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Billet de blog 22 mai 2022

Travailler 21 heures ou mourir de la chaleur ?

Températures devenues invivables, incendies fréquents, chute de notre production agricole... Ce n'est que le début, et le GIEC ne nous donne que quelques années pour – au moins – limiter les dégâts. Mais nous ne pourrons pas le faire sans réduire nos émissions de gaz à effet de serre dues à des activités difficilement décarbonables, comme le travail. La semaine de 21h est-elle possible ? Peut-être, mais surtout nécessaire !

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La semaine de 21h, possible ? Peut-être, mais surtout nécessaire !

Dans une étude, baptisée « Stop the clock », l’association britannique Platform estime que le passage à la semaine de 4 jours, sans baisse de salaire, permettrait une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 21,3 % [1] au Royaume-Uni (pays dans lequel la population travaille sensiblement autant qu’en France [2]). L’étude explique notamment que réduire d’un cinquième la durée du temps de travail en passant de la semaine de 5 à 4 jours réduit drastiquement la flotte de voitures en circulation et donc les émissions de GES. Travailler moins, c’est donc se déplacer moins souvent.

De plus, l’étude explique – rejoignant par ailleurs Le Monde Diplomatique, dans son article « travailler moins pour polluer moins » [3], que réduire le temps de travail, c’est aussi réduire la production de biens et services, avec la consommation d’énergie et de ressources que celle-ci implique. Et là où on pourrait se dire qu’avoir plus de temps libre, c’est avoir plus de loisirs potentiellement polluants, c’est en fait tout l’inverse qui se produit. L’étude de Platform rappelle que le passage des 39h aux 35h en France n’a pas eu d’impact négatif significatif dans les émissions dues aux loisirs et à la consommation [1]. L’association explique par exemple qu’avec moins de temps libre, on a tendance à manger fast food plutôt qu’à cuisiner ou à commander sur Amazon plutôt qu’à se fournir auprès d’un commerce de proximité. Sur la question des loisirs, l’étude montre que les interactions sociales et l’entretien du foyer sont privilégiées, n’entraînant aucune hausse significative des émissions de GES. En d’autres termes, les travailleurs ne vont pas subitement se mettre à rouler en quad sur des écureuils pour occuper leur nouveau temps libre.

Or, pour atteindre la neutralité carbone en 2050 sur notre continent et ainsi éviter de dépasser une augmentation des températures de 1,5 °C, conséquemment au bilan et aux prédictions du GIEC [4-5], le parlement européen estime qu’en 2030 nous devrons avoir réduit de 60 % nos émissions de GES en Europe [6]. Le passage à la semaine de 4 jours, préconisé par Platform, n’est donc pas suffisant. Il faut aller plus loin. Tout d’abord, notons que la réduction des émissions de GES engendrée par la réduction du temps de travail varie en fonction du pays et est principalement indexée aux émissions de GES par habitant, comme le révèle une étude publiée en 2019 par Autonomy [8]. Ainsi, pour une économie plus carbonée comme l’économie britannique (5,4 tonnes par an et par habitant [9]), on observerait une baisse de 1,1 % d’émission de GES pour 1 % de réduction du temps de travail, comme l’affirme Platform [1]. Tandis qu’une étude de la Chalmers University of Technology montre que, pour 1 % de réduction du temps de travail en Suède (économie moins carbonée avec 3,5 tonnes par an et par habitant [9]), les émissions de GES diminueraient de 0.8 % [10]. La France semble quant à elle avoir une économie plus proche (en terme d’émissions de GES) de l’économie britannique, avec 4,6 tonnes par an et par habitant [9].

Étudions alors la possibilité d’une diminution de deux cinquièmes du temps de travail au lieu d’un, en passant à la semaine de 21h réparties sur 3 jours et sans baisse de salaire. On obtient alors une chute d’environ 40 % des émissions françaises de GES, par la réduction massive des trajets quotidiens ainsi que par toute la réorganisation économique que cette mesure implique (suivant les taux exposés plus haut). Couplez à cela l’interdiction des fermes usines (environ 9% des émissions françaises de GES sont imputables à l’élevage [11]) et il vous suffira de vous attaquer à la réduction des transports aériens (4,4 % des émissions de GES en France [12]), maritimes, et par poids lourds, pour tendre vers l’objectif fixé par le parlement européen [6]. Cette diminution drastique de 60 % des émissions de GES serait impossible autrement qu’en envisageant une réduction du temps de travail d’au moins 40 %. Il ne s’agit bien sûr que d’une mesure minimale et transitoire. Passée cette étape, il faudra entre 2030 et 2050 passer d’une réduction de 60 % à une réduction de 80 % des émissions de GES en Europe par rapport au niveau de ces trois dernières décennies, toujours selon le parlement européen [7]. Certains papiers comme celui d’Autonomy préconisent même de dépasser très largement ces objectifs [8].

