Egalité parfaite de la carotte et du bâton.

Je le précise en préambule, même si je n’attache pas au mariage pour tous des vertus totalement subversives, je lui accorde une qualité d’évidence et de tranquillité.

Je le précise en préambule, même si je n’attache pas au mariage pour tous des vertus totalement subversives, je lui accorde une qualité d’évidence et de tranquillité. Au regard de l’état de nos sociétés, il est simplement normal que des couples homosexuels puissent se marier. Ce n’est donc pas à mes yeux une sorte de la prise de la Bastille, un événement de la rupture, mais l’extension d’une cérémonie dument démocratisée et l’accès à une reconnaissance et à une sécurité méritées, un conservatisme apaisant.

Tout ceci pour dire qu’à travers deux sujets : la réforme des rythmes scolaires et le mariage pour tous vient se poser la question de l’égalité de la loi dans des situations asymétriques. D’un côté, le droit au commun est contesté par une minorité bruyante qui énonce un champ d’exclusion (le mariage, c’est pour les hétéros). De l’autre, l’Etat vient imposer le rythme à tout le monde (attention, ça va chauffer si on voit les moutards trainer chez eux le mercredi matin)

La perspective égalitaire est la même dans les deux cas ; il s’agit qu’une même règle s’applique à tout le monde. Néanmoins, il est plaisant de constater la constante de certains effets.

  • L’effet loupe (je n’ai pas dit loupé) : la cristallisation des sujets, leur médiatisation crée un effet de miroir déformant ; d’une question juridique dans le premier cas, on déborde sur une question identitaire (on va tous devenir homos), d’une question, organisation des apprentissages dans le second cas, on arrive au désengagement de l’Etat (débrouillez — vous donc au fond du territoire à organiser vos garderies, les parents peuvent payer)

 

  • L’écart considérable entre l’emphase du discours et la réalité d’impact de la mesure : tout cela ne casse pas trois pattes à un canard. Le mariage pour tous concrétise une réalité et je fais le pari que la réforme des rythmes scolaire ne changera rien à la réussite scolaire et aux phénomènes de reproduction des inégalités

 

  • Les effets de diversion que le tintamarre des affrontements dits idéologiques produit ; il y a un déni total de réflexion quant aux conditions dans lesquelles, les individus peuvent s’installer de manière digne dans la vie, élever leurs enfants, se procurer des revenus décents. Il y a un oubli caractérisé sur la transmission des savoirs, la disparition progressive des compétences, la servitude généralisée. Et la novlangue se plait à présenter les contradictions comme des symbioses, la vie consumériste comme une aventure permanente.

 

Aussi, ces enjeux très académiques de l’égalité gavent un peu dans la mesure où ils sont le produit soit d’obscurantisme, soit d’autoritarisme et ils éloignent chaque jour davantage de la construction de la maison commune. On s’en désintéresse ou on adopte le point de vue très hargneux du chien méchant devant sa niche face à des mesures qui ont la prétention sublime d’organiser le quotidien des générations futures. Ça fait quand même un peu pitié.

 

 

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