Ovnis-Papers : intermède fictio-fictionnisant

Chers lecteurs, depuis que j’ai lancé cette série, j’éprouve le besoin d’une respiration. Comme l’idéal eût été qu’un homme de l’art se confesse, bref un « espion ». Mais ils(elles) se défilent. Imaginons ce qu'ils diraient pour gagner le Paradis. Interview.

Propos liminaires

Il vous faut à présent bien comprendre ce que c’est de travailler avec la DGSE, ou tout service de renseignement, pour un personnel extérieur, hors des cadres administratifs de catégorie A, B ou C, disposant de jours de récupération, jalousies internes, bonus-retraite, etc. : bref, ce que c’est d’être une « source ». La Source, dit-on boulevard Mortier, nous devons bien la traiter car, après, il se répandra que nous les maltraitons, et les autres sources refuseront de collaborer. Il existe toute une méthodologie de recrutement des sources : après qu’elle eût été repérée, des agents viennent la voir pour lui tendre des perches, parfois sans cacher leur appartenance. Là, la source se rétracte, ou y va… Dès lors, on lui associera un officier-traitant, et la teneur de leur relation obéira à ce maître-mot : « manipulation », ou relation « maître-disciple », appelée ici relation « maître-esclave ». Quant aux Agents, ils se qualifient eux-mêmes de « Seigneurs » et de « Voyous », quand ils ont des lettres. Mais entre cette situation, et la coopération amicale, débouchant parfois sur de solides amitiés, s’établissent des graduations nuancées. Pour ma part, je n’ai accepté de fournir des informations sur mes propres recherches que de loin en loin, et les contacts, avec des agents de bas d’échelle s’effectuaient dans des circonstances publiques, festivalières, conférencières, etc., si bien que nul rendez-vous ne fut jamais pris. Seule une jeune agente sur-douée occupa mon appartement à Paris avant de filer à Bruxelles - Bruxelles nid d’espions comme chacun(ne) (ne) sait (pas). Peu importe que l’on me croit, moi ; qu’on les croit, eux, me paraît encore plus difficile dans l’improbable où ils prendraient le parti de répondre. Car, voyez-vous, puisque les Ovnis existent désormais officiellement selon l’ex-Directeur Alain Juillet, ils ne sont pas un problème et les Services secrets ne sauraient aucunement avoir une structure liée à leur étude, surtout composée de télépathes, chose d’ailleurs rigoureusement impossible, comme cela est prouvé par l’opinion publique. En outre, et celle-ci le prouve, la mythomanie existe, ainsi qu’une affection sévère, la paranoïa, qui en plus peut se confondre avec la schizo, quand on entend des voix. Bref, que faire ?

Quand Anonymous s'exprime sur l'espionnage sur les Ovnis : vrai ou faux, à moitié vrai ou à moitié faux, aboslument faux. Qui sait ? © Anonymous Quand Anonymous s'exprime sur l'espionnage sur les Ovnis : vrai ou faux, à moitié vrai ou à moitié faux, aboslument faux. Qui sait ? © Anonymous

Et voici les "confessions" du  soi-disant espion-télépathe (ci-dessous... des coquilles restent à corriger, vous m'en pardonnerez) :

Anonymous : fiction, révélation, fiction, révélation, etc. (pdf, 7.8 MB)

« Espion et télépathe, j’ai hacké les Ovnis », par Anonymous, Editions Arca Minore

