Le petit Wauquiez illustré: Financer les intégristes, mode d'emploi

Le pieux Laurent Wauquiez, président de la Région Rhône-Alpes-Auvergne est un grand amoureux de la culture et du patrimoine devant l'éternel. Tout juste le saint homme a-t-il la charité un peu sélective.

Dès que des voix s’élèvent pour dénoncer certaines subventions, Laurent Wauquiez allias le « Bleu d'Auvergne » passe en force et manifestement il prend de plus en plus de risques. En révélant qu’une subvention de 1 million d’euros allait être versée pour les animations du Château de Saint-Vidal, situé en Haute-Loire, à quelques kilomètres du Puy-en-Velay, les conseillers socialistes de la Région pensaient s’opposer au financement d’une opération qu’ils estiment douteuse. Ils ont en fait permis de démontrer que le Président de la Région soutient d’abord et avant tout celles et ceux qui partagent ses idées. Ce n’est pas illégal mais est-ce moral ? S’est-t-il constitué une secrète garde rapprochée, un cabinet fantôme bien plus à droite que LR ?
Vianney d’Alançon, le propriétaire du château en question est issu d’une grande famille bourgeoise très catholique, il a crée l’entreprise Laudate, spécialisée dans la vente de médailles de baptême. En recherchant les publicités publiées par Laudate, nous sommes tombés sur un site, celui du    « Salon Beige ». C’est un blog quotidien d'actualité très influent parmi les milieux catholiques traditionalistes. Il s'oppose notamment à l'avortement, au mariage homosexuel et à la théorie dite du genre. Nous avons aussi retrouvé trace du baptême du fils du châtelain. Non seulement c’est Mgr Rey qui avait marié Vianney d’Alançon, mais il a aussi baptisé son fils en la cathédrale du Puy-en-Velay. Mgr Dominique Rey ? C’est l’ecclésiastique qui, à Toulon, a poussé sur le devant de la scène catholique Marion Maréchal-Le Pen. Quand on sait que Laurent Wauquiez cherche à se rapprocher d’elle, la courroie de transmission que peut représenter Vianney d’Alançon n’est pas sans intérêt pour le « Bleu d’Auvergne». Ce qui est surprenant, en revanche, c’est qu’avant même que ce dernier ne rachète le bâtiment de St-Vidal, il apparaît que la décision de Laurent Wauquiez de le soutenir était sans doute déjà prise. La vente du château s’est concrétisée en 2016 et dès le mois de décembre de la même année, une association pour le promouvoir était créée. Présidée par Vianney d’Alançon en personne, elle a pour objet « l’organisation de spectacles et d’événements culturels au château de St-Vidal en vue de faire rayonner ce lieu historique et ainsi contribuer au développement d’une activité culturelle en Haute-Loire ». C'est si beau que quelques mois après, le 22 juin 2017, l’association n’obtenait pas une mais trois   subventions !

Grand amoureux du patrimoine et de la culture, contrairement à ce que pourraient laisser penser ses coupes sombres dans certaines autres subventions, Laurent Wauquiez a convaincu le président de l’Agglo du Puy-en-Velay et celui du département de Haute-Loire de prendre part au financement. Une convention des trois partenaires a donc été signée avec l’association de Vianney d’Alançon, lui permettant en une journée d’empocher la bagatelle d'1 million d’euros. Toutes les associations culturelles d'Auvergne-Rhône-Alpes ne peuvent pas en dire autant ! Comment un montage aussi complexe a-t-il pu être effectué en moins de six mois ? Sans même prendre le temps de s'assurer que l'argent ne servira qu'à financer les spectacles ? Dès le 22 juin 2017, les élus apprenaient, qu’à terme, le château deviendrait un hôtel. Le montage réalisé le prouve. La convention a été signée pour cinq ans. Passée cette date, l’association n’aura plus aucune obligation à respecter. En attendant, un budget prévisionnel lui a été demandé. Il prévoit 2 millions d’euros pour rénover 12 salles du château destinées à accueillir des comédiens dans le cadre des animations prévues. 350.000 euros sont également inscrits pour les meubler. La création d’un jardin fait aussi partie du projet d’animation. C’est dans celui-ci en effet qu’auront lieu les déambulations. Et c’est François d’Orléans, paysagiste à ses heures, qui se chargera de créer les 10.000 m2 d’espaces verts, Lenôtre n'était plus disponible... Lorsque le château deviendra un hôtel, les clients devraient nager dans le bonheur !

