L'illusion et les mensonges du nucléaire en France

L'électricité produite par l'industrie nucléaire ne couvre que 17% de la consommation finale d'énergie en France et ce pourcentage se réduit...

En France, l'électricité d'origine nucléaire NE REPRESENTE PAS 75% de la production d'électricité utile aux usagers en dehors l'industrie de l'atome elle-même, et encore moins de la globalité de l'énergie produite. Faut-il rappeler que cette industrie en est une grande consommatrice, surtout si l'on considère l'ensemble du processus de l'extraction de l'uranium via sa transformation jusqu'à son acheminement aux consommateurs, puis le traitement des déchets ?

L'électricité produite par l'industrie nucléaire correspond à 17% de la consommation finale d'énergie en France. http://www.iea.org/textbase/nppdf/free/2010/key_stats_2010.pdf  Ce pourcentage est assez stable mais en 2012 il a baissé à 10% (cf. Corinne Lepage "L'Etat nucléaire", édition Albin Michel, 2014, p. 92).

Il faut absolument démonter la propagande qui donne l'impression que le nucléaire fournit 75% d'énergie en France (la confusion est fréquente) car en y croyant même des gens instruits et raisonnables pensent que la France ne peut pas se passer du nucléaire.

Place du nucléaire dans le monde

Dans le monde, l'hydroélectricité à elle seule produit plus d'électricité que le nucléaire : En page 6 de Key World Energy Statistics, on constate que le nucléaire est annoncé à 5,8% de l'énergie mondiale, et l'hydroélectricité seulement à 2,2%. Or, en pages 16 et 18, on constate que le nucléaire a produit en un an 2700 Twh d'électricité, alors que l'hydroélectricité a généré… 3300 Twh. C'est à dire bien plus !" http://observ.nucleaire.free.fr/renouv-plus-que-nucleaire.htm

Pour comprendre cette incohérence il faut savoir que quand on parle de la production des centrales nucléaires on prend en compte toute l'énergie qui en sort, sans tenir compte du fait que deux tiers de l'énergie primaire d'une centrale, comptabiliés comme l'életricité, correspondent en réalité à la chaleur qui finit dans l'environnement.  (Voir plus loin l'explication de ce subterfuge par le Commissariat général au développement durable - qui est un organ interministériel du Gouvernement français - et le commentaire de Négawatt.)

"En dix ans (2002-2012) la production d'électricité renouvelable a progressé au niveau mondial de 2.960 TWh à 4.700 TWh (+59%) alors que la production d'électricité nucléaire a régressé de 2.660 TWh à 2.460 TWh (-8%). L'électricité d'origine fossile a augmenté de 46 %." http://energeia.voila.net/energie/renouvelable_nucleaire_fossile.htm

La consommation mondiale croit constamment et elle est satisfaite par une augmentation de la part des énergies fossiles dans la production de l'électricité qui a atteint 15390 TWh.

Voir sur ce site nombreuses autres données intéressantes http://energeia.voila.net/index2.htm

"Les statistiques officielles donnent au nucléaire une importance qu'il n'a pas car il ne couvre qu'environ 2,5% de la consommation mondiale d'énergie."http://theshiftproject.org/cet-article/quelle-est-la-place-du-nucleaire-dans-la-consommation-d%E2%80%99energie-francaise

De ce fait, le nucléaire contribue à la limitation de rejets du CO2 dans l'atmosphère bien moins que ne prétendent ses défenseurs. Par contre il produit des rejets radioactifs!

Électricité nucléaire - de la fumée?

"Le Commissariat général au développement durable précise que 'la convention internationale (...) veut que l'électricité d'origine nucléaire soit comptabilisée pour la chaleur produite par la réaction, chaleur dont les deux tiers sont perdus lors de la conversion en énergie électrique'. Donc l'électricité nucléaire, dont le rendement entre énergie primaire (la chaleur dégagée par l'uranium) et finale (l'électricité vendue aux consommateurs ultimes) est encore moins bon que celui des énergies fossiles, bénéficie d'un traitement de faveur qui consiste à compter la chaleur perdue comme de l'électricité ! Or cette chaleur perdue n'est pas anecdotique : elle représente en France environ 900 milliards de kilowattheures, soit presque autant que toute la chaleur nécessaire au chauffage de tous les bâtiments de France : logements, bureaux, équipements publics..." Cité et commenté par Manifeste Négawatt - réussir la transition énergétique, Actes Sud, collection Domaine du possible, 2012, p.48.

Nucléaire - ruine financière de la France?

