Maudits chômeurs qui ruinent la France...

Souvent, je suis confronté à des discours imbéciles de ceux qui jugent les demandeurs d’emploi en les traitant de fainéants qui profitent du système, c’est une manière particulièrement perverse d’humilier les demandeurs d’emploi en les culpabilisant de ne pas travailler dans une situation économique où, justement, l’emploi se fait rare pour chacun.

Il y a quelques années, on pouvait imaginer certains paresseux qui profitaient d’une situation avantageuse pour eux, mais aujourd’hui, et depuis l’apparition de l’euro, en quoi un chômeur, un bénéficiaire des minimas sociaux, s’enrichit-il sur ceux qui travaillent ? Sincèrement, vivre avec 450 euros par mois pour une famille, trouvez-vous cela normal ?

Je pose cette question à ceux qui nous parlent de « petits pains au chocolat » que leurs enfants ont à la récréation, alors que les enfants des autres bavent devant, sans pouvoir en profiter, parce que leurs parents doivent surveiller la moindre dépense du ménage.

Je pose cette question au FN, qui méprise les chômeurs, comme si c’était de leur faute, et je souhaiterais illustrer cette même question par une phrase tirée du « Séjour dans la maison des morts » de Dostoïevski :

-       « L'homme ne peut exister sans travail, sans propriété légale et normale ; hors de ces conditions il se pervertit et se change en bête fauve. »

C’est malheureusement ce que nous constatons en dehors de la faillite de notre République face à ses concitoyens, République qui se rend incapable de rendre possible le Droit au travail, car si dans la Constitution ce droit est présent et obligatoire, dans la réalité, il n’est pas respecté, donc c’est la faillite de l’état et des gouvernements successifs qui est en cause et qui justifie l’insupportable agacement de nos chômeurs, qui se révoltent peu à peu, qui, en attaquant en justice Pôle Emploi pour son absolu inefficacité, en dehors de celle de terroriser les demandeurs d’emploi, qui, en organisant des manifestations populaires, qui, en écrivant des articles sur les réseaux sociaux, qui, en bloquant les axes routiers, qui, en détruisant les radars, en pratiquant des opérations escargot, qui en faisant la grève pour demander un ajustement salarial en rapport au coût de la vie…

Systématiquement, les plus malheureux sont pointés du doigt par nos dirigeants politiques de tous bords, pour diminuer les droits et les avantages, pour diminuer les indemnisations, pour baisser le montant des retraites, alors que les coupables, les responsables ne cessent de s’enrichir et de tricher sans prendre le moindre risque, car ils tiennent le pouvoir entre leurs mains.

Je me souviens de ce bon Monsieur Seguin, homme politique respecté qui, du haut de son ministère, avait élaboré un système pervers de versement des retraites tous les X du mois, ce qui équivalait à payer 11 mois de retraite au lieu de 12, quel homme politique au service du citoyen peut-il élaborer une stratégie aussi vicieuse ?

Mais justement, l’homme, le chômeur est aujourd’hui fatigué d’être roulé dans la farine, de croire en des promesses jamais tenues et de devoir faire le tampon entre le patron et le politique, tous deux s’arrangent cordialement en méprisant celui qui souffre, chacun sauvegardant ses privilèges dont ils privent le demandeur d’emploi et l’employé qui doit aujourd’hui s’estimer heureux d’avoir un travail :

-       - Alors, bosse et tais-toi !

Oui, l’homme aujourd’hui « se change en bête fauve », c’est le début, le commencement d’une nouvelle ère, car le chômeur n’a plus rien à perdre, il a perdu sa femme, sa maison, il est ruiné, il se retrouve à la rue, que peut-il lui arriver de pire ?

Il n’est plus un homme, on ne lui dit plus bonjour, c’est un proscrit, un déviant, pire, un mendiant. Et le citoyen n’a aucun respect pour le mendiant, sans se poser la question de savoir pourquoi est-il devenu ce mendiant ?

Le citoyen croit-il que cela fasse plaisir aux mendiants de coucher en plein hiver sur des cartons dans les abris bus, dans les halls d’entrée, dans les jardins publics sous une tente Quetchua ?

Le citoyen ne pense-t-il pas que ces mendiants ont droit à un lit, à des draps propres, n'est-ce pas le sens de la dignité humaine que de permettre aux démunis de garder leur humanité ?

Et à côté de cette misère, les politiques, les grands patrons font de beaux discours pour endormir la majorité, et l’homme de la rue regarde sa carte d’électeur qu’il déchire en se disant :

-       -  À quoi Bon ? Qu’est-ce que cela va changer pour moi, rien !

Et oui, justement à quoi bon, tout est fait, le terrain est lentement préparé pour organiser le chaos, pour le laisser prendre le pas sur l’ordre dans un changement profond et nécessaire.

Même notre président est inexistant, et un pays qui ne se sent plus représenté, est un pays perdu pour lui-même et ce qui m’inquiète, c’est justement cette colère sourde, que nous, citoyens, sentons monter, alors que nos politiques sont aveuglés par leurs chiffres, leurs statistiques et leur désir de réélection, alors qu’ils distillent insidieusement dans la pensée populaire, que le chômeur et le Rmiste volent l’argent dans la poche des Français, alors qu’ils savent pertinemment que le chômeur, privé d’argent, devient justement « cette bête fauve » dont ils craignent l’éveil, « car l’argent est une liberté sonnante et trébuchante pour un homme entièrement privé de la vraie liberté ? »

Nous vivons une époque formidiable…

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.