Tout fut prêt pour l’ouverture au public au printemps 2018. Une autre question se pose alors : comment fonctionne l’association ? Et bien l'heureux propriétaire du château a donc signé un contrat de commodat avec l’association qu’il préside. On imagine que les négociations ont dû être difficiles. La convention avec les trois collectivités locales a été signée pour cinq ans, le commodat pour 6. Si bien que, dans six ans, le sire Vianney d‘Alençon devrait pouvoir récupérer son château entièrement remis à neuf et ne devra plus rien à personne. Entre temps il aura pu se servir de l’argent des collectivités comme il l’entend vu que l'association devra exécuter toutes les réparations jugées utiles pour mettre les lieux  en conformité pour avoir l’autorisation d’accueillir du public. Savante manœuvre pour justifier les travaux !

D’Alençon donne ses ordres à D’Alançon. Les circuits courts, il n'y a que ça de vrai !

La messe est dite ! Comment une telle opération, soutenue à coups de millions par Laurent Wauquiez, a-t-elle pu voir le jour quand on sait que les documents que nous nous sommes procurés ne pouvaient pas ne pas avoir été portés à la connaissance des élus ?

Qui est Lionel Devic ?

Vianney d’Alençon n’a pas poussé la « plaisanterie » jusqu'à signer lui même le commodat en tant que Président de l’association et en tant que propriétaire. Ce grand prudent a pris soin de faire signer son secrétaire général. L'acte est daté du 13 avril 2017, 3 mois après la création de l’association, deux mois avant l’obtention des subventions…

Le signataire, Lionel Devic, est un brillant avocat. Un vrai spécialiste. Au cabinet Delsol, il est responsable du département « organisations non lucratives » (sic). Il définit son rôle sur le site du cabinet d’avocats comme étant « celui d’étudier la pertinence d’un projet pour qu’il présente un réel potentiel pour attirer des dons ou des subventions. »   Voilà qui a le mérite d’être clair ! Ce serait donc lui qui aurait rédigé l’ensemble des documents ? Avec ferveur, on imagine. Lionel Devic, n'est pas un inconnu. On le retrouve au comité directeur de « La Fondation pour l'école », un faux-nez de la droite très catho (Manif pour tous, Sens Commun, etc.) L’une des fondations abritée par la « Fondation pour l’École » est « Espérance banlieues », dirigée par Anne Coffinier, décrite comme "une égérie de la Manif pour tous". La quasi totalité des membres de son conseil d’administration sont proches de ce mouvement ou des milieux traditionalistes. Pour s’installer dans les communes, la fondation sait parfaitement faire jouer ses réseaux. Anne Lorne, conseillère régionale LR est elle aussi une ex-figure de "la Manif pour tous". Il est alors simple de vérifier si Laurent Wauquiez soutient « Espérance Banlieue » et donc connaît Lionel Devic.

Le résultat de nos recherches est à la hauteur de nos espérances. Aujourd'hui, le réseau compte 11 écoles, dont deux dans la Région Auvergne-Rhône-Alpes : le cours « La Passerelle » à Pierre-Bénite dans la banlieue lyonnaise et le cours « La Fontaine ». Dans ces écoles on lève le drapeau tous les matins en chantant l'hymne national et l’on porte un uniforme. L'école pierre-bénitaine bénéficie d'une subvention régionale de 250 000 euros allouée au titre de la politique de la Ville (les écoles privées hors contrat ne peuvent pas recevoir de subvention directe de fonctionnement.) Le directeur de l’école est Christophe Limousin; aux élections cantonales de mars 2015, il a apporté son soutien à Gérard Andrieux, candidat à Genas pour le Front national.

Mais encore !

Au centre des financements du château de Saint-Vidal et de l’école de Pierre Bénite, on retrouve donc à la fois Lionel Devic et Laurent Wauquiez. Difficile de croire au hasard. Il n’est donc plus question de ne parler que de projets culturels ou éducatifs mais bien aussi de financements d’associations de catholiques intégristes proches de l’extrême droite. Nos deux compères ne se sont pas arrêtés en si bon chemin. Tous deux soutiennent la cause des Chrétiens d’Orient. Ils sont rejoints dans leur conviction par les familles Dassault et Michelin, qui soutiennent cette cause. Michelin, en Auvergne, finance « Accueil des chrétiens d’Orient-Le Cyrénéen » Cette pieuse association héberge de jeunes réfugiés irakiens avec leur famille, en leur faisant bénéficier d’une formation correspondant à leurs aptitudes. Ils suivent un apprentissage accéléré en français et reprennent leurs études, inachevées en Irak, à l’École Technique de Michelin. La fondation Michelin a été également très généreuse avec l’Agglo du Puy-en-Velay puisqu’elle a soutenu, aux côtés du Conseil Régional, l’exposition « Picasso et la maternité. » On ne peut que les en féliciter. Amoureux des arts et du patrimoine, Dassault et Michelin sont également les deux mécènes qui ont versé beaucoup d’argent à l’association de Vianney d’Alançon ! Entre personnes de bonne compagnie...

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