Frontière britannique : encore plus de la même chose

Les accords franco-britanniques se succèdent et se ressemblent : le gouvernement britannique paie pour que les mêmes mesures soient renforcées sur le sol français. Le traité de Sandhurst, signé le 18 janvier 2018, ne fait pas exception à la règle.

Dès le début des années 2000, les ports d'où partent des ferries vers le Royaume-Uni s'organisent pour empêcher le passage des exilé-e-s vers le Royaume-Uni : clôtures et barbelés, matériel de détection, contrôle des camions, souvent par des sociétés privées. Le port de Calais dès 2000, l'accès au Tunnel sous la Manche en 2001, puis les ports de Dieppe, Roscoff, Cherbourg... Déjà à l'époque l'armée britannique avait prêté un scanner pour contrôler les camions à l'embarquement des camions sur les navettes ferroviaires qui traversent le Tunnel sous la Manche.

L'arrangement franco-britannique de 2009 prévoyait une répartitions du coût des nouveaux investissements dans le port de Calais : les infrastructures à la charge de la partie française, les équipements de la parie britannique. Les accords franco-britanniques de 2014 et 2015 prévoyaient un financement britannique pour les nouvelles mesures concernant le port de Calais et ses approches en 2014, l'accès au Tunnel en 2015.

Le dernier en date, le traité de Sandhurst, se situe dans cette lignée. C'est d'ailleurs sans doute un symbole qu'il ait été signé à l'académie militaire du même nom, près de Londres : le couple franco-britannique a eu un rôle moteur par rapport aux politiques militaires, sécuritaires et anti-migratoires de l'Union européenne, et entend continuer sa collaboration par-delà le Brexit.

Il prévoit un financement britannique de 50,5 millions d'euros, dont La Voix du Nord nous apprend l'affectation :

http://www.lavoixdunord.fr/308794/article/2018-01-31/quoi-serviront-les-50-millions-d-euros-promis-par-les-britanniques

- le renforcement des contrôles, équipements et infrastructures dans les ports de Manche et de la Mer du Nord et à l'accès au Tunnel sous la Manche.

- la dispersion des exilé-e-s dans des centres d'hébergement loin de la frontière. Cette politique avait été initiée par Nicolas Sarkozy lors de la fermeture du Centre de Sangatte avec les opérations Ulysse 1, 2 et 3 jusqu'en 2006, puis reprise par Bernard Cazeneuve à partir d'octobre 2015 devant l'augmentation du nombre d'exilé-e-s à Calais et sa médiatisation, avec Centres d'Accueil et d'Orientation. Elle le sera donc à nouveau par Gérard Collomb avec les Centres d'Accueil et d'Examen de Situation.

- les expulsions vers le pays d'origine, sujet là encore repris depuis l'arrangement de 2009, et à l'époque les charters franco-britanniques vers l'Afghanistan.

- et la disposition la plus étrange, mise en avant dans la communication gouvernementale comme manifestation de "l'humanité" qui viendrait équilibrer la "fermeté". En effet, si le gouvernement trouve sans limite de l'argent pour enfermer et expulser vers le pays d'entrée dans l'Union européenne des demandeur-se-s d'asile dans le cadre du règlement Dublin III, il n'a ni argent, ni temps, ni procédures pour le regroupement familial; notamment vers le Royaume-Uni, prévu par le même règlement Dublin III, dont c'est même hiérarchiquement le premier critère de détermination du pays responsable de l'examen d'une demande d'asile. Du coup on fait payer les Britanniques et on communique sur sa grande humanité.

Vous pouvez lire dans le texte les accords franco-britanniques de gestion de la frontière ici :

https://passeursdhospitalites.wordpress.com/documents/

 

 

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