Un Dimanche (normal) a la campagne !

Ce 27 mai a eu lieu une réunion de famille a la « Pinsonnie », un petit hameau de 4 ou 5 fermes, niché quelque part en Périgord vert, non loin d’Excideuil en bordure de la Loue, un lieu réputé pour la culture de la truffe noire de type Tuber mélanosporum, pour les fins connaisseurs. 

Ce 27 mai a eu lieu une réunion de famille a la « Pinsonnie », un petit hameau de 4 ou 5 fermes, niché quelque part en Périgord vert, non loin d’Excideuil en bordure de la Loue, un lieu réputé pour la culture de la truffe noire de type Tuber mélanosporum, pour les fins connaisseurs. 

C’était un dimanche, 3 semaines pile après l’élection de François Hollande, une fête de famille comme on en fête partout en France, sauf que cette famille (ma famille) est très grande, 10 frères et sœurs du côté de mon père, 10 frères et sœurs du côté de ma mère. Si «  La Pinsonnie » est  d’abord la maison de campagne de mon oncle Paul et de ma tante Annie, la plus jeune des filles   « Distinguin »  du nom de mon père, elle a su devenir subsidiairement la maison  Familiale de tous les Distinguin néo-périgourdins. Largement implantée dans le Nord-est de la France, une partie de la tribu DISTINGUIN a immigrée dans le Périgord fin des années 30, en quête de travail et de quiétude.  La « Pinsonnie » est devenue peu à peu le siège de toutes nos réunions de famille depuis plus de 50 ans,  baptêmes, anniversaires, mariages, décès…,tout était prétexte à se retrouver, pour le meilleur comme pour le pire.

Ce 27 mai 2012,  nous étions  environ 75, il en manquait encore une bonne trentaine, mais  peu importe !, l’ambiance était douce,  les parfums de pins et de chênes truffiers transpiraient du sol, se mélangeaient aux gouttelettes d’eau qui, en s’évaporant de la piscine, pénétraient nos sens et faisaient resurgir nos émotions les plus profondes, d’un lieu familial emprunt d’histoires.

Ce 27 mai à la « Pinsonnie »,  il flottait un sentiment de plaisir partagé et de bienveillance non feinte; Je me souviens pourtant il y a 32 ans en 1981, le soir de la victoire de la gauche, mon père poings levés en l’air, huant a tue tête l’internationale au 2ème étage du 21 cours Montaigne à Périgueux, nous étions tous contents pour lui. Il faut dire qu’il tenait sa revanche  au sein de sa famille, de ses frères et de ses sœurs, dont l’obédience catholique ne faisait pas mystère, elle était un marqueur que ma grand-mère (bonne maman) portait à bouts de bras.  Les revendications populaires et sociales de mon papa avaient du mal à convaincre et ce en dépit d’un positionnement socioprofessionnel familial très modeste. Je me souviens encore du week-end suivant l’élection de F. Mitterrand, à la Pinsonnie, que de tension,  de posture, de verbes hauts, d’assauts en meute !, les vieilles pierres de la bâtisse ont absorbé toutes les passions, ainsi la mémoire acoustique est sauve, seule la large cheminée s’impatiente de consommer de nouvelles braises ardentes; Heureusement, l’épée médiévale accrochée au mur  du conduit n’a jamais coupé aucune langue !  Mon papa, minoritaire, a dû battre en retraite de nombreuses fois mais sa lutte fût noble et respectée à l’unanimité.

Depuis 2001, mon père n’est plus là pour défendre ses idées, et tandis que Nicolas Sarkozy déboula un jour de mai 2007 sur la destinée de la France, la famille Distinguin, comme un seul homme releva le menton et bomba le torse, la décompression soudaine d’un air trop longtemps comprimé n’est jamais très saine pour le groupe qui le respire.  « La Pinsonnie »  fut plus que jamais un lieu acquis à la cause du nouveau Président, gare aux contradicteurs !  Ceux qui parlaient le plus  fort  emportaient tout sur leurs passages.

En ce 27 mai 2012, régnait une ambiance d’après cyclone, la nature avait repris ses droits, les chiens aboyaient et coursaient les corbeaux, le  four a pain dégageait une odeur de terre cuite,  la balle de ping-pong concentrait les regards, les enfants posaient quelques questions, les  adultes se parlaient peu, les regards s’épousaient, les gestes étaient plus lents, nos cousins et cousines si longtemps éloignées, nous retournaient  notre propre image, comme un miroir, le bonheur tout simplement.

Je n’ai pas entendu parler de N. Sarkozy  ni de F. Hollande au cours de la journée. La volonté du nouveau président d’apaiser les français n’est pas une basse besogne,  et il  faudra beaucoup plus qu’un dimanche à la campagne pour évaluer la réussite de cet indicateur de tension collective.

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