L'émergence d'un nouveau monde ?

La victoire de Trump saluée par la révolution conservatrice (ou la contre-révolution conservatrice) comme « l’émergence d’un nouveau monde » a de quoi nous faire bien rire.

 

La victoire de Trump saluée par la révolution conservatrice (ou la contre-révolution conservatrice, c'est selon) comme « l’émergence d’un nouveau monde » a de quoi nous faire bien rire. Donner le pouvoir au capitalisme pur et aux banques, continuer de raboter les droits du travail, baisser les rémunérations et augmenter la productivité, refonder l’Etat autoritaire et sécuritaire, blinder les frontières contre l’intrusion des vagues humaines de réfugiés, détruire le multiculturalisme et humilier les enjeux de la démocratie et du cosmopolitisme, c’est cela l’émergence d’un nouveau monde ?

Le niveau de réflexion saccagé par les clichés les plus stupides, les raccourcis les plus débiles sur les femmes, sur l'avortement, les homosexuels, sur les étrangers, sur les ouvriers, sur les fonctionnaires, sur les profs, sur les élites etc., la prime donnée à l’hystérique qui excitera le plus les esprits les plus faibles et les plus fermés, les esprits les plus haineux, la prime donnée à l’imbécile qui fera naitre les oppositions les plus crues et les plus méchantes entre les « élites » et le « peuple » (comme si existait ça les « élites » et le  « peuple » ?),  entre la société nationale et la mondialisation, entre les banlieues et la bonne société civile, entre le peuple et l’establishment etc., c’est cela l’émergence d’un nouveau monde ?

Le discours sur la « trahison » des élites et l’illusion qu’on va enfin donner au peuple la vérité qui va le sauver, c’est cela l’émergence d’un nouveau monde ? Non c’est l’émergence d’une nouvelle démagogie, celle de « l’anti bien pensance ». C’est facile et ça devient vite un nouveau cliché de présenter les choses du point de vue du réel contre l’idéal. Certains écrivains s’en servent à merveille. Mais au nom de quoi faut-il oublier nos idéaux ? C’est cela l’émergence d’un nouveau monde ? C’est plutôt convergent avec le cynisme de l’argent qui lui n’a aucune valeur.

C’est vieux comme le monde et ça sent le renfermé, de l’archi connu et du rebattu... C’est ça le nouveau monde ? L’esclavage salarié pour tous, l’ordre de fer de la sécurité et de l’autorité comme nouvel opium du peuple, la haine toujours plus accrue des exclus du système, l’aveuglement des  « élites » dans l’économie mondialisée des banques et les impasses de la croissance, l’effondrement des classes moyennes et le basculement général vers l’accroissement de plus en plus apparent du malaise dans la civilisation, c’est ça le nouveau monde ?

On fera avaler une fois de plus au « peuple » les préjugés de la classe dominante : « Les idées dominantes d’une époque sont les idées de la classe dominante » disait déjà cette vieillerie de Marx. Pardon pour le « nouveau monde ».

 

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