L'entropie anthropique

L’entropie cyclonique qu’on constate dans la zone des tropiques sur l’Atlantique est anthropique.

L’entropie cyclonique qu’on constate dans la zone des tropiques sur l’Atlantique est anthropique : si l’on nous explique qu’il n’y a pas plus de cyclones qu’auparavant, en revanche, il est clair que le réchauffement climatique a considérablement renforcé l’intensité de ces mêmes cyclones par la simple élévation de température de l’eau de mer qu’on relève dans cette zone de l’Atlantique. Une température de 26 °C est le facteur déclenchant : elle permet l’évaporation qui est le principe moteur du cyclone. Plus l’eau est chaude, plus l’évaporation alimentera durablement le cyclone dans sa course dévastatrice  vers l’ouest. Et si ce phénomène bénéficie de vents favorables, le moteur gagne en puissance dévastatrice.

C’est ce qui s’est passé avec le cyclone Irma qui n’a eu de cesse de se renforcer dans son couloir tropical en direction de l’ouest, en atteignant une circonférence de plus de 600 km de diamètre et en passant en catégorie 5. Un autre cyclone dans son sillage, baptisé José, qui a fini par passer en catégorie 4, s’apprête à frapper de nouveau les îles des petites Antilles si durement éprouvées par le cyclone Irma, dont les îles de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy. On dirait une réplique cyclonique, semblable au phénomène de réplique sismique. Une secousse tellurique en appelle une autre, un cyclone en appelle un autre, dans le couloir mortel des tropiques.

Entropie vient du grec entropia « retournement vers l’intérieur », qui dérive lui-même du radical tropos « tour, changement », d’où vient tropikos qui a donné le mot tropique en français. L’entropie caractérise le degré de désordre d’un système. Le dérèglement climatique est résolument entropique, et c’est ce phénomène qu’on voit à l’œuvre sous les tropiques. Il est étrange d’ailleurs d’observer comment le langage dit les choses par le jeu des contiguïtés morphologiques. Tropique, zone entropique, d’origine anthropique, n’en déplaisent aux climatosceptiques qui souffrent de cécité aiguë  et qui, pour la plupart, sont des serviteurs zélés des lobbys des énergies fossiles.

À l’entropie tropicale vient se rajouter une autre entropie, typiquement anthropique, qui mesure le désordre d’un système social donné. À la dévastation du cyclone dans l’île de Saint-Martin s’est rajoutée la désolation des scènes de pillages observées sur l’île, comme si la dévastation naturelle appelait la dégradation de l’ordre social. Et ce qui est remarquable dans ces épisodes de pillage et d’émeutes populaires,  c’est que ce ne sont pas des denrées de première nécessité qui sont pillées, comme on aurait pu s’y attendre, en raison de la pénurie d’eau potable notamment (l’usine de désalinisation d’eau de mer, qui approvisionne l’île en eau potable, ne fonctionne plus pour la simple raison que la centrale EDF sur place est hors service après le passage du cyclone), non, ce sont des biens high-tech, comme des téléviseurs, par exemple.

On peine à imaginer le niveau de catastrophe que pourrait occasionner le cyclone Irma s’il s’abattait avec la même puissance dévastatrice sur la mégapole de Miami, en Floride. Et les répercussions catastrophiques que cela pourrait avoir sur l’ordre social urbain, entropie anthropique oblige…

Une chose est claire, c’est que ce type de dévastation naturelle d’une ampleur sans précédent est un avertissement et le signe avant-coureur de ce que nous réserve l’avenir, placé sous le signe de l’entropie climatique. 

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