logique binaire.

Devons-nous nécessairement choisir notre camp ?

Nous sommes sans cesse confrontés à subir l'injonction de choisir notre camp. Si tu n'es pas ceci, alors tu es cela.

 

Si tu n'es pas féministe, alors tu es sexiste. Si tu n'étais pas FLN , tu étais pro Algérie Française. Pas communiste, tu étais un traître pro-capitaliste.

 

Si tu es contre la politique de droite d'Israël, tu es pro-palestinien, si tu n'es pas pro-américain, tu es pro-irakien, ou pro-syrien. Tu condamnes les bombardements sur la Libye, tu es pro-Khadafi, tu n'es pas Charlie, tu es islamiste, tu n'es pas socialiste, tu es de droite, tu considères qu'entarter BHL est un acte violent et fasciste, tu défends donc BHL, etc etc... La liste est longue de cette logique binaire.

 

Vouloir échapper à ces alternatives nous marginalise, nous rend suspect. La parole nous est ôtée. Nous serons de toute façon classés d'un côté ou de l'autre.

 

Sans vouloir adopter une suspension du jugement molle du sceptique, il est urgent d'échapper à ces arènes où les combattants s'écharpent à qui mieux mieux. Chacun se considère le modèle universel et part au combat pour détruire l'autre.

 

Et si ce n'était ni l'un ni l'autre qu'il fallait suivre. Si l'un et l'autre avaient tort.

 

Si l'Europe qui se targue de civilisation dans sa lutte contre les barbares était au fond aussi barbare que les barbares. Si la femme européenne n'était pas l'aune de la femme moderne à laquelle les femmes musulmanes devraient correspondre, si les droits de l'homme n'étaient pas ceux de la France, si la République n'était pas cet État dont on nous rebat les oreilles.

 

Pour tenter de penser bien, ne faut-il pas se dire que le bien et le mal, le juste et l'injuste, le civilisé et le barbare ne sont pas ici ou là, lui ou l'autre, tel pays ou tel autre, telle classe ou telle autre, tel peuple ou tel autre, mais ailleurs, dans une Utopie, un non-lieu qui nous permet de juger l'un ET l'autre, une norme transcendante qui n'est de nulle part, ni de personne, qui est un orient qui nous indique vers où nous devons tendre, nous engager, le chemin à prendre.

 

Il ne s'agit pas d'une vague tolérance molle, d'être un belle âme, impuissante qui a toujours les mains propres. Il ne s'agit pas de faire le jeu de l'un contre l'autre. Mais de ne pas se salir les mains

dans le sang des autres.

 

On a vu ce qu'ont donné dans le siècle passé comme massacres, comme génocides, ces injonctions de choisir son camp. Il ne fallait pas désespérer Billancourt, il ne fallait pas condamner l'impérialisme américain, il ne faut pas condamner la politique assassine d'Israël, il ne faut pas dénoncer les attentats terroristes des palestiniens, il ne faut pas dénoncer la politique de Poutine, il ne faut pas condamner l'Ukraine, il ne faut pas... il ne faut pas...

 

Ces «il ne faut pas », conduisent inéluctablement à la catastrophe. Mais le risque est grand quand on ne choisit pas son camp, de s'en prendre plein la gueule d'un côté et de l'autre, de devenir l'ennemi des deux.

 

Il n'empêche qu'il faut se tenir à cette boussole qui nous indique le chemin : celui du respect de l'être humain contre vents et marées, au milieu des haines, au-dessus d'elles, et cesser de dire que le barbare c'est l'autre.

 

Angélisme ? Il en faut bien au milieu dans cette diabolique valse à deux temps. Cela n'est pas réaliste. C'est bien pour cela qu'il faut s'y tenir.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.