2017: quand anticiper une nouvelle crise type 2008? (1/3)

Poser cette question exige de regarder tous nos engagements, de les relier aux besoins de financements liés à la bio-crise, au changement énergétique et l’insécurité engendrée par ces évolutions. La situation en 2017 s'est en fait très dégradée depuis 2008 et nous approchons d'un retournement de cycle. Probabilité accrue par un récent rapport du FMI sur le niveau record de la dette mondiale.

Article en deux volets en écho à deux articles très intéressants parus sur Mediapart : Dix ans après : pourquoi cette crise sans fin ?, de Philippe Riès ; Reprendre le contrôle de la création monétaire pour échapper à l’austérité, de Romaric Godin. Poser la question d’une crise de liquidités en France, et donc dans le monde, exige de regarder l’ensemble des engagements de la France, liés à un contexte général de crise bio-climatique, de changement de modèle énergétique et d’insécurité internationale. Ce contexte semble réduire l’horizon temporel au-dessous de l’horizon temporel de remboursement de la dette publique. (En annexes de la P1, je rappellerai les mécanismes de la création monétaire, pour répondre à cette idée que l’on peut reprendre le contrôle de la création monétaire.) Dans le deuxième volet de cet article, je tenterai de montrer quelles solutions innovantes la France met actuellement en oeuvre ; puis, en PIII, je monterai ses réponses historiques dans de multiples contextes de survi,e afin de rééquilibrer ses comptes. Toutes ces idées je les avais en fait amorcées dans Les écosolutions à la crise immobilière et économique (2009, Eyrolles). Actualisation et concrétisation huit ans après.

 Première convergence : crise de la dette et cycle financier

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Philippe Riès a parfaitement souligné la cadence du cycle des crises financières, ci-dessus (remarquer que le business cycle, le cycle des affaires, forme un rebond après les crises toujours un peu inférieur au rebond qui a suivi la crise pétrolière de 1973). Depuis 2008 (« Great financial crisis » sur le schéma précédent) le besoin de financement de l’état français a été le suivant selon la Cour des comptes : 250 milliards en 2009, 200 milliards en 2016.

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Pour payer une partie de ce déficit, les prélèvements obligatoires ont été considérablement augmentés, passant de 934 milliards d’euros en 2008 à 1083 en 2015 (+ 150 milliard environ par rapport à 2008. Cumulé, cela représente sur les huit années plus de 450 milliards d’euros, soit environ un quart de la dette totale en capital !

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Pour résoudre son besoin de financement, a France a surtout fait appel aux marchés financiers. La durée de vie de sa dette de 2 200 milliards d’euros est de sept années. Mais c'est une vue de l'esprit : ce serait le cas si on remboursait en sept années... en fait si on rembourse il faudra plutôt compter 30-40 ans (bon, le graphique date de 2011, mais l'esprit est resté le même).

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La France a bénéficié de la part des marchés financiers d’excellents taux de prêts (ci-dessous, les taux à dix ans de la dette). En mars 2017, les taux atteignaient un peu plus de 1 %. En 2016, en volume, le PIB de la France, soit la somme de tous les chiffres d’affaires des acteurs économiques, a été de 1,6 % en valeur, l’inflation de 0,4 % (donc le PIB a augmenté de 1,2 % en valeur nette). La contribution de la dette à la hausse de l’activité en France a donc été entièrement permise par l’accroissement de cette dette, puisque les règles européennes permettent que le déficit de l’état atteigne 3 % du PIB (le déficit de 2016 étant de 3,4 % du PIB, soit environ 70 milliards d’euro). On rappellera que, selon la loi de finance 2017, le total de recettes fiscales nettes est de 292 milliards d’euros. C’est comme si vous gagniez 1 300 euros par mois et que vous en dépensiez 1 600 : au bout d’une année vous seriez endetté de 3 600 euros, en dix ans de 25 200 euros, ce qui signifierez un remboursement en capital (hors intérêts) de 300 euros par mois pour rembourser le tout en sept ans (je schématise tout de même un peu, mais pas tant que ça tout de même).

