Une morale rongée aux mites

  « Dreyfus ou L'intolérable vérité »   Un film de Jean A. Chérasse, de 1974  - censuré - avec  Marcel Thomas, Roger Peyreffitte, Michel de Lombarés, Roger Cochon, Michel Debré, Henri Guillemain, Edgar Faure, François Mitterand, Alain Krivine ... 

Cette comète lumineuse, présence du passé, croisait, le temps d'une projection, dans le ciel de la programmation de La Cinémathèque Française, et, sous nos yeux ébahis, il nous était donné d'assister à son passage.

De nous mirer dans le miroir de son passage.

Film remarquable, brillant, à l'époustouflante fluidité malgré l'inouïe complexité du sujet, d'un sujet dont rien du terrible kaléidoscope dont les multiples télescopages qui le composent vont déboucher sur des guerres à répétition et d'ampleur mondiale,  n'a échappé au réalisateur qui nous brosse, avec peu de moyens mais beaucoup de travail et un zeste de génie authentique, à faire pâlir d'envie le réalisateur du Faucon Maltais,  un tableau terrifiant de cette société qui vit et laissa, un temps, se dérouler et s'enferrer ce drame, cette tragédie qui va diviser durablement la France en deux, deux camps radicalement opposés, farouchement antagonistes, et à laquelle la nôtre n'a d'autant rien à envier que le propos est pertinent qui précise, et fait préciser à des interlocuteurs autorisés et avertis, qu'à l'époque du film, pareille affaire n'aurait jamais eu la moindre chance de voir le jour.

Entendons, aucune chance d’être jamais tirée au clair, et la vérité-vraie brandie au grand jour.

Ne parlons pas de notre époque, l'actuelle sinistre à tous les égards  ...  où ce à la mise en place de quoi l'on assiste dans le film de Chérasse, et que dénonce le réalisateur tout au long de son propos, de son film, trouve son aboutissement, son point d'orgue, sa clef de voute dans ce qu'est devenu, dans nos sociétés mondialisées,  le rapport du politique, de la gestion des affaires qui étaient sensées être celles de la cité et des gouvernés à l'éthique, à la morale et à la vérité.

Éthique, morale et vérité. Catégories dévaluées, sous-évaluées, ostracisées et moquées, argent et cynisme absolu font bon-ménage, c'est à dire qu'ils conduisent un maximum de faibles à leur perte pour le profit d'un minimum de forts. 

Éthique, morale et vérité, catégories obsolètes, frappées d'obsolescence accélérée par une corrosion continuelle, ourdie, organisée de façon active et concertée en vue de leur relègue et de leur oubli sur quelque étagère d'un musée de l'homme,  rongé aux mites qui lui  croûtent l’œil.

Horreur du présent. L’œil, et le cœur avec.

 

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