La révoltante destruction de l’Allemand au collège

L’assassinat et l’asphyxie organisée de l‘Allemand en France contre tous les principes de la république et contre les missions les plus élémentaires de l’éducation, prouve de façon éclatante la disparition d’un monde d’idéaux et de culture remplacé par le monde cynique du marché.

 

L’assassinat et l’asphyxie organisée de l‘Allemand en France contre tous les principes de la république et contre les missions les plus élémentaires de l’éducation, prouve de façon éclatante la disparition d’un monde d’idéaux et de culture remplacé par le monde cynique du marché. Le coup porté à L’Allemand est sans précédent dans un pays qui prétend être son partenaire européen économique et historique.

En France, on assiste très clairement à l’hypocrisie de l’idée européenne et l’on s’accommode finalement, même à gauche, des idéaux conservateurs de la droite et du repli sur une idéologie nationale. Au fond même la gauche s’acclimate très bien de l’atmosphère de révolution conservatrice qui traverse notre pays : montée de la droite nationale, suspicion sur les réfugiés, criminalisation des migrants, repli sur les « frontières » etc.

La notion de frontière est d’abord un trait de séparation culturel et administratif, c'est-à-dire un acte de pouvoir avant d’être un phénomène proprement humain. Si les frontières arrêtent l'humanité c'est du côté de ceux qui n'en ont pas. Quand l’Allemagne annonçait qu’elle allait accepter un million de refugiés les autorités françaises annonçaient de leur côté qu’elles en accepteraient dix-mille ou vingt-mille. ..

En Education, le repli sur le national se vérifie par l’abrogation de l’enseignement de l’Allemand sur une grande partie du territoire. Comment expliquer ce symbole dans l’époque de la construction de l’Europe de la fermeture des « classes européennes » avec les arguments démagogiques que l’on connaît : l’élitisme et les classes de niveau ? Comme si les autres matières ne fabriquaient pas d’élitisme ?  Mais en réalité ne sommes nous pas en train de fermer autre chose ? N’est-ce pas l’idée d’une dette de culture, d’histoire et de civilisation commune entre la France et  l’Allemagne qui est en train de s’effacer ?

En détricotant l’Allemand au collège, c’est d’abord le cœur de l’Europe que l’on frappe, simplement en l’enlevant aux jeunes français, comme si on leur enlevait un droit de savoir.  Le cœur de l’Europe c’est-à-dire l’Europe du milieu, sa géographie, sa langue, son économie, sa pensée mais aussi ses lieux de mémoire, son terrible vingtième siècle, le terrible trou noir de son histoire qui est en réalité le terrible trou noir de l’Europe tout entière, ce que l’on ose appeler souvent sans ironie « la conscience européenne ».  Et si c’était cet enseignement là qu’il fallait occulter ?

Ne détruirait-on pas l’Allemand pour se débarrasser du drame de la culture européenne, c'est-à-dire l’Europe et les « penchants criminels de l’Europe » ? Et si c’était cela le cœur de l’Europe ? L’ombre de l’histoire où s’arrêta  nette la civilisation des idéaux de savoir et d’humanité avec la mise en place de la société de destruction de l’homme la plus aboutie scientifiquement ?  Quelle langue a été témoin de ce renversement si ce n’est la langue allemande ? Comment ne devient-on pas complice de la barbarie historique en empêchant que cette langue soit enseignée ?

La France refuse de faire les vraies réformes européennes qui s’imposeraient en langue, par exemple la création du trilinguisme pour tous les jeunes français et la mise en œuvre d’un bac langue spécifique. Elle refuse de passer les films en version originale sous-titrée et s’empêche par là une familiarité avec les autres langues européennes.

Le monolinguisme culturel est une forme d’intégrisme qui explique le peu de place réservé à l’étranger dans la culture française. Le cosmopolitisme et la citoyenneté du monde devraient être les vrais enjeux de la culture française. Mais nous voyons à l’inverse une culture qui ne cesse de persévérer dans les penchants criminels de l’Europe et qui n’a pas appris grand-chose de son histoire.

 

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