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Pour réduire le déficit de la France à 0 % du PIB de 2017 à 2023 (vraiment une hypothèse d’école), en cinq années donc, il faudrait trouver 0,6 % du PIB chaque année, soit 12 milliards d’euros par an. L’impôt sur les sociétés rapporte 30 milliards par an, l’impôt sur le revenu 73, la TVA 150 milliards. En total cumulé sur cinq années, il faudrait donc trouver 180 milliards d’euros. Si les taux d’emprunt baissent sur les marchés financiers, cela sera d’autant moins qui sera demandé aux contribuables : cependant, après un creux prononcé en juin 2016 les taux ont presque repris 1 % en douze mois. Notons que pour la France ils atteignaient plus de 3 % en 2010 : cela souligne la fragilité de la situation actuelle, à la merci des anticipations des marchés financiers. Si l’on prolonge le graphique du « financial cycle » présenté par Philippe Riès que j’ai repris au début de l’article, 2017-2023 « peut » tout à fait correspondre au retour d’une crise type 2008 : « peut », et non « doit » ; ce sont les magies des statistiques, on connaît le cycle mais non la fréquence des cycles. Comment les traders pourraient-ils anticiper le choc récessif d’une demande en baisse de 0,6 % du PIB par an pour la France ? Comment cela va-t-il se traduire pour les taux que nous payerons effectivement ? Je les vois mal avoisiner les 0 % en tout cas, comme cela a été le cas en juin 2016. Or, de la réponse des traders dépendra l’amplification d’un choc récessif sur l’économie nationale, donc européenne. Sous Monsieur Hollande, on s’était donc contenté de réduire le déficit d’un prudent 0,2 % par an. 43 % de la dette publique est détenue par les Français eux-mêmes : les placements que leur proposent les établissements financiers panachent actions, obligations et, parmi les obligations, les obligations émises par les états eux-mêmes, réputées sûres car un « pays ne fait pas faillite ». Concrètement, beaucoup de Français possèdent des placements en assurance-vie, tout simplement pour assurer un complément à leurs retraites si des fonds venaient à manquer. En fait, un Français qui achète via une assurance-vie une OAT (« Obligation assimilable du Trésor ») se rémunère, certes, par le taux d’intérêt que lui sert cette obligation dont la sûreté est vantée par les établissements financiers, mais il la paie en même temps à travers ses impôts.

2016, le cri d’alerte du Fonds monétaire international (FMI). Enfin un chiffrage de la dette mondiale publique et privée

Marialuz Moreno Badia est cheffe de division adjoint au Département des finances publiques du Fonds monétaire international ;  Vitor Gaspar est Directeur du département des finances publiques du FMI. Ils viennent de publier Les mauvais grands acteurs : une vue mondiale de la dette (https://www.imf.org/external/french/np/blog/2016/100516f.htm). Ils ne décrivent ni plus ni moins qu’une bombe à retardement, que synthétise le graphique ci-dessous, un article daté de fin 2016 tout de même mais passé inaperçu en France en raison de la campagne présidentielle :

 

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« Jusqu’à présent », expliquent les deux analystes, « un tableau complet de la dette mondiale faisait défaut. Pour la première fois, l’édition d’octobre 2016 du Moniteur des finances publiques a chiffré le volume de la dette (…). Et ce tableau n’est pas beau à voir. La dette mondiale atteint un record de 152 000 milliards de dollars, soit 225 % du PIB mondial (…). Près de 100 000 milliards de dollars, soit environ deux tiers, sont des engagements de sociétés non financières et de ménages, c’est-à-dire des dettes privées. (…) Comme Fisher (un économiste) l’avait dit, cette dette élevée représente un obstacle majeur pour la reprise de l’économie mondiale, qui accentue le risque de tomber dans une spirale dette-déflation ». Les auteurs pointent l’endettement de la Chine, de beaucoup de pays « avancés », de pays émergents. « (Cette situation) sème le doute quant à la santé fondamentale des positions budgétaires. »