En 2006, je créais une minuscule maison d’édition numérique, qui publia : « Chronique d’un activiste de la cause animale », par un auteur dont le nom de code était « Archétype », et préfacé par le réalisateur Yan Kounen lui-même. Avant de décider du publier « Espion et télépathe, j’ai hacké les Ovnis », j’avais pas mal roulé ma bosse dans l’édition : sept ans chez Gallimard-Jeunesse, rewriter de dizaines d’ouvrages (dont un sur les Ovnis, je vous dis pas), auteur d’essais et de livres pratiques sur la bio-construction chez Eyrolles. Puis cette série des Ovnis-Papers, à laquelle j’apportais un soin référentiel particulier, rebondissant sur les révélations du Pentagone concernant la réalité d’engins « non-humains », pour reprendre l’expression d’Alain Juillet, ex-directeur de la DGSE de 201 à 2002 (que je cite et recite, mais que voulez-vous, quand on tient une caution, on la ventouse avec un soin particulier). Ce qui avait mis le feu aux poudres de la « révélation » avait été l’article du New-York Times de décembre 2017. Pour qui ne le sait pas, à partir du moment où un sujet est décidé par ce journal exceptionnel, il va faire le fruit d’un immense travail interne, sous le feu d’une critique incessante, d’une prudence existentielle, aboutissant à une écriture précautionneuse, une mise et une remise en cause, et une écriture minutieuse. Méthode qui n’est pas sans rappeler le travail de Mediapart, avec moins de moyens hélas (abonnez-vous, s’il-vous-plaît !). Ce manuscrit compile donc des thèmes et des informations non sourcées, purement fictives, dans un jeu de dialogue imaginaire entre un interviewé, Anonymous, et moi-même. Des esprits chagrins dirons que je me dois d’insister sur cette fictivité, sans quoi je pourrais être poursuivi pour « Compromission du secret-défense », diffamation, etc. Allons-donc. Laissons là ces complotistes théories ubuesques et tutti quanti puis allons-y, Guide du voyageur intergalactique à la main.

Pour les connaisseurs, l'ouvrage détaille les techniques de la perception à distance "militarisée", qui va de l'espionnage à des choses moins sympas. Il passe ensuite en revue les théories standards de "l'ufologie", qu'il revisite selon les enseignements donnés par l'espionnage psychique à la mode des Militaires. Pour que ce qui me concerne, j'appelle cela une fiction, ou tirer à bout des choses connues vers des choses totalement inédites, stupéfiantes. Faux, vrai ? Je sais que certains se demanderont s'il n'y a pas des bribes de vérité, savamment dissimulées, ou plus encore ? Ce n'est pas du tout mon propos : c'est une expérience de pensée, surgie de l'action pure, comme on le verra, et vidée de toute morale. Toujours tirant le fil, l'interview se hasarde vers le complotimes : peu importe que je le réprouve, s'il s'inscrit dans la logique de l'expérience. En fait, cette interview est parfois affreuse au sens concret du terme. Vraie ? Plausible. Et encore, peut-être. Un monde orwellien nous guette, depuis que sur un Arte un journaliste nous a dit que l'on pouvait désormais reconstituer une phrase pensée, mais non dite. Le tout sur fond d'objets "non-humains" comme dirait l'autre, lesquels se baladent dans le ciel et sur les villes et sur les banlieues. Enfin, vous verrez que, de manière amusante, je me suis permis de rappeler dans l'ouvrage les définitions de la mythomanie et de la paranoïa, histoire de tirer le tapis sous le pied à des poncifs universels type "c'est un complot contre moi", "la terre est plate", "le mode a été crée en sept jours",  "un témoin ne peut-être crédible qu'il ne rapporte pas des faits que je connais déjà", etc. : c'est toujours le rasoir d'Ockham que je passe, celui qui nous dit que la vérité scientifique doit être cherchée dans la solution la plus simple, et que celle-ci soit dérangeante ou non est un problème se science-humaine, de sociologie. Ainsi vont les choses, se fichant de nos a priori. Les méchantes.

Vous le trouverez donc ici le livre en PDF, en accès libre et gratuit, mais pour quelques jours (juste un peu plus haut, en fait). Soyez gentil, gardez-le pour vous. Les commentaires les pires (s'il-vous-plaît) sont les bienvenus même si, et je le comprends, Mediapart n’est pas le récipendiaire naturel pour ces sujets (donc l'indifférence est également bienvenue). Accrochez-vous, la lecture manie des concepts d’outre-monde et n’est pas toujours facile (histoire de faire ma pub). On part aussi parfois de manière asymptotique, ce qui devait réjouir certains astronomes. Après, il faudra vous rabattre sur Amazon. Il faut quand même quelques moyens pour survivre.

Entre-temps, amusons-nous.

 Pierre-Gilles Bellin

 

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