Lutte contre l’inflation, la grande supercherie libérale du XX e siècle.

Retrouver son indépendance monétaire est la condition sine qua non du retour de la croissance et du plein emploi à terme. Ceux qui s’y opposent, sont-ils de droite ou de gauche? Le seul bon sens civique répond : peu importe, ceux qui ont incité à dire oui à Maastricht (Mitterrand) ou oui au traité de Lisbonne (Sarkosy), ont ont été des anti-sociaux pourvoyeurs de la misère et de précarité

A la fin de la guerre, les pays occupés par l’Allemagne, en retrouvant leur liberté ont pansé leurs blessures grâce à  la grande Amérique  sortie vainqueur de ce conflit,  ce qui signifiait  prêter l’argent celui du plan Marshall. Evidemment, il était bienvenu dans ces pays exsangues.  Ce n’était pas désintéressé : en refaisant marcher l’Economie par des investissements on récupère, souvent largement, les sommes insufflées dans la production.  La France a donc connu trente ans, les « trente glorieuses », pendant lesquelles elle a été un pays émergent. D’autant plus que la main d’œuvre des prisonniers de guerre libérés, devenait disponible pour la production agricole et pour l’industrie. Sur les murs paraissaient de grandes affiches qui disaient  « retroussons nos manches ».

Le progrès engendre mécaniquement une augmentation de la masse monétaire en incitant à l’achat.   Or plus il y a d’argent en circulation plus sa valeur unitaire baisse au fur et à mesure que les prix, liés à l’augmentation des transactions, montent. L’augmentation de la masse monétaire  s’est accentuée par l’effet   TVA, instaurée en 1954  qui frappe le produit, tout en épargnant l’Entreprise. Justifié à cette époque pour compléter l’essor économique, elle a continué à produire son effet multiplicateur du prix.  Or  la répartition des richesses dépend essentiellement des patrons d’entreprise. Elle se traduit par l’augmentation du pouvoir d’achat, c’est- à-dire  par l‘augmentation des salaires dans notre système économique libéral,  quelquefois sous la pression des syndicats, bien que souvent  avec retard. Ce qui revient à dire que l’inflation défavorise la population en majorité celle des prolétaires.

Ce qu’on ne dit pas, c’est que l’augmentation du volume monétaire défavorisait encore plus les prêteurs (banques et organismes spécialisés). Très gênant donc pour  ceux-ci qui,   prêtant à moyen et long terme aux particuliers, attirés par les  besoins nouveaux, voitures et appartements, devaient anticiper une perte probable mais inconnue en ajustant  au mieux leur taux d’intérêt.

Or, la course de rattrapage « pouvoir d’achat et niveau d’intérêt » entraînait une rotation rapide et importante de la masse monétaire, quand le deuxième, faible incitait à la dépense, ce qui ajoutait  à l’inflation. On  connait l’inflation galopante du Mark des années 1930. Elle avait été déclenchée par l’importance des remboursements des dommages de guerre que l’Allemagne s’était engagée à régler lors de la signature de l’armistice en 1918. Ce pays dont l’économie venait de sombrer avait comme seul  moyen de remboursement, la fabrication, ex nihilo, de la monnaie par sa Banque centrale. Les alliés qui étaient submergés par cette masse monétaire en monnaie allemande l’ont investi massivement dans ce paysd, notamment  par la création de firmes industrielles, en les renflouant également.  D’où la perte de valeur abyssale monétaire du mark, qui n’a pu s’arrêter que dans les années 1933-4 quand les alliés ont accepté un moratoire sur le remboursement de la dette. Suivi de son arrêt définitif.

On comprend que dans le traité de Maastricht  de 1992, l’Allemagne ait prévu que la Banque centrale européenne soit chargée avant tout de réguler la masse monétaire en circulation, pour éviter l’inflation qui avait tendance à monter : en 1974 elle était de 14 % en France.  Il fallait donc commencer par freiner les investissements étatiques importants qui s’ajoutaient à son augmentation.  Malheureusement la technique de base qui consistait pour ce faire,  à monter le niveau des taux d’intérêt pour freiner les dépenses d’investissements de l’Etat,  s’est révélée difficile à mettre en œuvre :  il fallait contrôler les budgets nationaux et faire la chasse aux déficits éventuels. Ce qui supposait une contraction difficile à supporter. D’où une une contradiction fondamentale pour les banques prêteuses qui se répercutait dans le domaine privé.  Si l’on diminuait les  investissements   la production  diminuait également. Pour l’Etat comme pour les entreprises, cela supposait licencier. Le chômage allait devenir  la  variable d’ajustement  structurel.