Cette dette privée est si importante qu’en cas de crise elle ne pourrait être transformée en dette publique (voir annexe sur le refinancement des créances douteuses par une banque centrale), en raison des « positions budgétaires fragiles » de nombreux états. L’article insiste : les récessions financières sont plus longues et plus profondes que les récessions normales « avec, en fin de compte, un lien avec la dette et les déficits publics ». Ces déficits amplifieraient une telle récession ; on ne peut enfin attendre de la croissance qu’elle permette de réduire cette dette privée, notamment en Europe, en raison de sa faiblesse. Cet article a le mérite de souligner le rôle de la dette privée : ce fut en effet celle-ci qui, aux Etats-Unis, fit exploser le système financier. Il s’agissait d’une dette immobilière, ou plutôt hypothécaire, que garantissaient non les revenus des emprunteurs (trop faibles), mais l’augmentation hypothétique du prix du m2 de leurs maisons au cas où, ne pouvant plus assumer leurs prêts, ils revendraient leurs biens (ou que les établissements financiers le feraient pour eux, plus exactement, après les avoir expulsés). De surcroît, on ne savait plus ni qui avait emprunté, ni dans quels établissements : les créances douteuses étaient noyées dans des sortes de « paniers », des titres de titres, rachetés, vendus, au comptant, à terme, etc. Tout ou presque étant imaginable.

Retour en France : la convergence de besoins accrus liés à une dette sans précédents, au changement climatique, à l’insécurité internationale et la fin d’un modèle énergétique

Il faut pointer l’inertie problématique d’un modèle dont les décideur savent sans forcément pouvoir le dire qu’il est à bout de souffle : le Premier ministre a certes géré la communication d’Areva, ce qui ne veut pas dire qu’il est responsable de sa gestion, mais que chacun est conscient du problème. La crise du modèle énergétique est illustrée par la Cour des comptes qui montre bien comment elle alourdit déjà les finances publiques. Cela concerne la recapitalisation d’Areva par l’état, le gestionnaire des déchets du nucléaire. Cela est le résultat indirect de l’achat d’Uramin, « l’affaire » Areva, soit l’achat d’une mine d’uranium… sans minerais. Ceci a fini par entrer de manière indirecte dans le déficit public de 2017 pour 0,1 % du PIB tout de même. (Coût total recapitalisation : 5 milliards d’euros). Selon le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, la gestion d’Areva a été « scandaleuse », « une gestion aussi indigente des deniers publics (étant) absolument inacceptable ». On peut dresser les mêmes constatations pour Super Phénix, l'EPR de Flamanville, le centre d'enfouissement de Bure (le Minitel, le Plan calcul, l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes... et toutes ces choses là qui mises bout à bout font un inventaire surréaliste).

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Areva est un peu l’arbre qui cache la forêt.

Il faut en effet se pencher sur la gestion des déchets nucléaire. D'abord, le centre d’enfouissement de Bure (Meuse) : la note, estimée par EDF à 15 milliards d’euros, serait de 32 milliards, mais pourrait être de 60, voire de 75. Tout ceci doit être provisionné par EDF sur son bilan, en débit (et le provisionnement sur son compte d’exploitation). Cela donc renvoie au problème d’EDF lui-même : en 2005, le Groupe à la recherche de financement stable et à long terme avait, en 2005, convaincu cinq millions de petits actionnaires d’acheter son action à 32 euros ; en mars 2017, l’action du groupe, détenu à 75 % par l’état, était tombée à environ 6 euros. Une recapitalisation de 4 milliards d’euros a été lancée, dont 3 supportés par l’état. Cette chute de l’action s’explique notamment par les coûts liés à prolongation des 58 réacteurs du groupe, estimée à 55 milliards d’euros (rapport Cour des comptes) ; s’y rajoutent la dérive des coûts des centrales EPR, à Flamanville (9 milliards au lieu des 4 annoncés), en Angleterre (21 milliards supportés aux 2/3 par EDF) et en Finlande ; en plus, le démantèlement des réacteurs est estimé à 60 milliards d’euros. Par ailleurs, dans la réflexion sur la sécurité nucléaire, l’accident survenu à Fukushima Daiichi au Japon en 2011 a poussé l'état à demander à EDF des investissements de sécurité d’autant plus importants que l’opérateur souhaitait prolonger la durée de vue des centrales : ces investissements comptent pour une dizaine de milliards dans les coûts déjà annoncés. En outre, il n’existe aucun provisionnement en cas de catastrophe nucléaire en France : cela a coûté de 200 à 400 milliards au Japon ; en Ukraine, 3 % du PIB est consacré aux conséquences de Tchernobyl. Il y a enfin quelquechose de suprêmement ironique dans un scénario... plutôt positif : on commence à parler d 'une filière nucléaire dont le combustible serait les déchets, d'ici une dizaine d'années (mais sans rapport avec la filière de Super-Phénix des Français, encore un échec)... Hypothétique? De toute façon, EDF s'est engagée boulet au pied à nager dans la filière EPR. Si c'est confirmé, l'investissement Bure serait l'un des pires choix industriels qu'a fait la France.

