Je ne sais rien mais nous sommes des millions à le savoir

Puisque après tout j’ai vu durant ces trois derniers mois que l’on invite des experts sur des plateaux TV ou sur tous les supports à disposition des médias pour les entendre dire qu’ils ne savent pas le lundi et entendre le vendredi qu’ils savent maintenant, qu’ils ne savent toujours rien, pourquoi le lambda que je suis, c’est-à-dire un expert en rien ne saurait pas tout ?

La culture du bon sens individuel ?
Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi dans votre environnement proche, qu’il soit familial, entrepreneuriale, dans l’entreprise qui vous emploie, dans un univers géographique dont vous connaissez les frontières, dont vous connaissez les contraintes et les acteurs, vous êtes à la fois le témoin actif ou passif, le soumis ou le décisionnaire, mais que vous avez une idée très précise et très subjective de ce qui est bon ou mauvais pour vous. Bons ou mauvais, vous faites des choix, vous vous ouvrez à la prise de décision, vous avancez, vous freinez des quatre fers ou vous reculez, et vous êtes souvent même si vous rencontrez des difficultés en capacité de négocier et d’inter agir, voir même sans influencer cet environnement, vous décidez d’en changer.

Le savoir des non sachant.
Ces quelques dernières semaines, entre un début de semaine et une fin de semaine où donc j’ai visionné tous ces experts qui ne savent rien et qui se publicisent dans leur non-connaissance des choses, je me suis rendu compte d’une petite chose très simple, même si je ne sais rien, ils avaient tous un cursus  à peu près identique dans le domaine de la santé. Ils avaient appris ce que la grande majorité des lambda comme moi ne savaient pas, mais ces « sachant »  n’en savaient pas plus et en faisaient foi pour ne pas dire le serment, une forme de confortation élitiste, une sorte de caste, qui eux, pouvaient justifier leur présence par une appartenance à une communauté instruite, dont l’excuse de leur non connaissance s’exprimait par leur appartenance à ceux qui avaient étudié, voir pire, une légitimité de leur présence sur ces mêmes plateaux par le fait qu’ils représentaient tous ceux qui ne savent rien, mais qui avaient un droit d’expression par leur mandat de représentant.

C’est ainsi que j’ai pu voir défiler dans ce grand mélimélo, des représentants d’ordres ou de corporations différentes de la santé, du représentant des médecins de ville, épidémiologistes spécialistes des maladies tropicales ( putain je n’avais pas remarqué que je vivais sous les tropiques) … dès lors qu’ils n’avaient rien à dire et qui plus est, summum des summum qu’ils avaient une notoriété dans le rien dire et mieux du mieux jusqu’à ressortir Patrick Pelloux collaborateur du journal satirique Charlie Hebdo pour être très sérieux et parler des urgentistes.

Pour clôturer cet épisode et ce défilé d’experts « sanitaires », rattrapé par la non actualité économique ( puisque les plans étaient dans les cartables avant cette « petite rentrée d’après crise sanitaire) un non expert de la santé, le représentant du Comité des constructeurs français d'automobiles, nous expliquait qu’à la suite de cette crise de santé le secteur de l’automobile allé faire des licenciements, sûrement avec le lancement d’un bestseller « comment être un capitaliste pour les nuls » avec un chapitre consacré au bien fait de l’écologie planétaire en développant l’automobile électrique.

Pour amuser la galerie et donner une légitimité à une fausse démocratie mais à une vrai non information (pire qu’une désinformation) durant toutes ces semaines, l’on a donné quelque peu la parole à des mêmes non sachant (c’est-à-dire à d’autres chercheurs) aux allures contestataires et d’Arc Ange Saint Raoult, créant un vedettariat du « je n’en sais pas plus », mais au moins j’ai le mérite de le faire pour libérer l’expression « eh, putain tu tires ou tu pointes », il ne manquait plus que le bob Ricard et le retour de Johnny Halliday à quelques non sachant.

Alors bien évidement moi qui ne se sait rien, j’ai malgré tout pris d’autres sources d’informations, esprit un peu contestataire j’ai essayé de trouver des informations contradictoires sur la non information pour m’informer un peu plus et en savoir toujours moins.

