De la démocratie antique fondée sur le discernement de la valeur

Peut-on faire confiance aux hommes pour discerner la valeur propre, ce qu'on appelait en d'autres temps la vertu ? C'est une des questions que pose le régime démocratique depuis l'Antiquité grecque. Un brouillard couvre les yeux des mortels et les empêche de distinguer le bien du mal, nous dit l'auteur d'un dialogue apocryphe de Platon, l'Alcibiade mineur, seuls les dieux ont une vue claire et ils élèvent et abaissent les hommes à leur gré. Les dieux qui chérissent les hommes qui leur ressemblent, auxquels ils choisissent de se manifester, ceux peut-être qui ont su façonner leur caractère pour le rendre aimable " en soi ", c'est-à-dire à tout être raisonnable. Le modèle " élitiste " et " sélectif " dans la République de Platon, celui d'une cooptation des gardiens de la cité, était une réaction à l'instabilité de la démocratie grecque, et devait mettre un coup d'arrêt aux dérives de la liberté.  Platon a voulu substituer à une opinion incertaine une science politique réservée à une élite, science qui soit aussi celle de sa propre reproduction. Par la il a sans doute pose les fondements de l élitisme contemporain, de la prétention à un savoir-mieux que le peuple ce qui est bon pour lui, qui s est dénoncé en fait en son caractère faux et injuste. Le régime de la démocratie était en effet celui des assemblées incessantes dans l'espace public, qui désignaient leurs chefs en principe sur les seuls critères de leur compétence et de leur expérience, pour garantir un ordre de la cité qui serait celui d'hommes libres, capables de se battre pour leurs lois. A l'opposé de la violence coercitive qui entretient le chaos et l'esclavage, la détestation des chefs aussi bien que des lois. La politique n'était alors pas réduite à des techniques de mystification et de manipulation des masses :  les Grecs ne pouvaient pas penser autrement leur vie en commun que comme l'ordre des lois, de la polis.

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