La révolution (conservatrice) permanente

L'hyper-productivisme et l'hyper-culpabilisation du discours conservateur


On y est. Le fascisme économique fait basculer toute une société dans la dictature parce qu’il n’y a plus que l’économie qui décide du politique. C’est nous qui élisons ces gouvernements qui nous mettent les fers au pied. L’esclave est partie prenante du maître dans une société où la lutte des classes est considérée comme obsolète. Il s’agit d’une dictature d’un nouveau genre, non plus politique. Plus besoin de grand chef incarnant la figure du pouvoir et de la terreur. Une dictature entièrement décidée par les milieux économiques anonymes incarne le développement de la révolution conservatrice. La révolution conservatrice n’est pas la conséquence logique des échanges économiques, en réalité « l’économie » pratiquée dans la mondialisation est la traduction directe de la révolution conservatrice qui est la vision du monde capitaliste par excellence. Pour que le capital circule, il faut qu’une classe de maîtres ait les mains libres et se sente au dessus de toute loi, c’est pour cela qu’on appelle au pouvoir le « libéralisme ». Le libéralisme exprime l’illusion d’une classe dominante de maîtres qui se sera posée au-dessus des lois et qui aura réduit à sa servilité maximale le travail. Comme l’idéologie hyper-productiviste ça ne fonctionne pas, il faut s’attendre à un retour de bâton particulièrement violent dans le malaise social – et les tenants de ce type d’idéologie ultra culpabilisante sont en train de construire leur propre impasse.

Mais le mot « idéologie » appartient à un autre temps. Jamais un journaliste et rarement un économiste n’utilisent encore ce terme. Il ne s’agit pas d’un oubli dans la formation critique. Il s’agit d’une disparition bien plus grave. Le capitalisme n’est plus considéré comme une idéologie ou une « vision du monde » mais comme ce à quoi nous sommes « collés » et « destinés » parce qu’il s’agit du monde lui-même et non une simple possibilité de monde. Il y a là un manque de distance qui est choquant, un manque de prudence et plus encore une véritable carence symbolique (déni, refoulement, forclusion). L’idéologie capitaliste revêt tous les signes d’une « religion » contemporaine (pas la peine de parler de « retour du religieux » le religieux n’a jamais disparu). Si nous étions véritablement dans un monde « post-idéologique » ou « post-politique », il y aurait une plus grande méfiance, un doute supérieur dans les têtes. Mais non ! Un immense appareil de « communication » fondé sur l’expertise technique et la « science économique » vous explique qu’il n’y a pas d’autres possibilités ou d’autres échappatoires possibles. Un immense appareil d’ « informations » objectives vous persuade que les réformes économiques néolibérales sont évidentes.

La guerre idéologique n’a jamais cessé, elle fait rage car le marxisme est là, à l’état de "spectre". Marx avait prévenu. La vision capitaliste s’est imposée par la force de l’histoire probablement parce que le niveau d’idéal des systèmes anticapitalistes était surhumain et ressemblait à l’idéalisme religieux. Imaginons une chose, une simple hypothèse : à cause du marxisme émergé en 1848 le dix-neuvième siècle n’a jamais eu lieu complètement. C’est le dix-neuvième siècle qu’il s’agit de produire enfin. Et si c’était cela le destin du vingt et unième siècle ?
Il s’agit alors d’effacer tout le vingtième siècle. Mais le vingtième siècle n’est-il pas lui-même en cours d’effacement ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.