Enfants nés sans bras : le point sur l'épidémie

L'agence de Santé Publique France annonce 11 cas supplémentaires d'enfants nés avec des malformations des membres dans l'Ain. Analyse.

Après les 8 cas recensés par REMERA, ce sont, ce 30/10, pour l'Ain,  11 cas supplémentaires qui sont signalés directement par Santé publique France,

19 cas, en 14 ans, dans un seul département, l'Ain, c'est au delà de la fréquence "normale" (8O à 100 cas/an pour toute la France).

Santé publique France est sous la tutelle du Ministère de la Santé (Mme Buzyn). En apportant aujourd'hui cette information, il est clair que, cette fois, pas question de laisser se développer une nouvelle mise en cause de l’État. 

Après avoir, dans un premier temps, dénigré la Directrice de REMERA et contesté la validité de ses travaux, après avoir tenté de corriger les déclarations pour le moins maladroites du Ministre de l'Agriculture ("C'est aux scientifiques d'apporter la preuve de la dangerosité des pesticides"), après avoir licencié cette Directrice (lire ici), l’État (Mme Buzyn) avait fait un premier pas en démentant la mise à pied de Mme AMAR (Directrice de REMERA) et la suppression des fonds alloués à ce centre.

Ce soir, Mme Buzyn doit se sentir concernée : Santé publique France est directement sous sa responsabilité. C'est donc Mme Buzyn qui prend la décision de rendre publique une forme d'épidémie.

Bébés nés sans bras : une enquête sera déployée sur tout le territoire © RTL - Toujours avec vous

C'est un grand pas. De quoi demain sera-t-il fait ?

Depuis la première "épidémie"(des milliers de cas) de malformations congénitales des membres (affaire du médicament Thalidomide) dans les années 1950, nous n'avions plus jamais retrouvé une aussi grande fréquence de ces malformations dans un espace géographique limité. Si d'autres facteurs (que la molécule de Thalidomide) avaient été trouvé, nous le saurions.

Le questionnaire adressé aux parents des cas connus de REMERA, ne fait pas apparaitre de prise de médicaments par les mères durant leur grossesse. Aucun autre point commun chez ces 8 cas étudiés...sauf la proximité géographique de zones agricoles.

Bien sûr, cela ne prouve rien. Il semble ne pas exister de corrélation entre le début des grossesses et les périodes d'épandage. On peut imaginer l'influence ou la concordance d'autres facteurs, le rôle d'éventuelles ondes électromagnétiques, le rôle de toxines amenées par l'air, que sais-je.

Mais, par ailleurs, on sait que les pesticides (il en existe des dizaines et des dizaines) peuvent être responsables d'anomalies chez les nouveaux-nés : retard de développement des facultés, anomalies du tractus génital et/ou pubertés précoces en cas d'usage de perturbateurs endocriniens (certains pesticides sont des PE). On sait que ces produits traversent le placenta. On sait qu'ils peuvent agir à dose très faible. On sait qu'il peut exister un effet cocktail qui en décuple la toxicité. On sait que les fœtus sont des organismes fragiles en raison d'une multiplication cellulaire importante. Le moindre dérapage dans le processus d'individualisation des organes (membres, cerveau, foie, reins, etc) peut avoir des conséquences dramatiques (voir affaire du Distilbène).

Bref, si aujourd'hui, la preuve du lien entre ce qu'il faut bien appeler une épidémie et les pesticides n'est pas apportée, les suspicions sont lourdes.

Dans l'attente d'une réponse (la Ministre a affirmé que la lumière serait faite), ne faut-il pas appliquer dès à présent le principe de précaution : arrêter l'usage des pesticides, au moins dans cette zone ?

Pour être complet, redisons la très étrange proximité moléculaire entre un pesticide très employé (FOLPEL) et la Thalidomide...

A suivre.

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