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Billet de blog 26 août 2015

Migrants à Calais. AIDONS LES!

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"Combien sont-ils à remonter le chemin des Dunes, à sortir du ventre affamé de la New Jungle pour chercher un repas à l’ancien centre aéré Jules-Ferry? Deux mille, trois mille? Avec le sable mangeant le bitume, les ornières ocre, la foule impressionnante et résignée, sa cohorte de blessés traînant la patte, on se croirait sur le chemin de réfugiés dans un pays en guerre, le Sud-Soudan, le Nord-Kivu…

Nous sommes à Calais, France ou Grande-Bretagne. On ne sait plus tant les décevants politiques tardent à saisir l’ampleur du défi contemporain qui s’étale sous nos yeux et ceux des riverains désemparés. Du début de l’année à la mi-août, 340 000 migrants sont entrés dans l’Union européenne (283000 en 2014), dit l’agence Frontex, 107 500 pour l’unique mois de juillet, trois fois plus qu’il y a un an.

Au-delà des slogans et des chiffres, tout au fond de la zone industrielle des dunes, en contrebas de la voie qui conduit au port et sous le regard de deux policiers, les migrants s’entassent dans les baraques de fortune au milieu des argousiers et des ordures. Dans les anciennes jungles, comme celle de Tioxide, on ne voyait pas autant de femmes, d’enfants…

L’État a installé un éclairage vital dans la jungle. Des ONG ont construit des toilettes sèches, deux cents cabanes a priori étanches. Médecins du monde dispense les soins en deux tentes et trois bungalows. D’autres fournissent des couvertures, des brosses à dents… Mais personne ne semble avoir pensé aux sacs-poubelles, à organiser le ramassage, pourquoi pas par les migrants eux-mêmes? Quand les immondices auront recouvert les dunes, quand l’insalubrité et les maladies auront vaincu, les pouvoirs publics raseront l’endroit. Et tout recommencera ailleurs. Tant que Calais restera à une trentaine de kilomètres des côtes britanniques.

Épiceries et restaurants afghans

Pour l’heure, la nouvelle jungle prend une proportion inédite. C’est un bidonville en cartons, bâches et palettes qui se développe dans ce cul-de-sac du monde civilisé. Les Afghans ouvrent des épiceries bien achalandées, des restaurants où l’on peut fumer le narguilé ou déguster un thé, allongé sur un tapis. Une mosquée, des églises évangélistes, une école laïque poussent.

Des Africains francophones mais plutôt hostiles sont installés depuis cinq mois autour de «La Maison bleue sur la colline». L’un d’eux peint, l’autre joue de la musique sur un vieux synthé Casio. Un autre s’est construit une superbe cabane avec terrasse. Un panneau affiche: «Ici, on vend des vaccins contre le racisme.» L’objectif n’est plus l’Angleterre. Mais quel est-il?

Mutaz dit venir du Darfour au Soudan et être âgé de «17 ou 18 ans». Il a échoué là depuis cinq jours avec sa face d’ange désemparé et des mains déchirées par les barbelés. Il est malade depuis qu’il a essayé de pénétrer le site du tunnel et essuyé un gazage policier. «Il n’y a aucune chance de passer. Je crois que je vais revenir vers Marseille où des amis se sont arrêtés.»

Mohamed Ali, un instituteur d’Érythrée, sait qu’il n’aura pas le courage physique pour franchir les grilles et se nicher sur l’essieu d’un camion. Il exhibe comme un trésor un post-it feuille rose: il a rendez-vous avec une association pour ouvrir un dossier sur la route de l’asile politique. Il a l’air heureux. Il n’est pas au bout de ses peines.

D’Alep à Calais en 65 jours

Un peu à l’écart et à l’abri du vent, quatre Syriens s’installent. Trois médecins et un avocat, s’il vous plaît. Fayez Disho a étudié à l’université de Dniepropetrovsk en Ukraine. Ils nous offrent gentiment une datte. Ils ont mis exactement 65 jours pour couvrir Alep-Calais, via la Turquie, la Grèce, la Macédoine, la Serbie, la Hongrie, l’Autriche, l’Allemagne, Strasbourg, Nancy et Paris. «And welcome to France», sourient-ils.

Le découragement et l’extrême précarité n’ont pas encore entamé leur moral. Fayez dit être en contact avec sa famille tous les jours via Facebook, lien capital quand une connexion wi-fi gratuite se présente. Il exhibe son portable, l’embrasse. «Nous n’avons pas le choix, on n’abandonnera pas. On doit être patient et ça ira. Ou pas.» Olivier Berger LA VOIX DU NORD du 26/08/2015

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