu puissant qu'il était, n'a pu rien faire pour éviter un tel désastre. Il m’a paru alors évident que ce n’est pas lui qui pouvait sérieusement inspirer le Président quand il s’est exprimé sur ce sujet, car ce pauvre Jupiter-là, atteint d'une sévère myopie qui ne lui permettait plus de bien discerner ce qui n’allait pas sur la planète, a terminé sa très longue carrière de dieu stupéfait de constater que puissant, il ne l'était pas tant que ça, et que son souffle foudroyant n'était qu'illusion : mais, en y réfléchissant un peu, rien de plus normal, car à ce dieu il manquait quand même une sacrée majuscule, ou plutôt une majuscule sacrée !

C'est donc pétrifié qu'il a disparu, non sans avoir pris la précaution, pour laisser à tout jamais quelques traces de son omniprésence d’alors, de faire en sorte d'être statufié dans le marbre et sanctifié dans les manuels d’histoire, outre d'y graver son nom qui a fécondé l'adjectif jupitérien : après tout, s'était-il sans doute dit, laisser traîner sur les tombes de l'histoire les traces d'un adjectif pourrait un jour en inspirer plus d’un ! Et c'est ainsi que ce Jupiter de Rome n'est plus aujourd'hui qu'un objet inutile figé pour l'éternité ou encore, au mieux, une pièce de musée sans grand intérêt, juste bonne à attirer les regards de quelques rares amateurs de sculptures antiques comme celle, par exemple, confinée dans une salle du musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg, l'une des plus belles villes du monde. Il avait quand même bon goût. Mais notre Président n’aime pas les vieilleries, et ce n'était donc pas de ce côté-là qu'il fallait chercher.

Je me suis longtemps senti un peu perdu dans mes recherches, car comment poursuivre sérieusement mes investigations pour dégoter un Jupiter valablement réincarné, à l’esprit encore vigoureux et un peu plus proche de notre temps ?         

Et puis, en feuilletant à nouveau le livre signé par Emmanuel Macron, « Révolution »[2], je suis tombé sur un indice. Dans un long, très long et même trop long chapitre curieusement intitulé « Ce que je suis », et non « Qui suis-je », qu'il consacre à raconter d'où il vient et comment il est devenu ce qu'il est, il évoque notamment son éducation, ses préférences littéraires et nous confie de quelle manière, auprès de sa grand-mère et non de ses instituteurs, il a « appris à travailler ». Voici ce qu'il nous révèle : « Dès l'âge de 5 ans, une fois l'école terminée, c'est auprès d'elle que je passais de longues heures à apprendre la grammaire, l'histoire, la géographie ... Et à lire. J'ai passé des jours entiers à lire à voix haute auprès d'elle Molière ... » et quelques autres de nos grands écrivains.

Ah Molière, le grand Molière que le Président Macron a ainsi passé des jours et des jours à lire à haute voix, dès l'âge de 5 ans ! Le voilà notre indice, car le jeune Emmanuel a forcément lu, peut-être relu, et sans doute rêvé d’interpréter l’un des personnages d’Amphitryon, cette comédie fascinante où Molière, pour explorer les thèmes de l'illusion et de l’imposture, met en scène un certain ... Jupiter !

                                                                                *

Pour ceux qui ne connaissent pas ce grand classique de notre théâtre national, c'est l’histoire étonnante - pour rendre compte de mon enquête, je résume, simplifie et arrange un peu - d'un Jupiter devenu un peu coquin qui, sans doute fatigué de passer son temps, là-haut, à gérer les affaires relevant de ses attributions divines, décida un jour, muni de l'arme redoutable qu'est l'illusion, de descendre sur Terre accompagné de son fils Mercure - son garde du corps privilégié - qu'il avait auparavant nommé dieu du commerce, des voleurs, des voyages et à qui il avait en outre confié le rôle de messager, c'est-à-dire celui de porte-parole de dieu son père et des autres dieux.

Et Molière de se saisir de ce caprice divin, de cet évènement inattendu pour nous raconter de superbe façon une aventure sentimentale peu banale, mais aussi pour nous relater - tenez-vous bien - un grand débat organisé par Jupiter sur le thème de l’imposture.

Jupiter qui, en sa qualité de dieu des dieux et de tous autres mortels, savait tout, voyait tout et ordonnait en tous sens voire, au gré de ses caprices, en entrelaçant le temps présent de Rome et celui du passé d’Athènes, avait en effet repéré du côté de Thèbes, quelque part en Grèce antique, la demeure où vivaient Amphitryon, de son état chef des armées des thébains, et son épouse, la belle Alcmène. Elle était belle, Alcmène, si belle que Jupiter en eut le cœur foudroyé - c'est peu dire - à tel point qu'il ne put résister à l'idée de la séduire !