Ainsi je me suis informé dans cette envie de savoir chez les représentants du contrepouvoir et j’y ai trouvé la recette cinématique sur ou dans les réseaux dits de médias indépendants.
Un chacun à sa façon de  plébisciter ses personnages préférés « le bon, la brute et le truand », passant du bon et de la déclaration de Vincent Lindon (qui n’a rien de l’acteur lambda) , la brute comme un Trump, et le truand - ( j’ai du mal à choisir dans la liste tellement elle est longue, allé prenons juste au hasard  un gars extirpé de l’affaire Aréva – je ne file pas de nom des fois que …, bon alors ok disons un autre plus commun un Bolloré ou un Pinault ça fait plus populaire et ils sont déjà bien référencés)  -  et je me suis régalé de trouver la veuve sans pouvoir la consoler, et de ne pas trouver à vrai dire des idées novatrices appliquées qui auraient pu donner aux orphelins la parole  et la tribune.
Mais où était le quatrième élément, celui ou celle qui sortirait de l’information pour aller vers l’invitation pragmatique à faire, à tenter, autre chose de bien réel, là tout de suite et sur le moment sans attendre la liste de signataires ou réunir assez de protestants pour le faire, plutôt que de critiquer dans la contradiction le rien, faire quelque chose, être un exemple avec là pourquoi pas d’autres contre exemples.

Hors, à ce moment, qu’ai-je donc remarqué ?
Ayant fait cette petite expérience, avant même d’en comprendre le sens dans mes jeunes années, je me suis rappelé d’une chose, ma curiosité à avoir testé plusieurs machines à calculer, de plusieurs marques, plusieurs machines avec des options orientées par métier (la plus belle étant quand même la Texas Intrusment pour comptables), pour tellement d’utilisation différentes, et m’apercevoir que leur point commun étant que le produit de zéro ne peut être que nul.

Bref, de rien je me suis rendu compte que les contradicteurs qui contestaient le rien, n’apportaient en fait, rien, si ce n’est une expression différentes d’un autre rien, philosophiquement bien emballé par des phrases contenants un grand nombre de choses incompréhensibles par quelqu’un qui ne sait rien, mais y mettant le talent de « l'art d'avoir toujours raison » piochant chez Schopenhauer l’un ou plusieurs de ses stratagèmes.

Alors que j’apprends qu’au final, le COVID n’a pas fait plus de morts que la grippe de Hong Kong en 1968, que je vois défiler des tableaux inquiétants sur ces fausses données, que j’ai pu comprendre que l’OMS était globalement financé par Bill Gates, qu’il y a des centaines de milliers de mort pour ne pas dire des millions à cause des différents polluants de la mondialisation, que le chômage fera plus de mort que ce putain de virus et qu’au final tout était déjà écrit depuis vingt ans dans des rapports ( dixit le directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire ) …

Je retiendrai une chose sans en faire la démonstration, je ne sais rien au final,  j’attendrais au mieux plus de like que la ménagère qui a photographié son gâteau, son chat ou ses salles gosses.

Mais, les médias sous la coupe de milliardaires ou ces indépendants contradicteurs, dans cette hystérie mondiale, où la peur nous abaisse un peu plus à respecter les codes et la loi, ou au mieux à nous courber dans une fausse facilité à croire que l’Etat va nous aider à coup de crédits de la BPI, où la peur des masses ouvre ces portes à toutes les oppressions, où ce lavage de cerveaux planétaire du « on ne sait rien on vous aura prévenu», pourquoi les « médias » se sont-ils couchés à  ce genre de pratiques ?
Pourquoi les contestataires lettrés, ont-ils fait corps à critiquer, à disséquer, à faire des enquêtes, à nous révéler ce que tout le monde sait depuis que le monde existe, à fustiger un grand Etat magouilleur avec des serviteurs du pouvoir invisible, qu’aujourd’hui l’on peut nommer?

Voilà bien la belle histoire d’un coup et d’un seul, de toutes ces révélations du pourquoi il n’y avait pas de masques ou du pourquoi pas la chloroquine, rédigée par ceux qui ne savaient rien avant de savoir.

Même pas une petite ligne sur la nécessité de se révolter, un appel à l’insurrection et pourquoi pas tout changer, alors que précédemment ils savaient qu’un jour cette société globalisée allait s’effondrer ou qu’elle mériterait de changer, tellement la nature ne pouvait plus supporter nos travers.

Non, rien, rien de tout ça, nada, dans le temps du retard ils ont joué le jeu de l’indignation et de l’analyse, mis à profit le scandale pour exister alors que d’ici quelques jours nous vivrons la sécheresse et le manque de bouffe.

Moi qui ne sais rien, je sais que c’était le moment, j’ai même cru qu’il y aurait un après.

