SAINT GOBAIN veut vendre LAPEYRE à MUTARES – Michel Témoignage d’un salarié indigné

Michel 50 ans.. Je suis arrivé dans le groupe LAPEYRE il y a 30 ans. A cette époque, le groupe LAPEYRE était un groupe industriel qui distribuait ses produits aux menuisiers, aux négociants, à la construction et aux enseignes LAPEYRE et K par K. Cela tournait. Les usines étaient chargées, ce qui permettait de proposer des prix ultra-compétitifs aux clients. Et puis, SAINT GOBAIN est arrivé…

Michel, témoignage d’un salarié LAPEYRE 

On m’appellera Michel. Je ne suis ni polytechnicien ni énarque, je suis un simple ouvrier de production du groupe 
LAPEYRE et j’en suis fier. Ce que je vais vous raconter n’est malheureusement pas une fiction mais une triste réalité. 

J’ai 50 ans, trois enfants qui sont la prunelle de mes yeux et pour qui je sacrifierais ma vie. La dernière n’a que 8 ans, 
elle est magnifique, j’aimerais tant avoir son insouciance. Je suis propriétaire d’un petit pavillon financé avec un 
emprunt sur 30 ans dont il me reste 15 ans à rembourser. 

Je suis arrivé dans le groupe LAPEYRE il y a 30 ans. A cette époque, le groupe LAPEYRE était un groupe industriel qui 
distribuait ses produits aux menuisiers, aux négociants, à la construction et aux enseignes LAPEYRE et K par K. Cela 
tournait. Les usines étaient chargées, ce qui permettait de proposer des prix ultra-compétitifs aux clients. 

En 1996, nous avons été rachetés par le groupe SAINT GOBAIN. Nous étions rassurés. SAINT GOBAIN, c’était solide et 
avec des valeurs sociales affichées. Nous n’avions rien à craindre. Les banques avaient confiance. En 2005, j’ai donc 
décidé d’offrir un toit à ma famille. A cette époque, les usines tournaient à plein régime. En revanche, le directeur 
nous disait sans cesse que nous étions déficitaires. Je ne comprenais pas. Comment l’usine pouvait-elle produire autant 
et être déficitaire ? Les magasins devaient certainement capter la marge. 

Eh bien non ! Ni les magasins, ni les usines ne captaient la marge. La marge du groupe LAPEYRE était captée à 95% par 
la holding qui n’avait aucun salarié, donc pas de participation à verser. SAINT GOBAIN venait d’inventer le paradis 
social qui consiste à mettre la marge dans des entités non soumises à la participation. Quelle inventivité ! 80 M€ de 
dérober aux salariés selon les experts, soit une moyenne de 10 000 euros par tête. Pris le doigt dans le pot de confiture, 
SAINT GOBAIN accepte alors de mettre fin à ce système en calculant la participation des salariés au niveau du groupe 
mais il refuse catégoriquement d’indemniser le préjudice passé. 

Révolté, je rejoins les 1 600 salariés qui poursuivent SAINT GOBAIN en justice. Je crois en la justice de mon pays, elle 
va nécessairement condamner lourdement ces agissements. Eh bien non ! A la surprise générale, le tribunal nous 
donne tort et précise qu’on ne peut pas remettre en cause les calculs, quand bien même il y aurait une fraude prouvée. 
C’est stupéfiant, il n’y a pas besoin d’avoir fait polytechnique pour comprendre que ce n’est pas un problème de calcul. 
Je fais donc appel. Le jugement sera rendu en juin prochain mais je ne me fais guère d’illusion. 

Avec l’accord de participation groupe, les marges de la holding allaient être prises en compte, nous allions enfin 
toucher de la participation. Eh bien non ! Dès 2009, les erreurs stratégiques de SAINT GOBAIN conduisent le groupe 
au déficit. C’est à cette époque que j’accepte de devenir membre du comité d’entreprise pour avoir une plus grande 
connaissance des dossiers. Et je ne suis pas déçu, je m’aperçois qu’avant 2002, tous les magasins LAPEYRE étaient 
gérés par des indépendants. A partir de 2002, le groupe LAPEYRE décide de les absorber pour capter leurs marges. 
Ce choix casse la dynamique commerciale et provoque un turnover considérable tant en magasin qu’au siège. Dans le 
même temps, la concurrence s’accentue. L’enseigne LAPEYRE ne voit rien venir et continue à investir dans des 
magasins surdimensionnés aux loyers exorbitants. Au final, en 2009, le groupe LAPEYRE passe dans le rouge. 

