Echos du ministère de la Solidarité et de l'Identité Nationale

 

 

« Echosdu ministère de la solidarité et de l'identité nationale »

Quel chantier, quelle pagaille, quel bourbier que ce pays depuis que nos politiques ont démissionné de leurs responsabilités d'hommes et de femmes (soit disant politiques) !

On voudrait pourtant bien faire confiance au moins à quelques uns, y croire quoi, savoir un peu en les écoutant, comment vivre ensemble tout simplement. Pas forcément toujours, stresser plus pour gagner plus... Non, vivre honnêtement de notre travail, échanger avec nos voisins, proposer un peu de joie de vivre et d'optimisme à nos enfants, cesser de voir s'enlaidir notre environnement, tout simplequoi...

Il y a déjà bien longtemps, certains n'avaient pourtant pas oublié d'afficher, comme un mode d'emploi, au fronton des nouveaux palais de la démocratie, parfois depuis devenu fortins : "Liberté, égalité,fraternité". Ils ne savent donc plus lire nos nouveaux féodaux? Peut-être ont-ils uniquement appris à compter ! Ne me dites pas qu'il va falloir à nouveau couper des têtes, juste parce qu'ils ont oublié qu'ils avaient appris à lire...

Liberté? Ce qui est sûr c'est qu'entre manipulations de toutes les peurs possibles et imaginables de chacun, et gestion de leur pouvoir, ça ils savent évoluer les nouveaux seigneurs. Ils nous le démontrent brillamment tous les jours. Ils sont effectivement particulièrement au point pour jouer au plus fin avec ce feu dangereux. Alors la liberté forcément, elle devient plutôt contrôlée, surveillée, fichée, numérotée... Et quelle liberté de s'épanouir, de grandir, d'inventer des chemins nouveaux prétend-on offrir à nos enfants quand la seule reconnaissance potentielle réside dans quelques lauriers monétaires futiles et éphémères à conquérir au coeur d'une compétition généralisée. Alors c'est sûr, ça castagne un peu de temps en temps, et chacun accepte ainsi d'abandonner un peu de sa liberté, au profit d'un peu de sécurité toute illusoire d'ailleurs.

Egalité? Vous voulez un dessin ? C'est devenu tellement criant et odieux que cela fait mal au coeur. Si encore l'enrichissement traduisait l'une ou l'autre des qualités humaines nécessaire à la vie ensemble, disons qu'il pourrait refléter un minimum l'utilité sociale de chacun... On pourrait alors justifier que certains deviennent riches là où d'autres perdent jusqu'à leur dignité d'être humain. Mais non, regardons autour de nous, la richesse n'est bien souvent qu'indécence, position dans la vie, et dans la course généralisée qui nous est servie, elle ne couronne bien souvent que les plus cyniques.

Fraternité? On y arrive. C'est de ce point plus particulièrement dont j'ai à coeur de vous parler depuis ce tout nouveau « ministère de la solidarité et de l'identité nationale ».

Parmi les nouveaux féodaux, soudain, il est un jour apparu de première importance, de parler de l'identité nationale. Chacun dans son château, en quelque sorte, avec quelques valeureux chevaliers médiatisés pour le défendre ! Pourtant depuis ma modeste place de citoyen lambda, les notions me semblaient assez simples : une communauté quelle qu'elle soit, familiale, villageoise, nationale, est indissociable du terme de solidarité. Il n'y a pas de communauté familiale sans un minimum de solidarité familiale, ou alors c'est terrible, l'anarchie et les rancoeurs (le contraire de la sécurité en quelque sorte). Il me semble donc qu'il ne peut y avoir de communauté nationale sans solidarité nationale. Faire partie d'un pays, c'est être un minimum solidaire de ses concitoyens. Il était donc de la première urgence de constituer ce « ministère de la solidarité et de l'identité nationale ». Et effectivement, que de boulot ! Il a même fallut embaucher, pauvre budget !

Bien sûr il a été nécessaire de vérifier les papiers et parfois reconduire délicatement à la frontière, tous ceux qui, valeureux chevalier ou discret citoyens étaient un peu plus solidaires de quelques comptes bancaires lointains que de leurs concitoyens... nul n'est parfait, mais il a fallut surtout remettre un peu d'ordre avec quelques notions de bases devenues vraiment d'actualité :

Qu'est-ce qui relève de la solidarité ?

