Paideia ou de la possibilité d'un changement radical

Pas de changement radical sans un retournement de fond des attitudes, ce que les Grecs nommaient paideia. Paideia comme une véritable conversion du regard, qui se réoriente, du pathos personnel (misère de ma propre vie, lutte elle-même isolée contre cette misère, défaite inévitable de mes forces finies, limitées), vers la plénitude du bien commun, c'est-à-dire vers ce qui - au contraire des ressources rares, exploitables et autour desquels se nouent les conflits d'intérêts égoïstes) peut se partager sans épuisement. De cette intuition du Bien, nous trouvons trace chez des auteurs comme Platon, Aristote aussi bien que Spinoza (l'homme est un dieu pour l'homme, reflet qui élargit et approfondit ma liberté). Nous qui nous mouvons à partir de la perte de cette intuition du Bien commun, il nous appartient de renouer de manière critique avec ce questionnement. IL y va en réalité de ce que la cité des hommes peut être, sous le gouvernement du logos (pour les Grecs) ou de la raison (selon le terme employé par Spinoza), occupée par la réalisation du Bien commun - par-delà ce qu'elle est, une somme d'égoïsmes frileux et néfastes, exclusivement préoccupés d'eux-mêmes.

  Il s'agit de penser une action qui ne soit pas celle d'un individu isolé sur la société hypostasiée en une entité massive auquel il ferait face (schéma de l'atomisme social), ou à travers des relais organisationnels qui le dépossèdent de son initiative propre, mais plutôt à partir d'un être-en-commun premier, dont tout pouvoir s'acharne à défaire le sens, d'une interaction principielle qui peut déchoir en conflit des égoïsmes ou au contraire par synergie des forces s'orienter vers le Bien.

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