On ne travaille pas pour la gloire !

C'est un communiqué écrit par des salariées d'un Centre Social du nord de Marseille. Plusieurs des éléments qui sont pointés peuvent être communs à d'autres lieux de travail ; notamment dans le secteur de l'animation.

IFAC !

La moutarde nous monte au nez : on ne travaille pas pour la gloire !

A Marseille,

15 avril 2021

Avant d’aller plus loin, nous, équipe de salariées du Centre Social et de la Maison pour Tous du Grand Saint-Antoine (Plan d’Aou), étions prêtes à démarrer une grève reconductible. Malheureusement, avec ce nouveau confinement, il n’y aurait eu que peu d’impact. C’est pourquoi, nous tirons la sonnette d’alarme à travers ce premier communiqué.

La situation s’installe depuis quelques mois. Les conditions de travail se dégradent. Nos relations avec le siège et particulièrement son service RH, se sont encore plus détériorées avec la liquidation judiciaire de l’IFAC Provence. Nous verrons en quoi, ci-dessous.

Bref, ce serait mentir, comme cela est affirmé auprès des institutions, de dire que cette liquidation n’a aucun effet : ni pour les conditions de travail, ni pour la prise en compte de l’état de l’équipe et encore moins pour la considération de ce qui est fait sur le terrain. Cela serait mentir également de dire que tout vient de la liquidation judiciaire car des situations traînent depuis plus longtemps que cela – depuis 06/2018 … D’abord rattaché à IFAC national, nous avons ensuite était transféré à IFAC Provence (avec l’accord de la mairie de l’époque) alors que cette dernière était déjà en redressement judiciaire !

Nous ne voulons pas, par ce communiqué, non plus, faire du siège de notre fédération « un tout » : nous y avons des allié.es qui comme nous, bataillent en interne et font ce qu’ils peuvent avec les moyens qu’ils ont, : relancent, suivent, s’épuisent, abdiquent et/ou partent mais…

A plusieurs reprises, les dysfonctionnements – qui relèvent des droits des salarié.es - furent signalés auprès du siège : retards pour le versement des salaires des permanents, des animateur.trices en CEE non payé.e.s, documents non envoyés à temps auprès de la CPAM ou de Pôle Emploi permettant de faire valoir ses droits, formations non réglées pour les contrats aidés, retrait des moyens de paiement sans anticiper suffisamment à l’avance, etc. …

L’Ifac se gargarise d’être un mouvement d’éducation populaire, or, pour certaines de ses équipes, la fédération n’a que très peu de considération. Si nous diffusons aujourd’hui ce communiqué, c’est parce que nous sommes fatiguées de nous taire, de faire avec des bouts de ficelles, et aussi parce que nous voulons que les choses bougent et rapidement ! Nous souhaitons aussi casser cette dynamique « du diviser pour mieux régner » et de cette tendance générale à tout mettre sur le dos de la directrice de notre équipement !

Nous voulons ainsi, par ce présent communiqué, exposer les dysfonctionnements qui impactent réellement les membres de l’équipe et le travail partenarial. Ils sont tous attraits aux droits des salariés : celui d’être payés, d’avoir une mutuelle, de bénéficier de formations etc. …

Les voici plus en détails :

  • Les gros retards de salaires d’une partie de l’équipe permanente (en février et en mars 2021). Avec un jeu de ping-pong où tout le monde se renvoie la balle. Et des réponses du type : « elle peut bien attendre le 9 » ou encore « c’est bon, ce n’est que 500 euros ».

  • Les jours non-payés de l’équipe d’animation en contrat d’Engagement Educatif ; alors qu’enfin nous fidélisons une équipe d’animation, certains ne voient pas leurs jours de travail indemnisés. Nous rappelons qu’un animateur avec un BAFA complet est rémunéré à hauteur de 55 euros brut par jour…Nous tenons à signifier qu’un des animateurs, pour ces raisons de retards de paiement, ne souhaite plus travailler. Car, oui, personne dans l’équipe n’est suffisamment riche pour se permettre d’attendre gentiment. Ne pas prendre en considération, la précarité des animateur.trice.s en Contrat d’Engagement Educatif est plus que déplorable pour une association à vocation sociale !

