Carnet

Lundi 27 Janvier 2019 : Nîmes

 

C'est l'hiver. Drôle d'hiver. Temps gris, de la pluie, pas de froid. Peu de vent. Il faut attendre les meilleurs jours.

Que se passe-t-il à Nîmes : pas grand chose. 2 sondages confirment que Jean-Paul Fournier, le Maire UMP en quête d'un 4ème mandat, est largement en tête avec 35%, loin, très loin devant tous les autres. Son ennemi intime, le Président de l'agglo Yvan Lachaud pointe en 4ème position avec 15% des intentions de vote. Même si la campagne est à peine commencée, si les listes ne sont pas encore constituées, si les programmes sont encore inconnus, Jean-Paul Fournier n'a pas de souci à se faire et, de mon point de vue, sera réélu haut la main.

Alors que je m'intéresse depuis toujours à la politique culturelle, en arguant que Nîmes n'a pas la politique culturelle d'une ville de 150 000 habitants, le denier sondage place dans les préoccupations des sondés, en première position la Sécurité (44%), puis la circulation et le stationnement (38%). L'animation de la ville, qui englobe probablement la politique culturelle n'arrivant qu'en dernière position (9%).

Je doit être un des derniers zombies pour parler de politique culturelle. Tout le monde s'en fout. Quelle drôle de ville. La sécurité : pour avoir habité près de 50 ans à Saint-Denis, dans le 93, je mesure pleinement combien Nîmes n'est certainement pas insécurisante...

Je doit être un des derniers zombie qui, ayant milité toute sa vie à gauche, ne sais toujours pas pour quelle liste il votera au premier tour des municipales. Macron a tout effacé. L'un des derniers mohicans de Mai 1968 que je suis est quasi définitivement rayé de la carte.

Passé en coup de vent au Festival de la biographie. Je souhaitai, amoureux fou de Venise, me faire dédicacer le dernier ouvrage de Dominique Fernandez : « Le piéton de Venise », l'auteur du somptueux Dictionnaire Amoureux de l'Italie. Malheureusement, à 90 ans, j'ai raté ses courtes apparitions, tout en me procurant l'ouvrage.

Loin de l’image d’une ville-musée à la confluence des arts, Venise vibre de toute la gaieté italienne. Une douceur, un plaisir de vivre qui jaillissent des tableaux de Giambattista Tiepolo, de la musique de Vivaldi, du théâtre de Carlo Goldoni, des aventures de Casanova. Une dévotion aux sens à laquelle s’ajoute un esprit profondément républicain, ouvert au monde. Dominique Fernandez nous raconte le glorieux passé de la Sérénissime, décrit le développement de l’art, rappelle les navigateurs audacieux, et dessine les contours de sa Venise personnelle en n’oubliant rien des lieux phares comme la place Saint-Marc, l’Accademia, les Zattere ou l’église San Zanipolo.

Dans son somptueux Dictionnaire Amoureux de Venise, Philippe Sollers nous parle aussi de Venise, comme nul autre pareil  : « Venise, voilà son secret, est un amplificateur. Si vous êtes heureux, vous le serez dix fois plus, malheureux, cent fois d'avantage. Tout dépend de votre disposition intérieure et de votre rapport à l'amour...Venise n'est pas un musée, une création constante. Si vous échappez aux clichés, au tourisme, aux bavardages ; si vous avez réussi à être vraiment clandestin ici, alors vous savez ce que le mot paradis veut dire... Voici le lieu magique et futur dont tous les artistes et esprits libre témoignent. »

Et puis, dans ce gris de l'hiver, je viens de faire une somptueuse découverte : Sheku Kanneh-Mason, jeune violoncelliste britannique de 20 ans, qui a remporté le prix BBC Young Musician 2016. Il a été le premier musicien noir à remporter le concours depuis son lancement en 1978. je suis toujours hanté par le violoncelle, cet énorme instrument dont le souvenir et l'émotion me ramène à Rostropovitch qui jouait sereinement au pied du mur de Berlin en cours de démolition. J' écoute Sheku en écrivant jouer sur son violoncelle Hallelujah, de Léonard Cohen, avec poésie, délicatesse, et une énorme émotion.

Zombie de Mai 1968, parfois un peu perdu, quel bonheur de découvrir d'autres talents qui ne me font rien regretter. J'avais déjà eu le bonheur, l'été dernier, de découvrir ce jeune philosophe Israélien Yuval Noah Harari et son dernier ouvrage : 21 Leçons pour le XXI ème siècle, qui décrypte le XXI ème siècle dans tous ses aspect -politique, social, technologique, environnemental, religieux, existentiel...Un siècle de mutations dont nous sommes les acteurs et auquel, si nous le voulons réellement, nous pouvons encore redonner sens par notre engagement.

Alors, tant qu'il existera dans le vaste monde, des Sheku Kanneth-Mason et des Yuval Noah Harari, prêts à nous faire un peu rêver et plonger dans l'avenir, je me fous des Nîmois qui placent en dernière position la Culture dans leurs préoccupations immédiates...

Photo : Ferrante Ferranti



 

 

 

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