C’est à ce moment-là qu’on nous annonce l’arrivée de l’homme providentiel, un polytechnicien à la tête du conseil de 
surveillance du groupe LAPEYRE. Il vise pour 2015 un chiffre d’affaires de 1,6 milliard et un taux de marge d’exploitation 
de 9%. En 2015, le chiffre d’affaires ressort finalement à 800 M€ et le taux de marge d’exploitation à -5%. Alors que le 
groupe LAPEYRE est historiquement un industriel qui distribue ses produits par des réseaux différents et 
complémentaires, l’homme providentiel s’entête à vouloir en faire un distributeur qui produit, malgré les nombreuses 
alertes des partenaires sociaux. Les usines sont renommées LAPEYRE INDUSTRIES et sont désormais aux ordres de 
l’enseigne LAPEYRE. Le développement sur les autres réseaux est négligé. Les usines spécialisées en logement collectif 
sont même vendues car jugées en dehors du « cœur de métier », comme ils disent. Dans le même temps, les 
investissements sont réduits de moitié et les forces commerciales propres aux usines diminuent. 

Par ailleurs, les choix stratégiques sur l’enseigne LAPEYRE sont catastrophiques. Afin de restaurer les marges, il est 
décidé d’arrêter les produits d’appel et de remonter les prix au client final. Résultat, sur le marché de la fenêtre, les 
usines perdent la moitié de leur part de marché en quelques années. Plusieurs d’entre elles se retrouvent en chômage 
partiel de longue durée, pour certaines bien au-delà de la durée légale de trois ans et tout ceci avec prise en charge 
par l’Etat avec la complaisance du Ministre de l’Economie de l’époque, un certain Emmanuel Macron.

Dans les magasins, il est décidé de réduire les effectifs pour améliorer l’efficacité commerciale. Cette politique est un 
échec, la qualité d’accueil se détériore, le turnover explose en raison de la détérioration des conditions de travail, la 
qualité de conseil se dégrade car les vendeurs sont moins expérimentés et moins spécialisés. Dans le même temps, en 
2012, des millions d’euros sont investis dans un système informatique qui ne marche toujours pas aujourd’hui. 
Au final, après le traitement de choc de l’homme providentiel, les usines ont perdu du volume et des investissements 
et sont devenues dépendantes d’une enseigne malade.

En 2015, face à l’échec, il est décidé d’abaisser les prix de vente de l’enseigne LAPEYRE au niveau du marché. 
Les volumes repartent mais les usines ne sont plus capables de les produire dans les délais et à un prix permettant de 
maintenir les marges. En conséquence, le chiffre d’affaires du groupe progresse mais les marges se dégradent. 

SAINT GOBAIN sonne la fin de la récréation en septembre 2019 en annonçant la mise en vente du groupe LAPEYRE. 
Fait surprenant, l’homme providentiel qui nous a planté est celui en charge de notre cession. Comme il n’a rien compris 
au fonctionnement du groupe LAPEYRE, ce n’est pas très rassurant et un Collectif de Salariés se forme immédiatement 
afin d’anticiper et d’être force de proposition. Ce collectif déposera une offre de reprise du groupe avec l’appui d’une 
équipe de direction expérimentée. Cette offre sera rejetée par SAINT GOBAIN. 

Le 9 novembre 2020, c’est la douche froide, alors que SAINT GOBAIN avait annoncé que son principal souci serait la 
pérennité des emplois, il choisit MUTARES, un liquidateur bien connu des spécialistes. SAINT GOBAIN entame alors la 
procédure d’information consultation des Comités Sociaux Economiques et c’est le début d’un festival de mensonges. 

SAINT GOBAIN annonce tout d’abord que MUTARES n’a pas de Business Plan, ce qui surprend le Collectif à qui SAINT 
GOBAIN a demandé un Business Plan lors du dépôt de sa candidature. Et puis, coup de théâtre, le Business Plan de 
MUTARES fuite et on y apprend que 4 usines et 19 magasins vont fermer. SAINT GOBAIN décide alors de transmettre 
des documents mais ceux-ci sont noircis. Par ailleurs, SAINT GOBAIN refuse de donner les offres des deux autres 
finalistes VERDOSO et CEVITAL. 6 CSE saisissent alors la justice et obtiennent le dé-noircissement des documents et la 
communication des offres concurrentes. 

Et là surprise ! les experts concluent que non seulement l’offre de MUTARES fait courir un « risque de redressement 
judiciaire généralisé quasi certain » mais précisent que les autres offres sont plus sérieuses économiquement, mieuxdisantes socialement et quasi équivalentes financièrement pour SAINT GOBAIN. 

Incompréhensible, pourquoi SAINT GOBAIN a-t-il donc choisi MUTARES ? Une seule réponse possible : pour avoir la 
certitude de nous éliminer. Le groupe LAPEYRE est en effet concurrent de la Maison de Saint Gobain, La plateforme 
du Bâtiment et Point P. Et cette réponse est confortée par la démarche de SAINT GOBAIN près du Tribunal de 
Commerce. En effet, SAINT GOBAIN demande au Tribunal de Commerce d’homologuer l’accord de cession. 
L’homologation n’est pas obligatoire et vise uniquement à réduire la responsabilité de SAINT GOBAIN en cas de 
liquidation. SAINT GOBAIN connaît donc très bien l’issue du projet de MUTARES et c’est pour cela qu’il souhaite s’en 
protéger en obtenant l’homologation du Tribunal de Commerce. 

