Dialogue territorial renforcé, chiche !

Jean Castex, le nouveau Premier Ministre, a dit à plusieurs reprises depuis sa nomination, vouloir renforcer le dialogue avec les territoires. Nous ne pouvons que souscrire à cette intention. Mais l’expérience de ces dernières années nous laisse perplexe tant vis à vis du gouvernement que des territoires :

Jean Castex, le nouveau Premier Ministre, a dit à plusieurs reprises depuis sa nomination, vouloir renforcer le dialogue avec les territoires. Nous ne pouvons que souscrire à cette intention. Mais l’expérience de ces dernières années nous laisse perplexe tant vis à vis du gouvernement que des territoires. Télécharger l'article au format PDF

Chat échaudé craint l’eau froide

En 2017, en conclusion du débat du second tour de l'élection présidentielle, Emmanuel Macron disait vouloir davantage s'appuyer sur les initiatives locales, populaires, sur les associations. Au final, dès la proclamation des résultats, nous vîmes émerger Jupiter.

  • Nous attendons toujours le plan de développement promis pour le printemps 2018, par Edouard Philippe en réponse à la mobilisation des associations de l’automne 2017.
  • Que dire des suites données au grand débat Initié par le Président de la République au printemps 2018, sur l'avenir de l'Europe ? Nous avions à la demande de la Préfète réuni dans les grands salons de la Préfecture de Région, à Rouen plus de 200 dirigeants représentant tous les secteurs associatifs de Normandie. Nous avions formulé des propositions sur le rapport des associations à l’Europe. Aucune réponse à ce jour ni de l’Europe, ni de la France.
  • Même chose pour le grand débat initié en réponse aux gilets jaunes. Nous avons organisé des rencontres, publié plusieurs propositions… Nous attendons toujours les retours.

Récemment encore, dans le cadre de la lutte contre la pandémie, nous avons vu les difficultés rencontrées par les associations, dans de nombreuses régions pour être intégrées aux groupes de travail mis en place par les Agences régionales de santé.

Scepticisme à tous les étages :

La mise à l'écart des associations n'est pas le propre de l'Etat. En Normandie, la Région, la métropole rouennaise (jusque maintenant) et la plupart des EPCI refusent de considérer les associations comme des acteurs du développement territorial.

La Région par exemple, propose aux collectivités des contrats de développement territorial. Elle met à disposition des entreprises une Agence de développement économique. Mais elle supprime dans son organigramme toute référence aux associations.
Cela n'empêche pas Hervé Morin avec le Mouvement "Territoires"de vanter le rôle incontournable des associations.

La plupart des Régions et des EPCI (Etablissement Public de Coopération Intercommunale) renvoient les associations vers les Départements. Erreur, car si les Départements ont bien en charge l'action sociale, ils ne sont pour autant, responsables ni de la cohésion sociale, ni des associations.
Par contre, les Régions et les EPCI ont compétence en matière d'aménagement et de développement des territoires.  Mobiliser les acteurs quel que soit leur personnalité juridique, les rassembler, développer les synergies relèvent de leur compétence. Les associations, aux côtés des entreprises et des collectivités sont des acteurs à part entière des territoires.

Les collectivités territoriales font aujourd’hui de l'attractivité, un enjeu majeur. Il faut attirer des entreprises, des sièges sociaux, des touristes, des cadres et des classes moyennes.... Elles multiplient les aménagements économiques, les aides à l'implantation, à l'investissement. Elles créent de nouvelles voies de circulation, développent des filières de recherche…
Et pourtant, on sait aujourd'hui que cela ne suffit pas. Il faut aussi traiter des conditions d'accueil des entreprises et des ménages. Cela passe par le renforcement de l'offre culturelle, sportive, éducative, du cadre de vie, de la santé publique.... Autant de domaines où les associations exercent un rôle de premier plan.

Une meilleure association des territoires au redressement de notre pays ne passe pas nécessairement comme le demandent certains, par le transfert de nouvelles compétences, mais aussi et peut-être surtout, par l'exercice par les collectivités territoriales de leurs responsabilités pleines et entières

 Que faire ?

Pour en revenir aux propos du Premier Ministre, le renforcement du dialogue territorial et son ouverture à tous les acteurs est certainement l'une des clés pour sortir par le haut des difficultés actuelles.

Il est indispensable que chacun d’entre nous dépasse les catégories anciennes.  Non le développement économique n’est pas le moteur du développement social ! Non la protection de l’environnement n’est pas une charge !…. Il est plus que temps d'effacer les lignes de fracture issues du 20eme siècle et de mettre autour de la table, la diversité des acteurs du développement.

Il faut dépasser la césure artificielle créée par les lois de décentralisation en 1983, attribuant l’économique aux régions et aux intercommunalités et l’action sociale aux Départements.  Il est indispensable de nous ouvrir à la complexité et l’interdépendance des facteurs.

Pour nous éclairer, nous devrions regarder du côté de l’Allemagne qui se définit comme une économie sociale de marché. Economie et social sont indissociables. Nous pourrions aussi nous tourner vers ces pays dit "frugaux" où la question sociale se cnjugue avec la question économique mais aussi  avec la question environnementale: Danemark, Pays-Bas, Suède, Finlande...ont des choses à nous dire.

Un telle ouverture permettra de démarginaliser « l'économie sociale » pour étendre cette préoccupation à la société tout entière. Elle permettra de cesser d’opposer mauvaises et bonnes organisations dont seraient par nature les associations.

En adoptant une telle démarche, la France s’ouvrira davantage à l’Europe dont le traité constitutionnel définit dans son article 3, l'Union européenne tout entière comme une économie sociale de marché.

Mais pour cela, il faut aussi que les associations et leurs organisations représentatives acceptent elles aussi, de faire mouvement et de reconsidérer les références "idéologiques "qui soi-disant les distinguent des entreprises.
La lecture des propositions formulées ces derniers jours par le Mouvement associatif montre que les organisations nationales associatives ont encore beaucoup de chemin à parcourir

                                               C'était tellement plus simple le monde d'avant
                                             où chacun était chez soi et les vaches bien gardées !

 

 

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