La seule difficulté était qu'Alcmène aimait son époux plus que tout et qu'elle n'imaginait pas de lui être un jour infidèle. Mais la chance se trouvait du côté de Jupiter car Amphitryon, accompagné de son fidèle valet, le nommé Sosie, s'en était allé guerroyer aux alentours de Thèbes, laissant sa tendre épouse se morfondre en attendant son retour. Jupiter ne voulait tout de même pas prendre le risque d'effaroucher Alcmène et, pour parvenir délicatement à ses fins, usa d'un subtil stratagème : il décida – on n’est quand même pas dieu pour rien - de prendre les traits les plus parfaits d'Amphitryon et ordonna à Mercure de faire de même en prenant ceux du valet Sosie. Et c'est ainsi qu’ils pénétrèrent chez Alcmène.

La métamorphose fut si réussie qu'Alcmène n'y vit que du feu, un feu ardent - ça va de soi - et si ardent qu'il enflamma éperdument son cœur et son corps durant une nuit qui n'en finissait pas de se prolonger. Hélas, toute à l’ivresse de ses ébats, elle ne pouvait savoir ni bien sûr se rendre compte qu’à quelques lieues de là, Amphitryon, le vrai, venait lui aussi d’ordonner quelque chose d’important à son valet Sosie, à savoir de quitter tambour battant le champ de bataille pour aller lui annoncer la victoire des armées thébaines sur l'ennemi et son retour imminent, auréolé de ses exploits guerriers. Sosie ne se fit pas prier.

Il lui fallait hâter le pas, car sa tâche était d’apporter au plus vite à Alcmène de bien belles nouvelles. Mais presqu’arrivé à destination, quelle ne fut sa surprise en croisant à l'entrée de la maison de ses maîtres un personnage lui barrant le passage, un personnage qui, dans la pénombre de la nuit, paraissait lui ressembler comme si son propre visage venait de surgir d’un miroir … à coup sûr étamé au mercure, sauf que, de plus près, cet individu était fait de chair, d'os et surtout empreint de mauvaise foi puisqu'il avait l'outrecuidance de soutenir, hurlements et bastonnades à l'appui, que Sosie, c'était lui ! Le pauvre Sosie, le vrai de vrai, résista tant qu'il put mais n'insista pas et se résigna, geignant de douleur, à battre en retraite pour filer retrouver son maître et lui conter sa mésaventure.

Ensuite, se passèrent bien des choses, mais il me faut résumer tout ça, sans trahir Molière, et surtout aller à l’essentiel en respectant du mieux possible le sens du précieux et magnifique manuscrit qu’il nous a légué, notamment son magistral compte-rendu du fameux grand débat animé par Jupiter lui-même, en sa divine personne.

                                                                               *

Je ne m’étendrai donc pas sur les propos plutôt houleux échangés entre Amphitryon et Sosie sur le chemin du retour. L’on imagine bien, en effet, la colère d’Amphitryon, furieux après son valet dont il se demandait comment il avait pu l’engager pour une durée si indéterminée, lui reprochant de tenir des propos délirants à force d’un peu trop taquiner la bouteille. Sosie avait beau jurer et jurer encore qu’il ne buvait que de l’eau, qu’aucune hallucination n’était venue troubler son esprit, rien n’y faisait. Il est vrai que sa parole ne pouvait valoir grand-chose pas plus, d’ailleurs, qu’il ne pouvait l’être lui-même, lui dont on dirait aujourd’hui qu’il n’est qu’un rien !

Ils atteignirent enfin la propriété d’Amphitryon et y pénétrèrent, peut-être par une porte dérobée, comme guidés instinctivement par l’esprit de Sosie qui, les larmes aux yeux, n’en pouvait plus et n’avait pas envie de passer son temps à se justifier auprès de son maître ni surtout de croiser à nouveau son double, celui qu’il faut bien désormais appeler un sosie depuis cette trouvaille littéraire de Molière.

Amphitryon entra le premier avec l’idée – on s’en doute bien - de surprendre agréablement Alcmène qui lui a tant et si longtemps manqué. Très vite, leurs regards se croisèrent, mais … stupéfaction ! Alcmène ne se précipita pas vers lui, bien au contraire ! Esquissant un geste de recul, elle l’accueillit en effet - je cite Molière - par un effarant « Quoi ? de retour si tôt ? ». Et lui de répondre, comme abasourdi, « Et ce quoi ? si tôt de retour ? … en ces occasions n’est guère le langage … d’un cœur bien enflammé d’amour ». Après, le monde idyllique d’avant s’est écroulé. Alcmène ne comprenait pas qu’Amphitryon ne reconnaisse pas qu’elle était blottie dans ses bras peu auparavant, et lui ne comprenait davantage qu’elle osait se moquer de lui aussi effrontément. Il se sentait trahi. Il traita Alcmène de « perfide », promit sa vengeance et elle, de lui rétorquer « Allez indigne époux, le fait parle de soi, et l’imposture est effroyable » en lui lançant, pour mettre un terme cinglant à cette scène de plus en plus insoutenable, « Et me voilà déterminée / A souffrir qu’en ce jour nos liens soient rompus » !