En France, pendant les trente glorieuses, les syndicats encore puissants ont combattu la technique de restriction des dépenses qui diminuait le pouvoir d’achat des salariés, en incitant aux  grèves dans le domaine industriel et quelquefois dans la fonction publique.  Comment briser le cercle vicieux  de l’inflation : il fallait pour cela que les entreprises résistent en évitant d’augmenter les salaires compensatoires, ce qui par effet boomerang allait diminuer la production nationale par la baisse du pouvoir d’achat.

Alors que l’inflation n’était qu’une conséquence de la croissance, elle a été proclamée comme responsable de la perte du pouvoir d’achat  par les responsables politiques depuis les années 70, tandis  que l’Etat de son côté devait diminuer ses investissements qui contribuant également à la croissance était co-responsable.  Cercle vicieux : un décalage dans le temps entre ces  dépenses et leurs rattrapages faisait que la synchronisation s’échapper rendant tout ajustement instable. Seul le  la baisse du pouvoir d’achat, considéré comme des investissements,  pouvait être efficace. Stigmatiser  les déficits d’un  Etat dépensier, comme responsable de l’inflation  est une tromperie historique savamment orchestré par les  lobbys financiers et le patronat : l’investissement est une dépense nécessaire, quelques soient ses ressources.  La menace sous-entendue, que  si on ne faisait rien pour diminuer les déficits (un solde négatif), c’était la crise des années 30 qui allait revenir, celle qui a abouti à la deuxième guerre mondiale….alors que seule l’excès de la création monétaire était en cause. Le plan Marshall  et la création monétaire qui a suivi était dosé.  Le lobby bancaire a désigné l’Etat comme responsable de l’inflation parce que c’était son pouvoir régalien de battre monnaie.  Il a réussi à persuader que lui prendre ce pouvoir, en créant la monnaie par l’emprunt  permettrait de contrôler les flux. Alors, comme on l’a dit c’est la croissance et les investissements qui sont à l’origine de l’inflation, la création monétaire n’étant que l’instrument nécessaire.

Voilà d’où vient l’austérité, faire accepter la lutte contre l’inflation par la population, en jetant un voile pudique sur celui, plus dangereux encore pour les banques en incriminant la technique de la création monétaire étatique connue sous le nom péjoratif de planche à billets. Il fallait donc la supprimer. Ce qui a été fait par la loi du 3 janvier 1973. Alors qu’en réalité, c’est la diminution de la croissance par la diminution des investissements qui pouvait s’avérer efficace.

Le résultat est connu, le chantage à l’emploi, pour résister à l’ajustement des salaires, a enclenché un chômage structurel et des inégalités dans les populations par la perte du pouvoir d’achat moyen, pour le plus grand bénéfice des banques. Si celles-ci étaient restées nationalisées comme pendant les trente glorieuses, elles auraient simplement accompagné le progrès, quitte à moins gagner sur les intérêts.

L’Union européenne  oblige ses membres à emprunter,  soi-disant pour empêcher la fabrication de la monnaie pour combler ses déficits. Censés être à l’origine  de l’augmentation de la masse monétaire destinée à  les financer. Mettant ainsi en cause les choix budgétaires. C’est une mystification car, il faut le répéter,  l’augmentation de la masse monétaire provient de l’augmentation de la dépense  qu’il y ait ou non les ressources  nécessaires, c’est-à-dire avec ou sans déficit,  s’il s’agit de l’Etat.

Le progrès par l’investissement privé ou public est la seule façon d’éviter le marasme économique et la souffrance d’une partie de la population et des travailleurs. La création monétaire qui s’ensuit, et l’inflation qui lui est liée, existe aussi bien avec  la planche à billets qu’avec l’emprunt avec toutefois, l’augmentation de la dette due aux intérêts dans ce dernier cas.  Le principe de favoriser  le progrès social par la dépense a été  analysé par J.M. Keynes [1]un grand économiste du 20 e siècle qui n’a pas hésité à dire qu’il fallait « euthanasier » les rentiers,  sous -entendu, le monde de la finance. C’est l’abandon de cette technique dans les années  70 qui a entraîné le marasme actuel, pour le grand bénéfice de ces « rentiers » que sont les financiers.


[1]  Avec  son livre majeur « Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie » il est le premier monétariste à avoir lié l’emploi à la finance.

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