S’y ajoute, mais c’est presque anecdotique, le coût de la pose du compteur électrique Linky aux dérives dénoncées par la Cour des comptes dès 2015 (société Enedis, anciennement ERDF). Dans mon ouvrage Téléphone portable, compteur Linky : les risques, j’indique (pardon de me citer) : Linky, c’est tout de même au moins 5 milliards d’euros, et certainement 7 ou 8. Et la Cour des Comptes d’écrire (Rapport annuel 2015) : …le succès du compteur Linky reste suspendu à des perspectives financières fragiles (la valeur actuelle nette du projet à l’échéance de 2034 ne serait que de 0,2 milliards d’euros pour un investissement de 5 milliards). Même appréciation que celle de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies, qui pointe un dérapage vraisemblable des coûts de 2 à 3 milliards d’euros. Il est vrai qu’additionner tous ces chiffres, tels quels, peut paraître dépourvus de sens. Bure, c’est au moins 32 milliards réparties sur… 140 ans. Flamanville, c’est presque cash ; le démantèlement des réacteurs, personne ne sait sur quelle durée ils seront étalés (la centrale nucléaire fermée dans les Monts-d’Arrée se démantèle depuis une dizaine d’années, sans perspective d'une date d'achèvement vraiment fixée et des coûts sans cesse croissants). Mais peu importe : toute dette s’additionne, qu’elle soit de court ou de très long terme. Ici, le total se chiffre à 183 milliards d’euros 2017.

 A cela, il faut rajouter le coût de la transition énergétique, que j’avais tenté de chiffrer en 2009. La rénovation et l’isolation des logements : 30 000 euros/foyer soit, pour 26 millions de ménage, 780 milliards d’euros ; le coût d’adaptation du parc automobile français à l’électrique à 10 000 euros/véhicule, soit 360 milliards d’euros (pour 36 millions de véhicules, en partant de chiffres américains sur le coût de remplacement des seuls moteurs) ; la création d’une infrastructure pour les bornes de rechargement, tant collectives qu’individuelles, 180 milliards. Dans ce sens, de manière plus globale, le rapport du GIEC (Groupement international d’expert sur le climat) indiquait en 2008 qu’une hausse de la température mondiale de 2°C  coûterait 3,6 % du PIB mondial par an, qu’une réduction des émissions carbone de 60 à 96 % des émissions de carbone de 2,5 à 4,9 % de la richesse mondiale par an : il est vrai que ces chiffres sont en peut-être en baisse avec la chute du coût des installations photovoltaïques et l’augmentation considérable de leur rendement... mais les marchés n'aiment pas l'incertitude.

