Quai Wilson

Après un voyage à Nantes

…ces uniformes rouges qui venaient reteindre leur pourpre au sang des Français…

Francois-René de Chateaubriand

 

 

fête de la musique

gazée

cognée

tabassée

castagnée

dans la fange du jour 

 

silence 

ils cognent en silence 

sur les longs quais en friche 

silence

ils chargent en silence

sous le manteau festif

des basses et des rythmes

 

la Loire interrompt son cours

la Loire sort de son lit

 

et les berges dégorgent 

de blêmes flottaisons

les rails se perdent au loin

saignées dans le bitume

de peur les hangars rouillent

le béton crie ton nom

 

la Loire prend congé de nous

la Loire poursuit sa source 

 

la pourpre et l’or du trône

bourrent l’estomac rond

étouffent les souffrances

seule Marianne seule

se déchire les joues

cendre sa chevelure

 

la Loire à nous voir s’épuise

la Loire ôte sa lumière

 

quel poing retient la grue

quelle élingue suspend

nos veules quotidiens

Les Titans de leur flèche

ne peuvent repêcher

la cristalline perte

 

silence 

à rompre le silence

d’un linceul de limon

silence

la Loire unit les rives

porte à la mer les îles

où nos tourments dérivent

 

dans la fange du jour

clamer

danser

respirer

claironner

faites de la musique

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