Chronique pragoise #02 - Letna

La température est cruellement douce en ce début janvier; cette après-midi, le thermomètre atteint allègrement les dix degrés. Difficile de s'habiller dans ces conditions... Malgré tout, le froid arrive vite une fois le soleil couché. Le sol n'est pas assez chaud pour maintenir ce semblant de chaleur.

La colline du parc de Letna surplombe la Vltava juste au nord du centre ville. Là, il y a un peu plus de cinquante ans, se dressait fièrement une immense statue de Staline, avec dans son dos, quatre soviétiques et quatre tchécoslovaques. Les pragois l'appelaient d'ailleurs "la queue à la boucherie", évoquant la pénurie et l'attente dans les commerces. Elle fut détruite à l'explosif en 1962 dans un mouvement de déstalinisation soviétique. Aujourd'hui, un immense et immonde métronome y bat la mesure du temps capitaliste.

Il est à peu près 16 heures et je me trouve au belvédère du pavillon Hanavsky. Une vue magnifique s'ouvre vers le sud, sur le fleuve. Une enfilade de quatre ponts, avec le fameux pont Charles, casse une ligne de fuite qui tend à s'évaporer à contre courant. Le soleil est généreux mais n'offrira pas ses grands rayons rougeoyants à la capitale tchèque. Je saisis l'instant à la focale fixe de 23mm en faisant attention de bien voir les drapeaux tchèque et européen qui trônent sur un bâtiment officiel.

L'ambiance en cette fin de journée est irréellement printanière et je me mets à rêver des soirées longues et douces des mois à venir, lorsque nous pourrons nous allonger dans les bras du soleil et respirer l'air tiède et chaud de ces paysages tranquilles.

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