OCCUPONS PARTOUT, NOUS N'AVONS PAS LE CHOIX !

En mars 2021, se développe un mouvement d'occupation des lieux de culture en France, entamé au théâtre de l'Odéon. C’est un mouvement social qui, sous différentes formes depuis une dizaine d’années, organise la riposte. Face au désastre écologique et social en cours, une réflexion de fond et une action commune plus que jamais s'imposent. Avec ce document, nous vous invitons.

Collectif Liberté on s’en occupe ­ Toulon, lundi 10 mai 2021

Occupons partout : nous n’avons pas d’autre choix

En mars 2021 se dveloppe un mouvement d'occupation des lieux de culture en France, entamau théâtre parisien de l'Odon. Ces occupations, organises par un fragment du corps social, tmoignent une nouvelle fois de l’importance vitale du rassemblement et de la confrontation directe, alors que l’ordre tabli systmatise l’isolement physique et psychique des individus. Mais on aurait tort de croire que la rouverture aux publics de ces lieux de culture entranera l’vaporation d’un mouvement social qui, sous diffrentes formes depuis une dizaine d’annes, organise la riposte.

Face au dsastre cologique et social en cours, une rflexion de fond et une action commune plus que jamais s'imposent. C'est ce quoi, par ce document, nous vous invitons.

Constat 1 : nous vivons l’heure d’une extrme atomisation sociale affectant aussi bien les corps que les gagne­pains (clatement des lieux d’activit, uberisation, tl­travail, disparition progressive des conventions collectives, auto­ entrepreneuriat de misre etc.), ochacun­e est renvoy­e la responsabilitde sa propre situation et de sa propre dtresse. Cette atomisation sociale, qui a su se rendre dsirable (par le dveloppement des liberts individuelles), exacerbe les gosmes et a pour effet l’incapacitde mettre les souffrances en lien, en perturbant la conscience de leurs causes.

Constat 2 : nous sommes toutes et tous soumis­e­s diverses violences, pressions et oppressions interpersonnelles (selon le genre, la couleur de peau, la religion, l'orientation sexuelle, l’ge, le quartier ou le pays d'origine etc., oppressions exacerbes par l’exaltation de la comptition et par la mise en concurrence des individus) autant que collectives (par la prcaritinstitutionnalise, par la privatisation des biens communs, la logique du profit applique au moindre interstice vital, par la techno­ dpendance, par l’exposition toutes formes de pollutions, par le pillage des ressources, la dgradation des cosystmes etc.). Ces rapports de domination, ces violences physiques, psychologiques et symboliques, vont en s’accentuant, se rclamant de l’intrt suprieur de l’tat, de la « sauvegarde de l’conomie », de la dfense des traditions, des croyances, voire mme de la protection des personnes. Elles s’exercent par les coups, les dcisions discrtionnaires, la propagande et l’incantation mdiatique, la rpression administrative et policire et toutes sortes de manipulations.

Constat 3 : les luttes sociales et socitales contemporaines, qui affrontent l’oppression dans toutes ses composantes, s’inscrivent dans ce monde atomis, et sont elles­-mmes soumises l’atomisation. Envisages par secteurs et catgories, elles apparaissent souvent leurs acteurs­trices et observateurs­trices comme dconnectes les unes des autres. La constitution d’un rapport de force susceptible de nuire l’ordre social n’est alors plus esprqu’au prisme d’une « convergence » des luttes, terme postulant qu’elles ne puisent pas leur motivation la mme source, mme si elles peuvent ponctuellement identifier le mme adversaire.

Constat 4 : les lois scuritaires cajolent l’individu atomis, si celui­ci consent rduire sa « libert» un ventail de possibilits marchandes (je veux tre libre de prendre l’avion pour un sjour touristique, de boire un cafen terrasse, de me payer une place de spectacle etc.). Mais ces lois ciblent la libertde runion et de manifestation, et donc les individus, ds lors qu’ils entendent s’manciper au contact des autres, convaincus de la ncessitde se rassembler, ds lors qu’ils entendent repenser ensemble les modes d’organisation et de production. Il s’agit, pour le pouvoir, de tuer dans l’œuf toute possibilitd’tablissement d’un rapport de force rflchi et structur (discrdit de la contestation politique, restriction du droit manifester, rpression des manifestant­e­s, criminalisation de l'action syndicale, criminalisation des occupations etc.).

À problème global, réponse collective

Au constat de l’impuissance de l’individu atomis, de ses rflexions tronques et de l’impasse de luttes dissocies, s’impose une analyse radicale de la situation. Il est impratif que nous, tres atomiss aujourd’hui empchs, puissions nous retrouver pour rflchir ensemble et tirer nos propres conclusions, sans attendre d’hypothtiques claircissements pdagogiques venus d’ailleurs. Nous raffirmons ici la force mancipatrice de la rencontre, de l’change, de la dispute, de la confrontation l’altrit. Nous affirmons que l’mancipation ne peut s’panouir selon la verticalitd’un quelconque diktat idologique ou culturel. L’laboration de la riposte ne peut se faire que par des changes prservs de tout principe marchand. La riposte exige des lieux ouverts toutes et tous, et du temps incompressible pour que l’mancipation puisse s’y panouir. La mise disposition (ou l’occupation spontane) d’espaces dsormais auto­grs indpendamment de toute obdience institutionnelle, religieuse, partisane ou syndicale, vous l'entraide et l'ducation populaire, n’est pas une option concernant la riposte au dsastre en cours, mais un impratif. Les occupations des places publiques en 2016, des ronds­points et des universits en 2019 puis d'une centaine de théâtres en 2021, s’inscrivent dans la mme perspective, tmoignent de la mme ncessit, de la mme urgence. La dynamique doit s'amplifier.

Occupons partout : nous n’avons pas d’autre choix.

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