J’en arriverai presque si j’étais le seul juge à décerner le prix du journalisme à Jean Pierre Pernaut qui lui au moins sait quelque chose, c’est que c’était mieux avant.

Utopie
Alors je reviens à mon introduction, et le bon sens individuel, j’ai devant mon impatience à comprendre, devant toutes les écritures et enquêtes, j’ai trouvé un ras le bol, et je me suis retiré de toutes ces informations du « rien et du contre rien ».

J’ai trouvé mille et une choses intéressantes sur la toile pour essayer, sans n’avoir jamais eu l’analyse d’experts, mais en regardant des lambda comme moi, me donner une base de données incroyable d’expériences menées qui sortent de l’approbation ou de l’indignation, et/ou de la contestation, avec pour point commun le partage d’expériences, dans l’expression des fois maladroite « du communiquant ».
Toutes ces personnes qui ne savent rien n’ayant pas fait hypocagne, ou école de journalisme, sans montage médiatique, sans le sens de l’exceptionnel, juste un tuto et quelques références sans le décor et le mode d’emploi fourni, avec un seul argument, « j’ai essayé un truc et je vous le partage ».

SVP messieurs les journalistes ne faites plus le jeu de l’approbation ou de la contestation, lobbyistes ou anti lobbyistes, ouvrez des voies sans nous prendre pour des lambda qui auraient besoin d’un décryptage, nous infantilisant au passage un peu plus et nous enfermant dans ce qui serait notre incompréhension du monde, utilisez vos forces à donner autre chose qu’un « je pense que je ne sais pas donc je suis », mais fournissez-nous la matière et les références autres que celles de Reuter ou de l’AFP.

Ne croyez pas que je suis haineux, il faudrait avoir une bonne dose d’expériences et de connaissances pour l’être, mais au travers toutes ces publications journalistiques et ces invités qui ne savent rien serait-il possible de dépasser l’indexation, alors que la référence à un « on ne sait pas » ne correspond qu’à l’acharnement d’être lu et de la confortation de la notoriété.
Tout en continuant à surfer sur l’actualité, tout en s’offrant le privilège du marronnier, avec toujours pour mots clés la dictature de la peur vendeuse, du mort à la distance du kilomètre, du dossier vérité et de sa révélation, je n’ai rien appris des médias officiels ou non officiels, ma vie n’a pas beaucoup évoluée.

Alors oui bien évidement le corps journalistique n’est pas condamnable, sauf que l’espace du résultat de la requête du lambda étant limitée, quelque part ils ont joué le jeu de l’occupation du résultat, se partageant entre réalité d’un rien et la réalité d’un contre rien, la liberté d’une expression qui ne change rien, et la possibilité comme je le fais d’exprimer son rien.


Imaginez, allé deux secondes, journalistes , pigistes, stagiaires sortis de l’université, qu’ils aient profité de ce moment pour traiter par l’exemple les sujets de ceux qui ont choisi l’autonomie, de ceux qui ont pris leur destin en main, de ceux qui dans leurs caves ou dans leurs champs tentent l’expérience de la sortie de la dépendance, de ceux qui font autrement, anarchistes sans le savoir.
Imaginez ce qu’aurait pu donner le traitement de ces expériences avec la force de l’analyse, si avec la qualité de l’explication et de la vulgarisation, et la force médiatique d’un « à part » toutes ces informations durant cette chienlit de confinement auraient été mises  en avant pour faire un après.

N’aurions pas eu alors un bien beau média, non pas un guide, ou un petit livret rouge d’anciens maoïstes repentis, mais là pour le coup un open source d’informations où chacune des individualités pourrait y piocher l’expérience de l’autre sans aucune autorité, une révolte sans indignation, et sans peur.

Ils me diront que ce n’est pas leur ligne éditoriale, ils me diront peut-être que cela ne correspond pas à la demande, voir même que je n’y connais rien, qu’après tout, cela se trouve déjà accessible puisque je l’ai trouvé et que je peux allégrement me passer d’eux.

Mais j’en reviens à l’espace qu’ils occupent et d’une façon simple à ma condamnation sur le fait qu’ils aient entretenu la peur et l’angoisse dans un « on ne sait rien », et une incapacité à regarder la réalité de leurs propres anxiétés à exister , ils nous ont durant des semaines privé du bon sens individuel à faire un autrement, et nous ont maintenu dans l’hystérie collective, d’une façon peut-être inconsciente ils nous ont empêché de nous élever individuellement pour changer.

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