Les coûts croissants du watt électrique centralisé (produit en usine) se sont croisés dans certaines zones assez ensoleillées avec le coût décroissant du watt décentralisé du photovoltaïque (produit sur son toit)  il y a un ou deux ans, préparant le lit de la crise d'adaptation d'EDF (laquelle est multi-engagée à des prix de rachat aux particuliers, rappellons-le, tant pour le soleil que pour l"éolien). Lié au cycle financier si bien décrit par Philippe Ariès, c’est ajouter à la probabilité actuelle d’une crise type 2008, Donc, avec le nucléaire, nous arrivons à un  besoin de financement de 1 300 milliards d’euros pour la France. Si nous voulons réduite le déficit de la France sur cinq années, il faudrait trouver en plus un total de 180 milliards. Total : 1 500 milliards, qui doivent donc s'ajouter aux 2 200 milliards de la dette publique actuelle. Si j'étais trader, je prendrais des options indicielles à la chute des indices boursiers et monétaires (que j'estime à 40% pour le CAC, sans nouvelle crise inattendue, liée par exemple à la sécurité internationale). Lorsqu'Emmanuel Macron a voulu réduire le budget de la Défense de 850 millions en juillet 2017, il ne faisait que tirer les conséquences de ces chiffres, qui induisent inévitablement une réduction des opérations extérieures, dans un contexte de désordre international… où cela ne serait pas souhaitable, en effet. Le programme nucléaire semblait garantir l’indépendance nationale et une source abondante de plutonium pour la force de frappe. Le trop apparaît aujourd'hui comme l’ennemi du bien, sachant que le pays, en pointe sur les énergies renouvelables grâce à des innovateurs géniaux, les a systématiquement débaschés, empêchant le cycle de destruction-création fondamental dans la pensée de Schumpeter… ou du moins le décalant vers d’autres pays. Ce débat sur les 850 millions de la Défense a signalé qu’un iceberg émergeait de plus en plus, qui nécessite certainement d’élargir sa vision.

La perte de l’horizon temporel nécessaire au paiement de la dette liée au besoin de financement de la France : 2017-2023, super-convergence de toutes les crises ?

Comment lire le graphique ci-dessous ?

1 - Il y a un effet de ciseau entre l’effondrement des populations animales sauvages et l’augmentation des populations humaines. C’est la fin de la biodiversité et des forêts, l’effondrement des captures liées à la pêche mondiale ; la chute des rendements agricoles, déjà montrée par les chiffres de l’ONU (dues à la remontée des sécheresses). L'homme, en tête à tête avec le porc, la vache et les céréales OGM dès 2063 ? (Noter que j'ai pris une base 10 pour l'effondrement des populations animales en 1970. Mais il faudrait mieux le faire à partir des Grandes découvertes de la Renaissance, ce serait là encore plus frappant ; en 1970, fin des Trente Glorieuses et en pleine agriculture industrielle, la situation était déjà très dégradée).

2 – Cela a lieu sur fond d’augmentation des températures mondiales : ici, + 2°C en 2063. C’est le scénario moyen du GIEC. Ici, on suppose qu’il est dépassé, peut-être avec l'effet méthane de la fonte des permafrosts arctiques. L’effet est exponentiel sur les populations animales et végétales.

3 – La population humaine, qui consomme en 2017 plus de la moitié des ressources biologiques renouvelables, en consommera la totalité dès 2063. A cette date, il reste 1,6 % des populations animales sauvages par rapport à 1970.

Ce qui n’avait pas été fait jusqu’à présent (c'était trop tôt), c’est lier ces bio-évolutions avec les cycles financiers de la manière suivante :

4 – Le besoin de financement de la France augmente, voire est quasiment doublé (c'est l'originalité de mon hypothèse) : l’échec du nucléaire, la nécessité d’investir dans les énergies renouvelables, le coût du passage du parc automobile à l’électrique, l’isolation des logements double le besoin de financement du pays. Selon la banque Morgan Stanley (août 2017), ces énergies coûteront moins chers que les énergies actuelles (charbon, gaz, nucléaire) dès 2020. Ne sont pas pris en compte les investissements dans la biodiversité… Si l’on veut que l’agriculture industrielle respecte la biodiversité, il y a une baisse des rendements d’une quinzaine de pour cents, compensable par la réduction de la consommation de viande (et l'augmentation en nutriments de telles productions végétales : tout n'est pas que quantitatif). N’est pas pris en compte le coût des catastrophes naturelles, comme la montée des eaux, bien sensible sur les côtes du pays. Le coût et donc sous-estimé : en plus donc du fait qu’il faut solder la facture EDF-Areva-ERDF/Enedis… au moins 10 % du PIB. Et ré-investir : 3 % du PIB/an. Si pour empêcher l’émigration des populations décimées par l’effondrement de leurs écosystèmes, la réponse n'est que militaire… on ne peut plus prédire aucun coût, puisque nous entrons dans une guerre généralisée, sur fond de dissémination nucléaire (les coûts du réarmement mondial ont ré-atteint les niveaux de la Guerre froide). Si elle mixe les solutions, ce sera une dépense de plusieurs milliards d'euros/an.