  • Une salariée en CDDU n’est toujours pas payée !

  • L’absence des fiches de paie qui permet ne permet pas de se déclarer auprès de Pôle Emploi avant le 15 du mois : oui, si certaines ont accès à Primobox (la plateforme dématérialisée) qui permet de les charger, d’autres n’ont même jamais vu passer de mot de passe ou d’identifiants pour s’y connecter alors même que les adresses mails ont été fournies à plusieurs reprises dont la dernière fois en février 2021.

  • Une salariée, en arrêt maladie, quelques jours en décembre…ses documents n’ont jamais été envoyé à la CPAM.

  • La non-prise en charge des formations des salariées embauchées PEC (c’est-à-dire un contrat aidé qui donne l’obligation de financer une formation) : la liquidation judiciaire n’exonère pas l’employeur de ses obligations et pénalise les salariées dans leur parcours professionnel. Malgré plusieurs relances, aucun positionnement clair ne nous est donné.

  • Lors des entretiens annuels (en automne 2020) avec la directrice de structure, des demandes de formations ont été émises. Il n’y a jamais eu de suite malgré de nombreuses relances. Nous ne savons pas ce qu’il en est du plan de formation.

  • Une des salariées, avec le coefficient le plus bas de la structure, n’a plus de mutuelle depuis des mois. Elle a donc annulé tous les rendez-vous de soin pour elle et ses enfants. Là aussi les relances sont nombreuses, et le turn-over des équipes RH, qui n’est sans doute pas anodin, ne doit pas pénaliser les salariés !

  • Une salariée arrivée en janvier 2021 a fait sa demande de mutuelle (qui on le rappelle est une obligation de l’employeur), elle n’a eu aucune suite.

  • Le compteur de congés n’est jamais à jour, fluctue d’un mois à l’autre, change de mode de calcul, etc. … de sorte que nous ne savons jamais réellement quel est notre droit aux congés.

La non-transparence concernant la liquidation nous met dans une situation délicate face à plusieurs partenaires : se justifier quant au changement de RIB, incertitudes quant à l’attribution de subventions, moyens de paiement réquisitionnés sans une solution claire pour compenser, mini-bus quasi récupéré de force alors que personne n’était au courant, des délais de paies annoncés qui ne sont pas respectés concernant la liquidation (paye perçu pour certains au 08/04 au lieu du 30/03 pour d’autres pas encore perçu)

En bref, NOUS DEMANDONS une prise en compte réelle des salariées et de leurs droits sans avoir à relancer sans cesse les services.

NOUS DEMANDONS à être traitées avec considération et que l’IFAC s’adapte au territoire spécifique ou nous intervenons (et non l’inverse !) par rapport aux autres structures gérées par IFAC.

NOUS DEMANDONS que les situations citées ci-dessus soient régularisées au plus vite et sur la durée, avec un engagement écrit et que cela ne se reproduisent pas ! Ces situations ont déjà été signalé par mail, par téléphone, de visu, mais rien ne change.

NOUS DEMANDONS simplement des réponses claires, le respect de nos droits et de travailler sereinement sans passer notre temps à nous battre, à réclamer, à attendre !

Nous ne rentrerons plus dans le jeu de se renvoyer la balle pour que personne ne prenne ses responsabilités. Nous n’accepterons plus de passer pour des « hystériques ». C’est d’ailleurs un propos sexiste ! D’autant plus quand c’est utilisé dans un cadre professionnel.

Nous diffusons largement ce communiqué car nos manières de travailler ont un impact pour les habitant.es du territoire qui fréquentent le centre, comme pour nos réseaux partenariaux auprès de qui cette liquidation nous décrédibilise. Au regard de la liquidation certains partenaires et fournisseurs ne sont pas payés depuis plusieurs mois ! Nous diffusons ce communiqué pour nommer, visibiliser et pointer une situation loin d’être normal mais qui s’installe tranquillement !

Nous sommes en colère et c’est légitime ! Nous avons été patiente jusqu’à présent et C’EST FINI !

L’équipe de la maison pour tous & Centre social du Grand Saint Antoine (Plan d’Aou)

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