Soyons rassurés, nous sommes en France et le parquet via le procureur va nécessairement intervenir pour rappeler au 
Tribunal de Commerce que les CSE doivent être informés du contenu de l’accord (article L 611-8-1 du code du 
commerce) et entendu en chambre du conseil (article L 611-9). Par ailleurs, les salariés étant des créanciers de 
l’entreprise et l’accord leur portant atteinte, il ne pourra pas être homologué (article L 611-8, alinéa 3). 

Et bien détrompez-vous, lors d'une réunion informelle lundi 3 mai en présence des CSE, le Vice Procureur de la 
République a clairement indiqué que les CSE n’avaient pas à être informés du contenu de l’accord et n’avaient pas à 
être reçus en chambre du conseil puisque que cette cession concernait les parts sociales de la holding LAPEYRE SAS et 
que la holding n’avait pas de salariés, peu importe que le projet du repreneur prévoie un plan de restructuration avec 
des conséquences sociales annoncées sur les filiales. Quelle belle invention cette holding sans salarié !!! 
Nous n’existons pas !!! Nos avocats ont même été mis à la porte du Tribunal de Commerce le 10 mai dernier !!! 

Soyons rassurés, il nous reste la conciliatrice. Aux fins d’homologuer l’accord de cession, le Tribunal de Commerce 
s’appuie principalement sur le rapport du conciliateur dont la mission consiste au premier chef à valider le fait que des 
« diligences honnêtes et sérieuses » ont bien été menées en amont pour s’assurer de la pérennité de l’activité reprise, 
conformément à l’article L 611-8 du code du Commerce, alinéa 2.

La conciliatrice ayant reçu les rapports d'expertise indiquant que le projet de MUTARES conduira à un redressement 
judiciaire généralisé quasi certain, elle ne va pas donner un avis favorable à l'homologation et le Tribunal refusera 
d'homologuer. 

Ceci est d'autant plus certain que la conciliatrice ne peut pas soutenir que la pérennité des entités juridiques GIRAUD, 
AZUR, OUEST PRODUCTION et SBL est assurée alors même que leur fermeture est explicitement prévue dans le plan 
de MUTARES. 

Et bien détrompez-vous, elle va donner un avis favorable à l’homologation car après avoir été mandatrice ad'hoc puis 
conciliatrice, elle sera Mandataire à l'Exécution de l'Accord. Et lors de la mise en redressement judiciaire, devinez qui 
sera l'administratrice judiciaire nommée par le Tribunal de Commerce en vertu de sa grande connaissance du dossier? 

Soyons rassurés, il nous reste le quatrième pouvoir. La presse, qui dispose de tous les éléments du dossier, va 
nécessairement expliquer que l’homologation n’a pas pour but de protéger les salariés du groupe LAPEYRE mais 
uniquement pour objet de réduire la responsabilité de SAINT GOBAIN en cas de liquidation future. 

Soyons rassurés, il nous reste l'appel du Ministère Public. En pleine campagne présidentielle, Emmanuel Macron ne va 
certainement pas laisser passer l'occasion d'intervenir dans ce dossier qui concerne 4 200 emplois. Comment pourrait-il cautionner une homologation illégale ? Par ailleurs, dans un monde libéral, on assume les conséquences de ses choix. 
On ne recherche pas la protection du Tribunal et de l'Etat. Notre président Emmanuel Macron va nécessairement 
défendre cette position. Comment peut-il rester inactif face à des comportements anti-libéraux? 
Comment peut-il faire courir un risque financier de plus de 200 M€ à l'Etat et aux collectivités, montant minimum du 
coût estimé de la future liquidation? 

Résumons, après avoir volé 80 M€ aux salariés du groupe LAPEYRE, mis en danger leurs emplois par des décisions 
stratégiques absurdes qui ont détruit plus de 700 M€ de cash pour les actionnaires, SAINT GOBAIN a choisi MUTARES 
pour avoir la certitude d’éliminer un concurrent et entend se protéger des conséquences de la future liquidation en 
obtenant l’homologation du Tribunal de Commerce. 

Et tout le monde ferme les yeux !!! Et dans trois ans, les mêmes s’apitoieront sur le triste sort des 3 400 salariés 
LAPEYRE !!! Les protagonistes se renverront la balle !!! Tous responsables mais pas coupables !!! 

Quoiqu’il en soit, en ce qui me concerne, dans trois ans, j’aurai 53 ans et j’aurai toutes les difficultés à retrouver un 
emploi sur le territoire sinistré sur lequel je vis. Je ne pourrai plus rembourser mon emprunt et les banques saisiront 
mon pavillon. Mais ce qui me rend encore plus furieux, c’est que l’insouciance de ma petite dernière sera brisée. 
A ce moment-là, l’écriture sera insuffisante pour calmer ma colère. J’enfilerai mon gilet jaune et je rejoindrai les bannis 
de la République. 

Pendant ce temps-là, notre cher homme providentiel aura été promu numéro 1 du groupe SAINT GOBAIN. 

Quel beau pays !!! 

Michel, simple ouvrier de production du groupe LAPEYRE et fier de l’être. 

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