5 – Le cycle du CAC 40 (Bourse de Paris) : en 2017, l’indice a commencé à plafonner aux sommets qui ont précédés la crise de 2008. Le problème vient en outre du fait que les états, sur-endettés, n’ont plus de marges de manœuvre pour s’endetter davantage, sans même tenir compte du coût de la transition énergétique et de la protection des écosystèmes ; j’ai donc extrapolé un effondrement du CAC 40 dans la période 2017-2023 (le mandat de Monsieur Macron, pour résumer), en fait une remise à niveau avec le coût réel d'une action (Price earning ratio, PER).

6 – En outre, cela correspond bien au retournement du cycle financier que montrait Philippe Riès, dont j’ai juste retourné les données (les – devenant des +) pour mieux faire comprendre les choses. (En annexes, je montrerai pourquoi on ne peut pas faire fonctionner la « planche à billets ».)

La convergence des crises (graphique Pierre-gilles Bellin, 2017) La convergence des crises (graphique Pierre-gilles Bellin, 2017)

Conclusion à la partie I

Je n’ai pas souligné le fait que j’ai extrapolé un remboursement de la dette de France de 3 % du PIB par an jusqu’en 2063 : pour dire que c’est impossible. Je souligne aussi que j’ai prolongé les tendances de manière arithmétique, non géométrique. Bien sûr, le coût des énergies renouvelables plonge, comme l’a souligné la banque Morgan-Stanley en août 2017, ce qui condamne les structures type EDF dès 2020 (l’action a été divisée par cinq depuis son entrée en Bourse, accentuant encore la méfiance des épargnants pour les actions ; comme pour le Crédit Lyonnais, il faudra certainement créer une structure de relégation des actifs douteux d’EDF et Areva, voir d'ERDF, sur la base du financement des contribuables). En somme, cela fonctionne comme si toutes les courbes se trouvaient en ciseau à la même période « P », en 2017-2023 : restent aux traders à décider l’instant « T », puisqu'en nous endettant nous leur avons abandonné notre souveraineté (ainsi qu'aux moteurs de trading automatisés). Je ne prends même pas en compte les marchés gris, qui échappent à toutes règles, et la volonté de Monsieur Trump de dérégulation financière.

Deux siècles auparavant, aux XIXe et XXe siècles, la solution migratoire avait permis de transférer des dizaines de millions d’Européens surtout en Amérique du Nord et du Sud, mais cette soupape n’existe plus (à ce titre, les compagnies maritimes s’étaient reconverties du commerce d’esclaves noirs aux transports de migrants européens dans la misère). La richesse de l'Europe et des Etats-Unis ne serait pas posssible aujourd'hui sans le commerce des esclaves, le sucre de canne, les épices, et la colonisation des Amériques (l'extraction de minerais, la destruction des forêts, des espèces animales à poils type castor, loutre, des populations de cétacés) : en résumé, on avait de l'espace, et même un espace immense (le quart des terres émergées !), de la "bio-ressource" et de la main d'oeuvre, soit gratuite et non qualifiée (les esclaves), ou plus qualifiée et presque gratuite (les migrants européens). Pour donner un autre exemple très parlant, l'augmentation de la population européenne avait été telle que la pêche en lacs et rivières s'étant effondrée, on avait développé des flottes de pêche à la morue sur les bancs de Terre Neuve, au Québec récemment découvert... au début, la densité des poissons était telle que l'on remplissait les barques presque à la main. Aujourd'hui, on regardera l'effondrement de la pêche en mer, notamment côtière et artisanale : ce sont des centaines de millions de personnes dont la vie se trouve de plus en plus fragilisée, en plus des populations des marges désertiques type Sahel, Erythrée ou Moyen-Orient. S'y ajoute la désagrégation sociale et étatique sur fond de terrorisme.

