Carnet

Lundi 11 Février 2019 : Nîmes

 

Le soleil est présent et les températures plutôt douces pour cette période de l'année. Les lilas commencent à bourgeonner. Pourvu qu'il n'y ai pas de gel inopiné, ce qui est naturellement encore possible.

Je poursuis mon hivernage traditionnel et ne sors que très peu. Je prépare la présentation de notre « chronique on en Parle », diffusée hebdomadairement sur Facebook et Youtuble, dans le calme et la sérénité avec mes quatre camarades chroniqueurs. Celle consacrée aux gilets jaunes a été vues par plus de 3 000 personnes.

A propos de ces gilets jaunes, une synthése après trois mois à laquelle j'adhère :

« -une présidentielle contre Marine Le Pen au 2eme tour ne donne pas un mandat autre que négatif et des législatives à plus de 50% d’abstention n’en donnent pas plus : notre système d’attribution du pouvoir politique est à bout de souffle, il ne permet plus de gouverner 5 ans. Et la résignation coupable, très intéressée puisque permettant aux partis « centraux » d’espérer gagner, à une Marine Le Pen à plus de 20%, a bien amplifié cette situation. 
- Le
nihilisme politique et idéologique est la très grande limite du mouvement des Gilets jaunes. Il aura eu le mérite de rappeler aux forces dirigeantes qu’une grande partie du pays, périphérique, ne vit pas dans le même monde que les métropoles et vit de plus en plus mal. Mais l’antipolitisme radical qu’il porte ne débouche sur rien. Parce qu’on n’échappe pas à l’organisation, à la représentation, à un leadership, ce qu’ils refusent par nature. 
- Au bout de trois mois, le mépris voire la détestation monte entre « périphérie » et « métropoles », « périurbains » et « bobos » peu diplômés et bien diplômés. Et la force, d’un côté ou de l’autre, s’installe durablement comme réponse en lieu et place d’une recherche de solutions politiques. Chaque camp veut la victoire, qu’il n’obtiendra pas. Au bout de trois mois, c’est plus qu’un spectacle désolant : c’est très inquiétant.

Pour me désembuer la tête de ces Gilets Jaunes j'ai, comme chaque année à la même période confectionné une terrine de fromage de tête. Et je suis tombé sur une recette italienne somptueuse : 'Pâtes artisanales au fromage de tête et oignons au vinaigre ». Dans cette recette, il est taillé en lardons pour se mêler aux pâtes et à des petits oignons vinaigrés : splendide !

Et puis j'ai décidé de passer outre mon anti Houellebecquisme primaire irraisonné et me suis mis à la lecture de son dernier roman : « Sérotonine ». Une écriture aérienne, fluide : son récit traverse une France qui piétine ses traditions, banalise ses villes, détruit ses campagnes au bord de la révolte. C'est un roman sur les ravages d'un monde sans bonté, sans solidarité, aux mutations devenues incontrôlables. Très gilet jaune, en somme...

Le bonheur, comme le disait Léo Ferré, c'est le chagrin qui se repose...

 

Tomi Hungerer (28.11.1931 / 09.02.2019

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