Carnet

Lundi 23 Avril 2019 : Nîmes

 

Pâques gris et pluvieux, maussade. Derniers jours marqués par ces images, terribles, de Notre Dame en feu. Notre Dame, l’Ile de la Cité, c'est le cœur de Paris, c'est tout simplement la France et huit cents ans d'histoire, une présence immuable. Commencée sous l'impulsion de l'évêque  Maurice de Sully, sa construction s'étendra sur plus de deux siècles, de 1163 au milieu du XIV ème siècle .

Et bien oui, j'ai versé quelques larmes, à la vue de ces images de la flèche s'embrasant. « Un homme qui n'est pas tendre, Ce n'est pas un homme. Un homme dur, çà n'existe pas. Un homme qui ne pleure pas, çà n'existe pas. », nous enseignait Jacques Brel. Et puis moi, athée aujourd'hui « intégral », à la manière de Michel Onfray, j'ai toujours eu un faible pour les églises et les cimetières. Baptisé, communié, en la Basilique Royale de Saint-Denis, où je suis né, quand je me rend deux fois par ans dans ma ville natale, je commence, toujours, par faire le tour de la Cathédrale dont je connais les moindres recoins. J'aime son calme, ses hauteurs de voûte vers le ciel, dont l'architecture est tellement en adéquation parfaite à la nature du lieu. En outre, pendant cinquante cinq ans dans cette ville, j'ai toujours eu en ligne de mire la Basilique, dans mes déménagements successifs. C'est dire. Une autre église, Romane celle-là, me provoque toujours une intense émotion.C'est la Madeleine de Vézelay et son narthex. Jim Harrison a toujours considéré qu'il n'y a pas de village français plus charmant que Vézelay et aucun bâtiment religieux plus merveilleux que sa cathédrale perchée sur la colline « Je ne suis pas catholique, écrit-il, mais il m'est arrivé d'allumer des cierges dans cette église en faisant une prière pour des amis traversant une sale passe, et çà a toujours marché... »

Et puis tout ce débat dont la France se délecte et qui me fatigue de plus en plus, autour des milliardaires donateurs pour la reconstruction de Notre Dame et de la défiscalisation qui en découlerait....

« Deux choses sont infinies, disait Einstein, l'univers et la bêtise humaine »...

Et puis, pour la première fois de ma vie, je ne sais toujours pas pour quelle liste je glisserai mon bulletin dans l'urne, dans moins d'un mois, lors des Élections Européennes.... En citant Gide « j'aurai commencé ma vieillesse le jour ou j'aurai cesser de m'indigner », je me dis : Bordel, indigne toi, comme avant, comme toujours...

Ai commencé deux nouveaux bouquins : « L'enfant de sable », de Tahar Ben Jelloul. Le roman se passe dans une ville arabe. Hadj Ahmed, un riche commerçant, a déjà sept filles. Quand son huitième enfant apparaît, c'est la honte ; Zahra vient au monde. Encore une fille !  Il répand un mensonge fou. Il va déclarer à tous qu'un fils lui est né et qu'il s'appelle Ahmed.
A partir de ce moment, un long chemin de souffrance commence pour Ahmed qui jouera jusqu'au bout le jeu de son père en demandant une fille en mariage.
La beauté du livre réside dans les cahiers écrits par Ahmed-Zahra la nuit, sous la superbe plume de Tahar Ben Jelloun qui transforme cette histoire en merveilleux conte, relaté sur une place de Marrakech.

Dans un tout autre registre, « Le Crépuscule » de Juan Branco, publié Au Diable Vauvert, la maison d'édition de la Gardoise Marion Mazauric.

Ce texte, nous annonce t-on, a été écrit dans l'urgence fin 2018 en réponse à la guerre de communication orchestrée par le pouvoir contre le mouvement des gilets jaunes. Ce devrait être un pamphlet en forme de réquisitoire, mais aussi le résultat d'une investigation solide, vérifiée, argumentée et libératrice. C'est un livre qui dérange, porté par une plume enlevée, qu'on ne peut lâcher tant ce qu'il raconte est sombre et édifiant. ???

J'en suis à la page 83 et, jusqu'ici, je reste sur ma faim...

 

Et pendant ce temps, le Yémen, bombardé par l'Arabie Saoudite, crève de faim, et sa capitale, Sanaa dont l'architecture, inscrite au Patrimoine Mondial de l'Unesco, subit un sort que Notre Dame de Paris n'a pas a envier.

Mais de cela, tout le monde se fout..... Tiens, je m'indigne......En vain.

 

 

 

 

 

 

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