La Commission veut aggraver les politiques anti-migratoires européennes jusqu'en 2027

En pleine affaire Aquarius, la Commission européenne dévoile son projet de budget à long terme concernant la politique migratoire et des frontières pour la période 2021 - 2027. Elle prévoit un quasi triplement de ce budget par rapport à la période 2014 - 2020, au service d'une aggravation des mêmes orientations politiques.

La Commission européenne a choisi le moment où le ministre italien de l'intérieur refuse à l'Aquarius l'accès aux ports italiens pour débarquer des exilé-e-s sauvé-e-s en mer, pour annoncer ses intentions quand au budget à long terme concernant la politique migratoire et des frontières, avec un quasi triplement par rapport à la période antérieure au service des mêmes objectifs politiques. Dans un communiqué du 12 juin, elle en présente les grands axes.

http://europa.eu/rapid/press-release_IP-18-4106_fr.htm

Ce budget de 34,9 milliards d'euros se répartirait selon deux grands axes :

- la "sécurisation des frontières extérieures de l'UE" : "La protection effective des frontières extérieures de l'UE est essentielle pour gérer les flux migratoires et garantir la sécurité intérieure. Des frontières extérieures solides sont aussi ce qui permet à l'UE de maintenir un espace Schengen sans contrôles aux frontières intérieures." (Ce dernier point peut prêter à sourire au vu de la multiplication de ces rétablissements des contrôles aux frontières intérieures - notamment aux frontières françaises). Un nouveau Fonds pour la gestion intégrée des frontières serait abondé à hauteur de 9,3 milliards d'euros, tandis que 12 milliards iraient à l'agence FRONTEX de gardes-côtes et gardes-frontières européens et à la plus discrète agence eu-LISA chargée des fichiers informatiques et de leur inter-connexion.

- le deuxième axe a pour titre un slogan : "Migrations: soutenir une politique solide, réaliste et équitable", ce qui comprend à la fois l'asile, la migration légale et l'intégration, et les expulsions ("des retours plus rapides et plus fréquents") avec 10,4 milliards d'euros. Si on se fie à la clé de répartition de la partie de cette somme qui serait consacrée au soutien aux actions des États membres, qui représenterait 60% du total, on aurait 30% pour l'asile, 30% pour les migrations légales et l'intégration, et 40% pour les expulsions.

Les 3,2 milliards restants seraient ventilés entre différents fonds pour la "la coopération en matière de migration avec les pays partenaires", ce qui dans le langage européen veut dire empêcher la migration et faciliter les expulsions ("notamment dans le cadre des efforts visant à lutter contre la migration irrégulière, à améliorer les perspectives dans les pays d'origine, à renforcer la coopération en matière de retour, de réadmission, et de migration légale").

Au-delà des orientations - somme toute prévisibles - de ce budget, nous sommes confronté-e-s à un verrouillage des politiques migratoires européennes jusqu'à l'horizon 2027, qui s'ajoute à la réforme en cours de discussion du "paquet asile', c'est-à-dire de l'ensemble de textes constituant la législation européenne sur l'asile (voir ici et les prochaines billets).

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.