L’ambiance dans la maisonnée était devenue orageuse, agitée. Plus personne ne semblait plus comprendre ce qui se passait, ni encore moins se comprendre. Amphitryon, le vrai, et Alcmène ne se regardaient plus, ne se parlaient plus. Sosie, le vrai, restait tel qu’en lui-même, c’est-à-dire lucide, mais il se sentait bien impuissant. Et leurs doubles passaient devant les uns et repassaient derrière les autres, trompaient à qui mieux mieux sans se lasser, chicanant sans cesse les vrais, prenant ainsi plaisir à imprégner vicieusement l’atmosphère du venin de l’illusion, et à fortes doses.

Ces deux imposteurs-là, Jupiter et Mercure, étaient parvenus à réaliser ce que personne n’avait jamais si parfaitement réussi : semer en un temps record la division et la discorde. L’on comprend mieux désormais ce que jupitérien veut dire ! Mais laissons les lecteurs intéressés découvrir dans la pièce de Molière les détails de cette pitoyable affaire, et venons-en à ce grand débat infligé par Jupiter à ses ouailles en guise de cérémonie d’adieux.

Sans doute fatigué par ces histoires, Jupiter, après avoir renvoyé Mercure vers les cieux pour qu’y soit dignement annoncé son retour imminent, convoqua tout ce petit monde, maîtres, valets, bonnes et même quelques invités extérieurs qui traînaient encore par là. Désormais, il n’était plus question de discutailler, mais seulement d’écouter les seules paroles qui, selon lui, valaient la peine d’être entendues, des paroles divines qui, bien sûr, ne pouvaient être que les siennes !

S’adressant tout d’abord à Amphitryon, son foudre[3] à la main, et comme pour rappeler à qui ne comprendrait toujours pas qu’il n’était nullement du niveau du dieu tout puissant qu’il était de reconnaître ni d’assumer ses méfaits, il s’écria, sans la moindre pointe de regret, « Regarde, Amphitryon, quel est ton imposteur, et sous tes propres traits vois Jupiter paraître » puis, pour que les choses soient bien claires dans la tête de ce pauvre Amphitryon complètement tétanisé et déstabilisé, sanctifia ses propos en s’exclamant « Tu peux hardiment te flatter de ces espérances données ; c’est un crime que d’en douter : les paroles de Jupiter sont des arrêts de destinées ». Il ne décocha depuis son foudre qu’un unique éclair : ce n’était donc qu’un avertissement, au grand soulagement de tous !

Puis Jupiter s’est mis à parler, parler et parler encore, toujours à sa gloire, exprimant des idées qu’il voulait définitives, tels des postulats irréfutables, des conclusions sans appel du genre « Mon nom, qu’incessamment toute la terre adore, étouffe ici les bruits qui pouvaient éclater », et j’en passe !

Il était évidemment impossible d’en placer une, même pour le plus audacieux des courageux, à supposer bien sûr qu’il en existât au moins un dans l’assistance. Mais la surprise vint de Sosie.

Au moment où Jupiter commençait à s’élever dans les nues pour regagner ses palais divins, notre Sosie, le vrai, lui lança in extremis, à la stupéfaction générale, « Le seigneur Jupiter sait dorer la pilule »[4] ! Il fallait quand même oser, et je n’invente rien : c’est mot pour mot ce que Molière a rédigé de sa propre main.

Après, une fois Jupiter disparu dans les cieux, il fallait bien quelqu’un pour secouer le petit monde d’ici-bas et c’est encore Sosie qui prit courageusement l’initiative de ramener à la raison les esprits perturbés qui l’entouraient, d’ailleurs sans s’embarrasser de phrases sentencieuses. « Ne vous embarquez nullement dans ces douceurs congratulantes : c’est un mauvais embarquement », leur dit-il simplement en ajoutant, histoire de réveiller un peu tout le monde, y compris ses maîtres : « Mais enfin coupons aux discours, et que chacun chez soi doucement se retire. Sur telles affaires, toujours le meilleur est de ne rien dire ».