Nous n’avons pas de planète de rechange. Mais si vous aimez la SF : du V2 (1944) à Ariane 5 (2017), la charge spatiale emportable est passée de 0,75 tonnes (alors de l’explosif) pour une masse au décollage de 12,5 tonnes, à 10 tonnes pour une masse au décollage de 780 tonnes, ce qui fait une petite progression de 13 en 70 années… et ce sans compter les 50 années précédentes de mises au point théoriques, ce qui nous fait parvenir à un total de 130 années pour cette technologie. Un mauvais sujet de roman : une population de prédateurs se jetant sur les planètes vierges ou non, cela ne correspondrait peut-être pas à ces relations internationales d’un genre inédit : il n’est plus interdit de penser que l’on se heurterait à des oppositions… à moins que dans cette période de faiblesse nous ne soyions nous-mêmes finalement prédatés (voilà un autre sujet de roman). Quoi qu'il en soit, ce cycle de 130 ans est celui du développement de la quasi-totalité des technologies, informatique, moteur à vapeur, moteur à explosion, aviation actuelle... pour le moteur électrique (et les batteries), il a été retardé de trois-quart de siècle par la concurrence de l'essence ; pour les énergies renouvellables, en France du moins, les lobbies l'ont au moins ralenti de vingt-trente ans. Dans un contexte crucial comme celui du rétrécissement de l'horizon temporel lié à la viabilité de la planète pour l'homme (et au remboursement de la dette publique et privée), ces cassures convergent et nous mettent à mon avis hors-limite.

A présent, la seule solution envisageable constitue à purger les passifs financiers, supprimer des normes souvent inventées pour perpétuer des monopoles économiques, poser un modèle de gouvernance national et international, limiter le réchauffement de manière drastique, désindustrialiser l’agriculture, naturaliser les zones artificialisées, accepter les migrants, afin de gagner le temps nécessaire à la transition démographique en cours qui verra la population humaine diminuer naturellement. Ce renouvellement nécessite aussi, comme le disait Philippe Ariès, à laisser s’exprimer le modèle schumpetérien de création-destruction des activités, en adoucissant peut-être le passage par la création d’un revenu universel. Tous les outils techniques et sociaux existent pour résoudre ces problèmes. On pourra aussi lire à ce sujet le débat sur la dette publique entre Messieurs Mélenchon et Attali, daté du 5 juin 2010, invités par Daniel Schneidermann à l'occasion du livre écrit par l'ancien conseiller de François Mitterrand, au titre choc : Tous ruinés dans dix ans ? Ils conjuguent de manière inattendue le même cri d’alarme et des diagnostics convergents (voir : https://www.youtube.com/watch?v=LeAI_O2Zmc4), mais sans envisager le coût de la bio-crise. Sept années après ce livre qui apparaîtra certainement prophétique, la situation est toujours la même dans son essence, mais beaucoup plus dégradée à mon sens sur le plan planétaire, environnemental et aussi sur le plan des finances publiques françaises.

Si je peux hasarder un pronostic plus politique, la situation sera alors assez urgente pour réunir les composantes de la société, nationale et internationale, à l’image du Conseil national de la résistance en 1943, où chacun concède pour arriver à un programme consensuel : une crise financière comme celle de 2008 pourrait donc donner une extraordinaire opportunité de mobilisation aux Jean Moulin ou Roosevelt qui sauront la saisir, mais tout autant pour les populistes que pour ces figures de libérateurs.

Annexe 1 : qui crée la monnaie, qu’est-ce que la « planche à billets » ?

