Le SPORT, un Projet anti crise pour Marseille ?

C’est bien connu, quand le temps se gâte, on baisse la tête, on  hausse les épaules, on serre les dents, on essaie enfin de se distraire comme on peut ! 

L’Europe, La France, sont depuis une demi douzaine d’années sous une épaisse couche nuageuse, quelques rayons de lumière filtrent de temps à autres au fil des indicateurs macroéconomiques positifs, mais ils sont rares, de plus en plus rares.  Pourtant, il est quelques communautés qui échappent au  gouttes cf. la fréquentation des salles de cinéma qui ne s’est jamais aussi bien portée,  atteignant un record l’année dernière en France,  la Californie a ainsi bien de la chance de compter à la fois des « techies de la Silicon Valley et  des artistes et fabricants de rêves avec Hollywood, les deux pôles économiques Californiens se complétant et se nourrissant merveilleusement. 

Comme le cinéma ou la culture dans sa définition la plus large, la pratique sportive et la fréquentation des stades sont des armes anti crises, non parce qu’elles empêchent les gouttes de tomber mais parce qu’elles jouent le rôle du parapluie, autorisant un petit espace de réconfort,  indispensable pour se requinquer.  Dans un tel contexte, on comprend mieux la faillite du discours autour de la taxe des 75 % sur les sportifs les mieux payés, si la cause est juste, l’effet collatéral est désastreux: Psychologie défaillante et communication bâclée.

L’état reste quoiqu’il en dise, le plus gros bonnet de ce réseau privé addictif qu’est la pratique sportive.  Jamais les paris sportifs ne sont aussi bien portés et les sommes collectées aussi importantes.  A l’inverse pourtant,  jamais les moyens publics n’ont été aussi faibles en faveur des politiques culturelles et sportives, cf. le budget ridicule du ministère des sports qui s’érode d’année en année (moins de 1 milliards d’euros en 2014). Erreur tactique ? Absence de vision ?  Considération erronée des enjeux ? Une rupture culturelle consommée en France entre d’un côté la tête et les créateurs de richesse, les jambes et les faibles pensants de l’autre ?  Je pense personnellement que la défense corporatiste est très mal assurée d’une part parce que nos élus politiques ne sont pas des sportifs convaincus ni pratiquants, d’autres part parce nos intellectuels peinent  a marier le muscle et le neurone, l’acte et la pensée si chère à Alain *, rare philosophe (19ème siècle) a préconiser cette réconciliation. Alors, le sport pourrait il redevenir une arme politique de reconquête citoyenne ? Une prise de conscience que notre bien-être passe par la pratique sportive et l’expression corporelle ?   Observez les politiques sportives de la Chine, de la Russie, mais aussi plus proche de nous de l’Angleterre ou de l’Espagne, de la citoyenneté au patriotisme, ils font d’une pierre deux coups.  Si les stades sont pleins à craquer (comme les musées d’ailleurs) et les médaillés sportifs sont des héros inestimables, ceux qui adulent et  qui vont au stade sont rarement ceux  qui bénéficient des politiques sportives publiques. Virtualité et vertu de l’image d’un côté, réalité et déconnexion citoyenne de l’autre, ou se situer ?

Autrefois à l’échelle d’une nation, aujourd’hui à celles des grandes métropoles, le sport pourrait devenir un formidable outil de promotion territoriale, de cohésion sociale, d’intégration et d’inclusion, de débouchés professionnels.  Un territoire performant ne serait il pas un lieu ou les plus jeunes complèteraient leurs journées cartables  par une activité loisir, ou les  chefs d’entreprises impulseraient la valeur Sport et la pratique sportive au cœur de leurs entreprises, ou les séniors préviendraient de la solitude et du déclin corporel et mental par le mouvement ?   Les connexions neuronales sont similaires à des muscles du corps que l’on active ou pas, et qui  augmentent ou rétrécissent en nombre et en volume selon l’usage.  Au risque de contredire les socratiques, ne pourrait on pas tenter d’inverser la charge de la reprise économique en appuyant sur l’action motrice présente en chacun d’entre nous ?   Ne parle t’on pas de remettre notre société française « en mouvement » ?  

Les marges de progrès sont immenses en France pour rallier la cause « Corporate »  a la cause « Corporelle ».  Puisque les références sont rares hormis peut-être les pratiques sportives du Nord de la France ou celles du continent austral, le Politique/ la métropole en France qui prendrait a bras le corps ce sujet  et qui saurait  « l’encapsuler » dans un projet  pilote visant à insuffler des nouveaux comportements au bénéfice du bien vivre et du bien être, deviendrait à coup sur une référence,  une ville modèle en rupture avec la pensée unique prédominante. L’objectif peut paraitre fictif, mais alors que la ville de Marseille est régulièrement pointée du doigt pour ses comportements incivils,  un projet de ce type serait doublement rémunérateur : l’acte déclaratif remettrait les compteurs a zéro vis-à-vis de ses détracteurs, et le politique reprendrait de l’autorité et du leadership vis à vis  de ses citoyens. Alors que les élections municipales vont  faire l’actualité dans notre ville, il est encore temps pour les candidats d’écrire un projet « sport et bien-être » complet, lisible, juste et ambitieux au bénéfice des citoyens comme des visiteurs chaque année plus nombreux.  Le futur maire ne pourrait il pas lancer un large débat métropolitain sur le sujet de la prévention des risques par le sport, associant les acteurs publics et privés, les clubs associatifs et les sociétés d’évènementiels, les pratiquants et les athlètes de haut niveau, les chefs d’entreprises et les salariés, les médecins et les patients, les jeunes et les séniors ?  Enchainer l’acte à la parole et faire du mouvement, un projet quinquennal de remobilisation collective,  la symbolique serait intéressante. En lançant la campagne « Marseille on the move »  il y  a quelques années,  les acteurs publics ont peut être enclenché une prise de conscience identitaire durable.  Cette ville de Marseille a décidemment toutes les cartes en mains pour regagner le terrain de l’image et de la responsabilité publique.

Alain : Philosophe du 19ème siècle dont le véritable nom est Emile Auguste Chartier

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.