La poésie et la politique vous convoquent le 30 janvier dans la rue

La poésie a-t-elle encore sa place dans la politique (et réciproquement) ? En tout cas, aucune citation poétique ne dispense de réserver le prochain samedi 30 janvier à la défense des libertés entamées par la dérive autoritaire et sécuritaire du pouvoir, au contraire.

"Nous ne laisserons pas le monde aux assassins d'aube".

Le poético-tweet de Césaire Taubira Le poético-tweet de Césaire Taubira

 C'est par cette citation d'Aimé Césaire que Christiane Taubira conclut son séjour au ministère de la Justice, avant de souhaiter la bienvenue à son successeur puis de quitter en vélo les lieux où elle aura exercé depuis le début du quinquennat Hollande, pour le meilleur et pour le pire mais pas pour l'insoutenable auquel elle s'est soustraite ce 27 janvier 2015.

La ministre démissionnaire est suffisamment coutumière des citations poétiques pour qu'on ne doive pas voir plus qu'une simple coïncidence avec la conclusion d'une tribune publiée le 24 janvier par Libération, empruntant ces mots à "L'invitation au voyage" de Charles Baudelaire:

«Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent /Pour partir, cœurs légers, semblables aux ballons / De leur fatalité jamais ils ne s’écartent / Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !»

Cette tribune, intitulée "Pour un processus destituant, invitation au voyage" est signée par Eric Hazan, fondateur des éditions La Fabrique, et Julien Coupat qui s'y résume comme "mis en examen pour terrorisme" (dans "l'affaire de Tarnac"). Les signataires y invitent à se détourner "d'endurer un an et demi de campagne électorale dont il est déjà prévu qu'elle s'achève par un chantage à la démocratie", pour "former un tissu humain assez riche pour rendre obscène la bêtise régnante".

Il n'y a pas si longtemps, Edwy Plenel trouvait aussi le temps, dans le contexte des attentats de novembre à Paris, d'enregistrer pour Médiapart une vidéo dans laquelle il appelait à redonner toute sa place à la poésie comme réponse à la barbarie du temps. (note de l'auteur: merci à qui saura m'aider à retrouver cette vidéo que j'avais vue en son temps, mais que je ne parviens pas à retrouver sur le site En pleurs)

Certes n'est pas Césaire ou Baudelaire qui veut, mais quelques mots ou quelques vers au secours d'un parcours ou d'une proposition font appel à d'autres zones de l'esprit, font résonner d'autres parties plus intimes, qui échappent à la rationalité étroite de convictions ou de positions faites de tactiques ou d'opportunité.

L'objection contre la poésie et sa futilité ne manquera pas de surgir. Il est vrai que non seulement elle est légère et qu'elle est souvent exercice de style, enfin ce n'est pas en série que l'on peut la produire. Les reproches sont faciles contre l'artisan.e, rimeur.se ou non, qui s'use à assembler les mots pour faire jaillir le génie de la lampe -le plus souvent sans y parvenir.

Pourtant, la poésie n'est pas antinomique de l'action, même s'il faut distinguer l'état de l'écriture et la vie propre aux mots et aux textes.

Lorsque quelques mots heureusement rencontrés par le/la poète cessent d'être seulement une addition de sens conformes aux dictionnaires, ils peuvent porter l'idée et me/nous transporter, ils passeront de bouche en bouche, ils seront ramassés dans le caniveau de l'oubli, ils fleuriront et refleuriront à l'instant et dans le lieu les plus inattendus, ils joindront les isolés, et nous réuniront malgré les obstacles.

Ma poésie d'aujourd'hui est en prose,

Elle est toute simple,

Toi qui es de France et y respire encore,

Que fais-tu samedi 30 janvier 2016 ?

Qu'il pleuve, qu'il vente,

Liberté, je t'emmène dans les rues

Serre-toi contre moi.

 

 

 

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