Russie, 6 ans de prison requis contre la journaliste Prokopyeva

6 ans de prison ont été requis par le procureur militaire contre la journaliste Svetlana Prokopyeva. Elle est accusée de justifier le terrorisme. En outre, il a été requis l’interdiction d’exercer le journalisme 4 ans après sa libération. Le verdict sera énoncé le 6 juillet à 12 heures.

Svetlana Prokopyeva © Svoboda.org Svetlana Prokopyeva © Svoboda.org
Des piquets de protestation, contre ce réquisitoire, qui frappe la journaliste Svetlana Prokopyeva, ont commencé devant l’immeuble du FSB sur la place Lubyanka à Moscou. 16 personnes ont été arrêtées. Il s’agit pour la plupart de journalistes : le correspondant spécial de Novaya Gazeta, Ilya Azar, Kristina Safonova de Meduza, Constatin Fomin de Russie ouverte. Les journalistes de 7x7, Sofya Krapotkin et Maxim Polyakov ont également été arrêtés.    

 Svetlana Prokopyeva est poursuivie en raison de son intervention dans l’émission « Minute d’éclaircissement », diffusée sur la radio « Echo de Moscou à Pskov » à la fin de l’année dernière. Elle a commenté l’attentat survenu le 31 octobre 2018 dans les locaux du FSB à Arkhangelsk. Il est imputé à l’anarchiste Mikhaïl Zhlobitsky, âgé de 17 ans. La journaliste a déclaré que l’État lui-même a élevé une génération de citoyens qui se dressent à présent contre lui. « Il ne s’agit pas d’un acte personnel, mais d’une action tout à fait politique », a commenté Prokopyeva. Les attentats comme méthode de lutte politique, c’est un souvenir qui resurgit : la « Narodnaïa Volia » (« Volonté du Peuple » ou « Liberté du Peuple ». C’était une organisation terroriste russe de la seconde moitié du XIXe siècle, responsable de plusieurs attentats, dont l’assassinat du Tsar Alexandre II le 1er mars 188).

La journaliste est passible de 5  à 7 ans de prison en vertu de l’article de loi réprimant la justification publique du terrorisme sur les médias.

Prokopyeva a plaidé non coupable. Elle a rappelé au tribunal l’importance fondamentale de la liberté d’expression pour la démocratie. Selon elle, « restreindre les droits et poursuivre les dissidents peut conduire au retour des camps de concentration et aux exécutions ». Le rôle du journalisme indépendant est de « sonner l’alarme à temps ». « Je n’ai pas peur de critiquer l’État. Je n’ai pas peur de critiquer la justice et de dire aux responsables du maintien de l’ordre qu’ils ont parfois tort. Je sais que ce sera terrible si je me tais, si personne ne dit rien » a affirmé la journaliste. 

 L’accusation était fondée sur deux examens psychologiques et linguistiques, dont le premier a été mené par un Centre d’experts indépendants en janvier 2019 et le second en avril de cette année par le Centre régional d’expertise médico-légale du ministère de la Justice. Les experts sont parvenus à la conclusion que la journaliste voulait provoquer chez le lecteur un assentiment avec le terroriste d’Arkhangelsk, le qualifiant de combattant contre l’État répressif et de « Narodnaïa Volia »  moderne, de défenseur des droits et libertés des citoyens, de victime de la politique du gouvernement actuel. Selon les experts, cela s’est également reflété dans les discussions du journaliste sur les « motifs et objectifs nobles » de ce jeune anarchiste. En fait, dans l’article de Svetlana Prokopieva, il n’y a pas de tels mots, à l’exception d’« État répressif ». Selon les conclusions de la deuxième expertise, il y a dans le texte de Prokopieva des signes linguistiques de « justification d’actions destructrices ».

Entre-temps, en octobre 2019, on a appris que plusieurs des examens effectués à la demande de la défense de la journaliste, il n’y avait aucun signe de justification du terrorisme dans son texte. 

 Le 6 février 2019, la maison de la journaliste a été perquisitionnée avec la participation des forces spéciales. Ses appareils électroniques ont été saisis. Les enquêteurs sont également intervenus au studio « Écho de Moscou à Pskov » où il a été effectué des saisies de dossiers. Après la perquisition, la journaliste a été emmenée pour interrogatoire. Elle a été ensuite libérée en attente de sa comparution. 

Le 4 juillet 2019, Rosfinmonitoring a inclus Prokopyeva dans la liste des « terroristes et extrémistes ». Tous les comptes bancaires russes des personnes figurant sur cette liste sont bloqués. Le 20 septembre 2019, Svetlana Prokopieva a été inculpée.

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