Ah Sosie, il lui en a fallu de l’audace pour oser défier rien moins qu’un dieu, et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agissait du dieu des dieux ! Il lui en fallait aussi, du courage, pour faire la leçon à ses maîtres ! Il avait pris une belle revanche, notre Sosie, la revanche d’un rien qui restera gravée dans les mémoires, car telles ont été les volontés laissées par Molière.

                                                                                 *

Dans l'imaginaire de nos irremplaçables poètes, Sosie a certainement eu de nombreux descendants et sans nul doute, parmi eux, beaucoup de riens. Qui sait d'ailleurs si Gavroche, cet attachant gamin des faubourgs parisiens né près de deux siècles plus tard de l'imagination du grand Victor Hugo n'en fut pas l'un d'entre eux ! Après tout, cette hypothèse paraît crédible puisque Gavroche était devenu un héros parmi les moins que rien de son époque, ce héros qui, rappelons-le, était tout de même la « petite grande âme » de notre poète.

Et puis - c’est Victor Hugo en personne qui nous le révèle dans son histoire des Misérables -, Gavroche s'est lui aussi bagarré contre les imposteurs et autres illusionnistes de son temps, pour de vrai. Il est même un jour monté sur une barricade - c’était lors de l’insurrection républicaine de juin 1832 - parce que, de ses mains impatientes, il tenait à apporter sa contribution pour construire quelque chose comme une République, cette République dont il rêvait dans son coin à lui, un coin d'où émanait rien moins qu'une belle idée qu'il se faisait d'une France juste, intelligente, libre et généreuse. A l'époque, c’était pas évident pour un petit rien d'être lucide, exigeant et courageux à ce point !

Alors, tout misérable qu'il était, notre Gavroche s'est investi corps et âme pour aider du mieux possible d'autres riens à bâtir les piliers de cette République, une œuvre devenue chef-d’œuvre aujourd’hui en péril, et il le fit sans s'arrêter de chanter, de chanter à tue-tête. Il chantait sur sa barricade « Joie est mon caractère / C'est la faute à Voltaire, / Misère est mon trousseau / C'est la faute à Rousseau », et il chantait et chantait encore, sans se lasser … jusqu'à ce clap de fin qu'il n'attendait pas si tôt, cet instant furtif où il a pu quand même murmurer, une dernière fois, « Je suis tombé par terre, / C'est … la faute à Voltaire, / Le nez … dans … le ruisseau, / C'est … la faute … à ... » en refermant doucement ses yeux, fauché par une balle d'indifférence, son rêve avec lui.

Il n'a pas souffert dans son corps, je vous rassure, mais dans son cœur, sûrement. Dommage, tout de même, qu'il n'ait eu d'autre choix pour espérer réaliser son rêve que celui de rejoindre un lieu de bataille, un lieu de violence dépourvu d'humanité, un lieu absurde où l'on s'invective, où l'on ne se comprend pas puisqu'on n'y dialogue pas, un lieu où l’on vous tire dessus pour peu, comme aujourd’hui, que vous exprimiez votre rage ou votre ressentiment. C'est sans doute pour ça qu'il chantait, comme pour faire entendre un cri de cœur, le sien, et pas seulement pour que l'on se borne à ne s’intéresser qu’à sa voix.

Mais la petite grande âme de Gavroche ne s'est pas esquivée, sa petite gueule d’insoumis non plus. Elles se sont, elles aussi, définitivement installées quelque part en nos mémoires !

Et qui sait si, aujourd'hui, cette petite âme devenue plus grande, très grande même, ne se rebellerait pas à nouveau. Qui sait si elle ne se mettrait pas à fredonner, en unisson avec celle du copain Sosie, un petit air sur des paroles bien pesées, quelque chose comme « Sourd est Jupiter, c'est la faute à Molière / Perdue est la Raison, c’est la faute à Macron » ! Qui sait, en effet ...

[1] Dans un entretien accordé à Challenges, 16 octobre 2016.

[2] Emmanuel Macron "Révolution", XO Éditions, 2017

[3] Le foudre de Jupiter est ce redoutable instrument en forme de sceptre forgé par trois cyclopes sous l’œil attentif de son fils Vulcain. Ce foudre comportait trois dards permettant d’éjecter trois puissants éclairs : le premier pour avertir et le deuxième pour punir. Quant au troisième, il était destiné à n’être utilisé qu’à la fin des temps, pour détruire le monde …

[4] « Dorer la pilule à quelqu’un » signifie, selon le dictionnaire Robert, « lui faire accepter une chose désagréable en la présentant sous des couleurs trompeuses, trop favorables ». C’est tout l’art de la tromperie savante tel qu’il est pratiqué aujourd’hui par les communicants : Molière l’avait déjà pressenti …

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