La Provence en quête de valeur ajoutée...

Alors que la question du Made in France se profile comme un des enjeux de la politique industrielle de la France, peu de voix s’expriment sur le positionnement stratégique du produit France.  Les affaires Lejaby, Arcelor Mittal ou dernièrement Rock Tenn… ont la caractéristique commune de pointer du doigt la perte de compétitivité de notre pays sur des fonctions de production et de transformation notamment.  La Provence, bien que relativement épargnée par les reconversions industrielles doit aussi résoudre au cas par cas et souvent dans l’urgence les fermetures annoncées de Lyondell Basell (Pétrochimie), de Fralib ou Nestlé dans l’agro-alimentaire.  Comment pourrait-il en être autrement alors que ce territoire de 2,5 millions d’habitants n’aspire depuis plus de 20 ans qu’a fondre qualité de vie et qualité de travail, et à restaurer des activités tertiaires supérieures à la hauteur de ses ambitions légitimes ?  En voici quelques exemples :

-          Réhabilitation des infrastructures portuaires en faveur de  l’augmentation du trafic des croisières, pour plus de 1 milliards d’Euro

-          Requalification d’un grand quartier de Marseille en faveur des sièges sociaux autour du Projet Euroméditerranée pour plus de 7 Milliards d’euros.

-          Construction d’infrastructures de recherche et équipements de services dédiés  autour du projet ITER, à Cadarache (coût global de 25 Milliards),

-          Initiatives en faveurs de grands évènements au bénéfice de la Culture et des congrès d’affaires, (1 milliards)

-          Modernisation des infrastructures hospitalières et des plates formes de recherche dans la santé.

La Provence est de par son histoire  un véritable laboratoire d’usages, réagissant aux forces et contraintes de 7 pôles de compétitivité (un record en France sur une surface de 5000 Km2), mais déséquilibrée par une structure démographique en V (forte proportion de jeunes et de séniors, insuffisance de cadres), et soumis aux influences systémiques des pays du nord de la méditerranée. Encore très largement influencée par les implantations historiques dans l’industrie de la pétrochimie, la microélectronique, et l’aéronautique, ce territoire peine à assumer des choix prioritaires et stratégiques pour toutes ces raisons.  Parmi ces 3 filières, seule l’aéronautique avec Eurocopter est au beau fixe non pas parce que les coûts de production y sont plus compétitifs qu’ailleurs, mais parce que la France est en quasi monopole avec l’Allemagne en Europe sur ce secteur et qu’elle dispose de ce fait d’un avantage technologique d’une vingtaine d’année sur les pays émergés.  En ce qui concerne la pétrochimie, Marseille et son classement de 3eme Port au monde pour le trafic d’hydrocarbure est l’arbre qui cache la forêt, et que tous les espoirs reposent sur  l’augmentation du trafic et l’explosion des croisières.  Soyons honnête ! La Provence a perdu sa « patine » industrielle depuis 30 ans, et vouloir en reconquérir une n’est qu’un argument de bonne tenue pour beaucoup d’experts. Soyons visionnaire et jouons plutôt le coup suivant en élaborant une vraie stratégie de création de valeur ajoutée et positionnons ce territoire au carrefour des services innovants, des usages et des loisirs.  Décryptage :

-          2ème pôle de recherche en France, la région PACA et à fortiori le département des Bouches du Rhône peut largement améliorer ses performances de transfert de valeur entre la recherche publique et le secteur privé.

-          2ème région la plus touristique d’Europe, autour d’un axe généreux Aix-Nice, un réservoir de marché existe sur l’ouest de la région pour renforcer et attirer des prestataires de services et d’accueil compétitifs.

Entre ces deux lignes directrices qui se complètent voire se superposent, il y a la place pour construire un modèle vertueux  à l’instar de la filière microélectronique qui regagne en emplois qualifiés, ce qu’elle est en train de perdre dans la production de silicium, car le dilemme est bien d’infléchir une direction : Rester le 5ème  site en Europe pour la production de Silicium au prix de mesures publiques de soutien exceptionnelles, ou générer  des start-up susceptibles de devenir des leaders mondiaux après quelques années sur des activités à plus forte valeur ajoutée cf. Gemalto, Impika, InsideSecure, SPS,.

De même dans la santé ou le secteur public est archi dominant, les chances d’implanter un grand groupe pharmaceutique reposent principalement sur la valeur des start-up que génèreront les entrepreneurs et chercheurs de ce secteur.  Après tout, si le groupe US Bechman Coulter (3ème société de diagnostique dans le monde) est implanté en Provence, c’est grâce à l’absorption d’Immunotech en 1997, société fondée par un chercheur Marseillais; 8 start up ont essaimé en 12 ans dont la star mondiale Innate Pharma (1 mds d’euros de contrats de licence avec Bristol Myers Squibb).

La Provence à la singularité d’avoir un territoire qui décline une image à  l’international indépendante de ses fondamentaux économiques ; Il existe de ce fait une marge de manœuvre significative pour « monétiser » cette image dans de nombreuses activités, agroalimentaire, cosmétique, textile, tourisme etc.

Chacun sait que les parts de marché en Provence se gagneront sur l’aval ou ne seront pas, c’est pourquoi la promotion des filières professionnelles courtes et techniques n’a de sens à long terme, que de subvenir principalement aux gisements d’emplois en sous-traitance industrielle ou en  travaux de maintenance et rénovation au bénéfice des particuliers propriétaires. Il serait temps d’orienter aussi les moins diplômés vers les métiers de proximité et de services à la personne, les langues vivantes, les loisirs, le tourisme, les métiers de la création, le E-commerce etc.

Compte tenu de l’attrait naturel qu’exerce cette région pour les séniors aisés, la Provence en 2050, pourrait tout à fait être majoritairement détenue par des fortunes étrangères, qui n’auront alors aucune difficulté à recruter une main d’œuvre endogène bon marché dans toutes les fonctions de services.  Pour les plus diplômés désireux de rester ou de revenir au pays, la compétition individuelle se jouera sur leur capacité à générer de la valeur ajoutée ; A toute fonction égale par ailleurs, la créativité sera décisive pour l’obtention du graal.

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