D'après le rapport de la Cour des comptes publié en mai 2012, fondé sur les comptes de 2010, la filière nucléaire n'est plus en mesure d'assumer le coût du nucléaire: "Quels que soient les choix retenus, oui, des investissements importants sont à prévoir pour maintenir la production actuelle, représentant a minima un doublement du rythme actuel d'investissements de maintenance. Ce qui fera augmenter le coût moyen de production de l'ordre de 10 %. (...) D'ici à la fin de 2022, 22 réacteurs sur 58 atteindront quarante ans de fonctionnement. Dans l'hypothèse d'une durée de vie de quarante ans et d'un maintien de la production électronucléaire à son niveau actuel [74 % de la production d'électricité], il faudrait donc un effort considérable d'investissement à court terme, qui paraît très peu probable, voire impossible, y compris pour des considérations industrielles." (LEMONDE.FR | 31.01.12 Interview avec Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes.) A cela s'ajoute la gestion des déchets que l'industrie nucléaire n'est pas non plus en mesure d'assumer seule. L'argent public investi pour compléter ses ressources est détourné du développement des énergies renouvelables et obère la transition énergétique.

"Selon un rapport de la Cour des comptes publié ce mardi 27 mai (2014), le coût de production du nucléaire en France a bondi depuis 2010. Il va continuer à augmenter en raison de la vieillesse des centrales.   Près de 20% de hausse. Les coûts de production de la filière en France ont crû de 19,2% entre 2010 et 2013. (...) Ces coûts vont continuer d'augmenter, estime la Cour. (...) Le prix du mégawattheure (...) est passé de 49,6 euros en 2010, à 59,8 en 2013. Avec un impact direct sur le consommateur puisque, selon les magistrats, les coûts de production nucléaire compte pour 40% du prix payé par les clients".  http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/deputes-vont-enqueter-couts-nucleaire-665248.html  Une partie des 60% restant, à savoir la recherche fondamentale et appliquée, le traitement des déchets étant payée par les contribuables!

Le coût de l'électricité varie suivant les estimations de 49,50€ par mégawatt/heure (calcul EDF) à 75€; dans le futur proche il pourrait augmenter jusqu'à 120€ (c'est le montant de la garantie du prix que l'EDF qui se lance dans la construction de l'EPR en Grande Bretagne demande à son gouvernement). Les autres grandes sources de production: l'hydroélectricité coûte entre 15€ et 20€ le MWh, les centrales à charbon 44€ , les centrales à gaz 74€, l'éolien 69€, le photovoltaïque de150 à 400€. Cependant, le prix des "renouvelables" baisse régulièrement et le photovoltaïque pourrait connaître un développement particulièrement avantageux grâce aux nanotechnologies, tandis que les estimations du coût futur des centrales nucléaires croit tout aussi régulièrement.

En prévision des débats sur la transition énergétique, les Écologistes de l'Assemblée nationale ont réclamé et obtenu, en décembre 2013, la création d'une Commission parlementaire d'enquête sur les coûts du nucléaire. Tous les groupes politiques ont annoncé, au cours du débat en séance publique, qu’ils prendraient une part active à ses travaux. La Commission a publié son rapport en juin 2014. http://www3.reuters.fr/graphiques/Rapport_nucl%C3%A9aire.pdf  Ses résultats sont pour le moins inquiétants. France Info les a résumés sur son site http://www.francetvinfo.fr/societe/nucleaire/nucleaire-la-commission-d-enquete-preoccupee-par-les-futurs-couts-de-la-filiere_619207.html

Contribution médiocre de l'exportation des centrales nucléaires à la balance commerciale de la France.

"L'Agence internationale de l'énergie atomique dénombre aujourd'hui 66 réacteurs en construction. La Chine qui en a 27, la Russie, 11, la Corée du Sud, 5, en accueillent les deux tiers. Sur ces 66 réacteurs, combien sont des EPR made in France? A peine 5: 1 en Finlande, 2 en France, car il faut bien montrer l'exemple, 2 en Grande-Bretagne - à l'EDF qui a pris en charge le nucléaire britannique, 2 en Chine. De quoi relativiser la place de la France dans le paysage nucléaire mondial. Ce sont le russe Rosatom et le coréen Kepco qui se taillent la part du lion." En Chine, la France construit deux EPR et transfère sa technologie : ce sont donc les deux derniers car la Chine deviendra rapidement la concurrente de la France dans le vente des EPR. http://www.global-chance.org/spip.php?article49

N.B.: Le Conseil national suisse a voté en 2011 l’interdiction du chauffage électrique, coûteux et peu efficace, qui devra avoir totalement disparu d’ici 2025. Pendant ce temps, ce type de chauffage continue à être massivement promu en France par EDF, même si, pendant les pics de consommation, elle est obligée d'importer de l'électricité allemande et espagnole. Au lieu d'envisager la construction de nouveaux réacteurs, ne serait-il pas judicieux de réduire ces gaspillages et tous les autres?  (Pour suivre l'actualité suisse voir le bulletin de l'Office fédéral de l'énergie : http://www.bfe.admin.ch/themen/00612/00620/?lang=fr)

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Corinne Lepage, ancienne Ministre de l'Environnement, explique les intérêts privés qui se cachent derrière la défense du nucléaire dans son récent livre "L’État nucléaire", éditions Albin Michel, Paris, 2014.

Pour suivre l'actualité du nucléaire on peut lire http://www.sortirdunucleaire.org



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