Réflexions du lendemain

Un gouvernement " serein " face aux manifestations, qui " se déroulent comme prévu ". Des dirigeants syndicaux " contents " de la mobilisation. Le gouvernement laisse " une ouverture " aux partenaires sociaux, nous dit la porte-parole. De chaque côté, l'illusion d'être parvenus à canaliser les mécontentements. Vers la reprise des affaires, l'extension continue des privilèges, et des négociations qui s'efforceront de perpétuer un ordre fondé sur l'exploitation la plus intensive possible de la force de travail, l'extraction de la plus-value.

  Mais la colère est intacte, malgré tous les détournements et toutes les récupérations.

  Cette colère dessine une tâche et un horizon de libération, celui par exemple du gouvernement par les conseils selon Pannekoek (Les conseils ouvriers), c'est-à-dire la tâche et l'horizon d'une reprise de la valeur produite, aujourd'hui accaparée par la bureaucratie dominante, en l'activité essentielle des hommes, le travail, la production, et la création de modes de gouvernement fondés sur cette reprise (appelés conseils). Telle était la perspective, aujourd'hui bien éloignée, qui pouvait guider les formes de lutte, en particulier les grèves.

Perspective qui suppose une victoire sur toutes les structures d'aliénation et d'exploitation, y compris en leur forme juridique abstraite, au terme de luttes imprévisibles dont la dureté s'explique par la nécessité pour les citoyens et travailleurs de vaincre leur consentement à la servitude. La Boétie indiquait dans De la servitude volontaire que les tyrannies ne se maintiennent pas par la force des armes, mais par cette paradoxale et monstrueuse servitude volontaire, située par-delà le vice même.

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