A la Renaissance, les banque (souvent lombardes ou vénitiennes) ont créé des sortes de titres : les marchands en Italie leur remettaient des pièces d’or, par exemple, et elles leur donnaient en échange des billets qu’ils allaient échanger dans d’autres banques à Troyes ou à Amsterdam (par exemple) contre d’autres pièces d’or, leur évitant de transporter de l’or, et leur permettant d’acheter des marchandises sur place. Puis les banques se sont aperçues que leurs clients leur laissaient en permanence à peu près 80 % de leurs dépôts : elles ont réalisé qu’elles pouvaient prêter de l’argent à partir de ce stock permanent. Quand une banque crée une dette de 80 euros à partir d’un dépôt de 100 euros… la banque crée 80 euros. Il s’agit de la plus grande source de création monétaire à l’heure actuelle. Si vous avez en dépôt 100 euros, la banque est obligée de vous donner un billet de 100 euro si vous lui réclamez votre argent ; si tous les déposants lui réclament leurs dépôts, elle fait faillite. Pour une banque centrale (Banque centrale européenne, Banque de France), c’est plus simple : elle imprime un billet 100 euros, portant du même coup 100 euro à l’actif et au passif de son bilan. Si 1000 milliards de billets circulent, elles possèdent un bilan de 1 000 milliards, tant à son passif qu’à son actif. Mais à la différence d’une banque, vous ne pouvez rien lui demander en échange de votre billet de 100 euros (depuis que les devises ne sont plus convertibles en or, soit depuis 1971, quand Nixon a suspendu la convertibilité or/dollars. Les autres devises ayant abandonné depuis longtemps la convertibilité avec l’or, n’ayant plus assez d’or après les deux guerres mondiales). Ci-dessous, graphique montrant le système :

 

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Une relation "MV = PT", unit la monnaie et l'économie "réelle", soit Masse monétaire X Vitesse de circulation de la monnaie = Niveau de prix X Somme des transactions (MV = PT).

Si on crée trop de billets de banque, leur masse en circulation ne correspond plus à l’activité réelle, et les billets perdent de leur valeur : c’est l’inflation. Comme l’état avait trop facilement recours à cet expédient pour équilibrer ses comptes, une loi de 1973 a interdit à la Banque de France de faire fonctionner la « planche à billets ». Cette loi a été reprise par la Banque centrale européenne : celle-ci n’agit plus sur l’économie que par le biais des banques, et ce quand celles-ci se refinancent sur le marché monétaire, selon qu’elles manquent de liquidités ou en possèdent trop. La BCE espère que le coût de ce refinancement, le taux d’intérêt, sera le levier indirect qui, augmentant ou baissant le coût du crédit des banque aux particuliers et entreprises, permettra d’agir sur l’économie. Encore faut-il que les banques aient envie de prêter et les acteurs de l’économie envie de s’endetter (ou le puissent).

Annexe 2 : que se passe-t-il en cas de crise de liquidité ? Pourquoi les états s'endettent-ils lors d'une crise ?

Si, comme cela a été le cas pour la France, on se rend compte que plusieurs dizaines de milliards d’euros prêtés par les banques ne sont pas remboursables (pour résumer), la banque centrale (Banque centrale européenne aujoud'hui, Banque de France hier) rachète ces dettes non remboursables (ou créances douteuses) aux banques pour éviter la faillite du système monétaire. En bilan, les banques centrales se retrouvent avec dans leur actif 10 milliards d’euros (par exemple) prêtés aux banques qui leur ont remis en échange leurs créances douteuses (et en passif, car ces créances ne valent plus rien). Dans le cas de la France, les banques ont remboursé au final (les banques françaises étaient peu tombées dans le piège des prêts hypothécaires américains, dits « subprimes »). Pour racheter ces créances douteuses, les banques centrales soit créent de la monnaie (par la « planche à billets »), soit l’empruntent aux marchés eux-mêmes… donc, in fine, c’est au contribuable de rembourser. Comme les recettes fiscales fondent  avec la crise économique, qu’il faut relancer la demande intérieure, les états peuvent en outre emprunter sur les marchés internationaux et augmentent leur endettement (pour payer les fonctionnaires, les travaux publics, etc.) : c’est ce qui s’est passé en 2008. Ce qui est regrettable pour la France, c'est que l'endettement public ait démarré sous François Mitterrand, sans que cela soit vraiment nécessaire : conséquence, peu à peu, et bien avant 2008, le besoin de liquidités transnationales est devenu structurel, alimentant non seulement des investissements mais surtout des dépenses de fonctionnement. Et encore peut-on s'interroger sur le sens "d'investissements" : un sur-équipement des collectivités locales en médiathèques ou parkings n'est pas à mon sens un investissement. En tout cas, on a consommé du sur-endettement sans que cela soit nécessaire : donc, depuis 2008, nous n'avons plus de réserves monétaires pour la "bio-crise" mondiale, surtout si elle se conjugue avec une crise classique de bulle spéculative.

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