Il est évident qu’une telle transition économique doit être accompagnée d’une aide aux plus petits patrons ou paysans. Et cela ne pourra se faire qu’avec une lourde et stricte fiscalité pour les plus riches. L’expérience de la COVID-19 nous aura au moins montré qu’on pouvait soutenir l’économie à un point que tous les néolibéraux nous annonçaient impossible. Mais elle nous a surtout montré où était le profit. De Mars 2020 à Octobre 2021, la fortune des milliardaires français a augmenté de 86 % [15]. En se rappelant que ce sont avant tout les plus riches qui polluent et détruisent le vivant, récupérer ces profits pour accompagner une bifurcation écologique nécessaire à notre survie ne devrait pas nous attrister. En France, les 10 % les plus riches polluent autant que la moitié la plus pauvre de la population [16], ils en génèrent un quart ! Mais outre leur niveau de vie polluant, le patrimoine des plus riches a des conséquences écologiques qui donnent le vertige : Les émissions de GES issues de la fortune de 63 milliardaires français sont équivalentes à celle de la moitié de la population [17]. Alors produisons moins et différemment, oui, mais surtout travaillons moins et pas pour le seul profit des plus riches.

On peut espérer que cette mesure essentielle à la survie de notre espèce et de toutes les autres ne passera pas pour une volonté démagogique. Rappelons que les sérieux, ce ne sont pas ceux qui pensent que tout va bien et qu’on peut détruire le monde sans disparaître au passage. Être sérieux, c’est au contraire entendre les cris d’alarme de la communauté scientifique et comprendre qu’on ne peut pas continuer comme ça [18]. Bref, travaillons moins pour ne pas tout perdre et, surtout, faisons tomber le système capitaliste !

[1] https://6a142ff6-85bd-4a7b-bb3b-476b07b8f08d.usrfiles.com/ugd/6a142f_5061c06b240e4776bf31dfac2543746b.pdf

[2] https://stats.oecd.org/Index.aspx?DataSetCode=AVE_HRS&Lang=fr

[3] https://www.monde-diplomatique.fr/2021/06/LECOEUVRE/63211

[4] https://reporterre.net/Le-Giec-prepare-la-sortie-de-son-6e-rapport-dans-un-climat-extreme

[5] https://reporterre.net/La-hausse-de-2-oC-de-la-temperature-mondiale-serait-apocalyptique-predit-un-rapport-du-Giec

[6] https://www.europarl.europa.eu/news/fr/headlines/society/20190926STO62270/qu-est-ce-que-la-neutralite-carbone-et-comment-l-atteindre-d-ici-2050476b07b8f08d.usrfiles.com/ugd/6a142f_5061c06b240e4776bf31dfac2543746b.pdf

[7] https://www.europarl.europa.eu/news/fr/headlines/society/20180208STO97442/reduction-des-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-dans-l-ue-objectifs-pour-2030

[8] http://autonomy.work/wp-content/uploads/2019/03/Shorter-working-week-docV6.pdf

[9] https://donnees.banquemondiale.org/indicator/EN.ATM.CO2E.PC?end=2018&name_desc=false&start=1960&view=chart

[10] https://journals.sagepub.com/doi/abs/10.1068/c12239

[11] https://ree.developpement-durable.gouv.fr/themes/defis-environnementaux/changement-climatique/emissions-de-gaz-a-effet-de-serre/article/les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-de-l-agriculture#label_onglet4900

[12] https://ree.developpement-durable.gouv.fr/themes/defis-environnementaux/changement-climatique/emissions-de-gaz-a-effet-de-serre/article/les-emissions-de-gaz-a-effet-de-serre-du-secteur-des-transports#:~:text=Le%20transport%20international%20maritime%20imputé,8%20Mt%20CO2%20eq.

[13] https://www.bfmtv.com/economie/economie-social/france/semaine-de-4-jours-sortie-des-35-heures-le-theme-du-temps-de-travail-s-invite-dans-la-campagne-presidentielle_AV-202202030196.html

[14] https://www.youtube.com/watch?v=9Qm29q6kxmQ

[15] https://www.oxfamfrance.org/communiques-de-presse/la-fortune-des-milliardaires-a-davantage-

augmente-depuis-le-debut-de-la-pandemie-quen-une-decennie/

[16] https://www.oxfamfrance.org/communiques-de-presse/les-1-les-plus-riches-sont-responsables-de-deux-fois-plus-demissions-que-la-moitie-la-plus-pauvre-de-lhumanite/

[17] https://www.greenpeace.fr/milliardaires-et-climat-4-chiffres-qui-donnent-le-vertige/

[18] https://www.youtube.com/watch?v=v2V2qeoOjqE 

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