La leçon de droit

Des étudiant-e-s grévistes sont expulsés de la faculté de droit de Montpellier par un commando cagoulé sous le regard du doyen, qui félicite ensuite les agresseurs dans les médias. Eu égard au lieu, quelle conception du droit est signifiée aux étudiant-e-s ?

Un groupe d'individus cagoulés et armés de pièces de bois, entrés dans les lieux on ne sait comment, chassent avec violence les étudiant-e-s qui occupent un amphithéâtre de la faculté de droit de Montpellier. Selon les témoins, le doyen de la faculté est présent, il exprime sur France 3 sa fierté devant l'action du groupe cagoulé.

Dans un lieu dédié à l'enseignement du droit, l'événement prend la résonance d'un enseignement, comme des travaux pratiques en grandeur réelle, et délivre ce message :

"Chers étudiants (on ne genre pas ses phrases dans ce contexte), voici l'enseignement que nous vous délivrons :

1- ne nous encombrons pas de la loi si nous avons la force, la violence est plus rapide.

2- quand la loi n'est pas efficace (le préfet avait refusé le concours de la force publique pour faire évacuer l'amphithéâtre), le recours à la violence privée est légitime."

"Dans un document interne que nous avons consulté, la police écrit pour sa part que l’évacuation totale de la faculté de droit s’est achevée « sans incident » à 1 heure du matin" nous apprend Médiapart.

Ce pourrait être la troisième leçon :

"3- quand tu es face aux puissants, ne compte pas sur la police."

L'enquête devra aussi faire la lumière sur ce rapport de police : les policier-ère-s ont-ils et elles fait toutes les diligences pour se rendre compte de la situation, ou se sont-ils et elles contenté d'un compte-rendu verbal, de qui ? Ou ont-ils et elles omis de rendre compte de certains fait qu'ils et elles ont observé, et dans quel but ?

La question n'est pas anecdotique. À Calais, des groupes d'extrême-droite venus de toute la France se sont mobilisés pour "soutenir les forces de police", se livrant à des violences (dans l'ombre) et à de l'intimidation, des insultes, des jets de pierre, des menaces (en présence des forces de police). Au Testet, des riverains auto-proclamés ont établi des barrages, menacé et agressé des manifestant-e-s, parfois en présence des gendarmes. À Bure, ce sont des vigiles qui ont été filmés participant au côté des forces de l'ordre à une évacuation violente du bois Lejuc.

La conjonction entre forces de l'ordre et groupes organisés violents semble donc se répandre, comme si les milices devenaient la continuation de la politique par d'autres moyens. Des investigations sont donc nécessaires à chaque fois qu'elle peut être soupçonnée.

 

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