Comment finance-t-on la solidarité ?

Qu'est-ce qui relève de l'assurance sociale obligatoire ?

Quelssont les moyens de financer l'assurance sociale obligatoire ?

Qu'est-ce qui relève d'une démarche d'assurance individuelle et privée ?

 

Tiens, bien parlons en, les retraites, comme par hasard ! Si on distinguait les 3 problèmes :

La solidarité avec des personnes âgées quelle qu'aient été leurs parcours professionnels. Alors au « ministère de la solidarité et de l'identité nationale », on a pensé que cela correspondait à un « minimum vieillesse » auquel tout un chacun peut avoir droit à partir d'un certain âge. Oh pas une fortune, juste de quoi vivre ses dernières années dans une stricte simplicité et un minimum de dignité. Une reconnaissance de la société envers ses anciens en quelque sorte. Toutes les sociétés dignes de ce nom ont apporté leur réponse propre à cette préoccupation. Comme il semble que l'on soit une société avancée, cela relève donc de l'évidence, du bon sens !

Comment financer cette solidarité minimum ? Pour construire une société solidaire, fraternelle, il nous est apparu que la solidarité ne pouvait relever d'un quelconque mécanisme d'assurance qu'elle soit obligatoire ou pas. La solidarité, c'est une question fiscale, de redistribution de la richesse.

Redistribution fiscale de la richesse ? Oups, j'ai du dire un gros mot ! C'est vrai par les temps qui courent, cela crée une certaine dissonance. Voilà bien longtemps que l'on n'a plus entendu cette musique là. Excusez si elle donne des frissons à certains. Mais personnellement, pour vivre un peu sereinement, en sécurité ensemble (vous avez dit sécurité?), ça me semble relever d'une certaine nécessité. En fait, j'attends plutôt d'un homme politique qu'il sache dire, « oui l'impôt c'est bien, c'est même bon ». C'est vrai quoi, si tu payes des impôts, c'est que tu as gagné de l'argent ; par les temps qui courent c'est déjà plutôt bon signe !

Alors au ministère de la solidarité et de l'identité nationale, on a eut une idée un peu nouvelle, mais qui semble plutôt dynamique, génératrice de créativité : faire en sorte que la génération qui s'en va, par le patrimoine qu'elle laisse, assure collectivement une fin de vie décente à la génération de ses enfants, afin que la génération de ses petits enfants puisse innover, créer, prendre des risques, travailler, sans avoir à porter tout le poids de la génération de leur parents.

Bon traduction pratique : financer cette solidarité par un prélèvement sur le patrimoine au moment de la succession. Et oui, c'est quand même le meilleur moment pour contribuer à la redistribution de la richesse.

3ème et 4ème questions appliquées : Dans le cadre du financement de la retraite, qu'est ce qui relève de l'assurance sociale obligatoire ? Ce qui permet au retraité de conserver un niveau de vie agréable pour le restant de ses jours. Alors oui, la retraite par répartition est un système adapté et ceci d'autant plus si les cotisations sont assises sur l'ensemble des revenus. Un âge minimum ? Non ; une durée de cotisation minimum ? Oui ; un niveau de pension maximum ? Oui, tout à fait. Il est souhaitable de plafonner ce mécanisme de solidarité : A partir d'un certain niveau de vie, le maintient d'un niveau de revenu, alors que l'on ne travaille plus ne relève pas de l'assurance sociale obligatoire, mais d'une démarche individuelle, privée. Ce qui répond donc à la 5ème question...

 

Alors distinguer ce qui relève de la solidarité de ce qui relève del'assurance sociale obligatoire ; affirmer que la solidarité doit être financée fiscalement par un mécanisme qui contribue à la redistribution des richesses ; c'est non seulement une démarche qui amène un nouveau regard sur des équilibres à renouveler ; c'est aussi une démarche qui peut tout aussi bien s'appliquer aux autres financements sociaux à assurer ; mais c'est aussi et avant tout donner du sens à ce 3ème mot de notre devise, cette devise qui marque notre identité nationale et qui fait que malgré toutes les dérives récentes, on souhaiterait pouvoir rester fier d'appartenir à cette communauté nationale ; ce 3éme mot, inscrit en bonne place depuis 200 ans : Fraternité.

 

 

 

 

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