L'affaire des «bébés nés sans bras» ou règlement de compte à OK Corral

Derrière cette affaire, se joue une sombre histoire de lutte d'influence où se mêlent pouvoir, argent, politique et notoriété scientifique

index

Depuis un mois, avec l'annonce dans les médias de cette affaire, au delà du drame qu'elle révèle, nous assistons en direct à une série de règlements de compte.

LES ACTEURS

REMERA

REMERA est un centre d'étude épidémiologique de la région Rhône-Alpes. Il est financé à la fois par la Région, par l'INSERM (Institut National de Santé et Recherche Médicale), et par SpF (Santé publique France dépendant directement du Ministère de la Santé, Mme BUZYN).

Ce centre est à l'origine d'une publication en 2015 portant sur un nombre anormal d'enfants nés sans bras dans une zone géographique restreinte de 17 km, dans l'Ain.

LA RÉGION RHONE-ALPES

Elle est présidée par un homme politique qui est aussi président de LR, Laurent WAUQUIEZ. Elle finançait REMERA à hauteur de 200.000 €.

L'INSERM

Il finance également REMERA.

SANTÉ PUBLIQUE FRANCE (SpF)

Organisme de santé publique national directement placé sous la responsabilité de Ministère de la Santé, Mme BUZYN.

LES FAITS

e5d7c4ce-69f3-47bf-9f10-f6b00b08a740

Après la publication d'une étude portant sur des cas d'agénésies de membres sur un périmètre restreint de 17 km (voir schéma) en 2015, REMERA alerte les autorités sanitaires, considérant qu'il s'agit d'un fait grave, qu'il est peut-être lié à l'environnement (pesticides, produits vétérinaires,... ?) : ce serait peut-être les seuls facteurs communs reliant les cas de malformations, il faudrait agir, aller plus loin, approfondir la question. Normal.

Pas de réponse...

Et puis, tout récemment, Mr WAUQUIEZ se propose de réduire à 100.000 € les subsides de REMERA. Veut-il faire plaisir à ses électeurs chasseurs en leur attribuant les 100.000 € "économisés" ? Ou veut-il tout simplement signifier à REMERA que ses travaux ne l’intéressent plus ? Lire ici.

Dans la foulée de la Région, l'INSERM, à son tour, se propose de supprimer les subsides à REMERA.

Se sentant en danger de fermeture, ou tout simplement considérant que son alerte n'est pas prise en compte, la directrice de REMERA, Mme AMAR, en accord avec son comité scientifique, fait le grand saut : elle alerte directement les médias, vient à Paris, est interviewée sur les plateaux !

Ain : une étrange concentration de bébés nés sans bras ou sans main © RTL - Toujours avec vous

Scandale dans les milieux scientifiques officiels ! En dehors des annonces "d'exploits scientifiques positifs" (greffe de visage, opération in utéro, etc), il ne convient pas de se substituer au Ministère pour faire des annonces, surtout s'il s'agit de ce qui pourrait apparaitre comme un vrai problème de santé publique, en l’occurrence le rôle joué par des pesticides (ou des produits vétérinaires) dans la survenue des malformations !

Le tout nouveau Ministre de...l'Agriculture, GUILLAUME, à peine nommé, interrogé, réagit, comme s'il était directement concerné ! Il le fait très maladroitement : "C'est aux scientifiques de nous prouver les dangers éventuels des pesticides". Hurlements chez les écologistes et les ONG : "La loi dit clairement qu'il appartient au fabricant de prouver l'innocuité de son produit mis sur le marché" ! Bien sûr !

Une autre voix se fait entendre, celle d'une scientifique célèbre qui a travaillé à l'INSERM. C'est Mme Ségolène AYME, retraitée. Intervient-elle à titre personnel, a-t-elle été sollicitée par "quelqu'un", parle-t-elle au nom de l'INSERM ? On ne sait mais ses propos sont virulents à l'égard de REMERA : "Sa directrice n'est qu'infirmière", "elle est incompétente", "REMERA ne respecte pas les protocoles", "ses fonds sont-ils bien utilisés ?" Dans une lettre officielle, le comité scientifique de REMERA réagit. Lire ici.

SANTÉ PUBLIQUE FRANCE publie aussitôt un travail épidémiologique contestant la valeur de l'étude de REMERA.

Du coup, LE MONDE publie l'avis d'épidémiologistes éminents qui défendent la valeur du travail de REMERA : "Le travail de SANTÉ PUBLIQUE FRANCE est contestable sur le plan épidémiologique" ! Lire ici Bataille d'experts, c'est à qui dégaine et tire le plus vite ! Ça chauffe !

Dans le même temps, Mme AMAR et d'autres membres de son équipe reçoivent un lettre de licenciement. Il faut faire taire ces dérangeants lanceurs d'alerte ! Tollé dans le public qui prend parti pour Mme AMAR ! Bref, ça tire dans tous les sens !

Gunfight at the O.K. Corral (9/9) Movie CLIP - The Clanton Family Goes Down (1957) HD © Movieclips

Sans doute sous la pression d'en haut, SpF rétropédale et Mme BUZYN s'exprime : "il n'a jamais été question de supprimer les subsides de REMERA", "Une nouvelle enquête est prévue", "le licenciement de Mme AMAR est suspendu". Elle dit travailler avec le Ministre de l’Écologie, Mr de Rugy (façon de rassurer les Ecolos ?).

Bébés sans bras : Agnès Buzyn annonce "une nouvelle enquête" avec une autre méthodologie © RTL - Toujours avec vous

Les choses ont l'air de s’apaiser... mais SpF intervient à nouveau, plutôt sournoisement.

En effet, SANTÉ PUBLIQUE FRANCE annonce que 11 autres cas de malformations sont également concernés dans l'Ain ! REMERA n'aurait-il pas travaillé sérieusement ? Sans le dire, c'est ce que SpF semble dire, sous-entend. En réalité ces 11 cas concernent des périodes antérieures sur lesquelles REMERA n'avait tout simplement pas prévu de se pencher en son temps ! Le règlement de compte n'est donc pas terminé.

Vu l'importance des enjeux (utilisation massive des pesticides en France), il n'y a pas de doute que d'autres épisodes sont à attendre...s'il reste des survivants !

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.