La stratégie ukrainienne du parrain Poutine.

Vladimir Poutine est parrain de la fille de l’Ukrainien Viktor Medvetchuk, dont l’épouse exploite un champ pétrolier en Sibérie. Cette générosité du Kremlin n’est qu’un élément d’un vaste plan. Faute de pouvoir rétablir son emprise en une fois sur la « petite Russie », l’ancienne puissance fera cela en plusieurs étapes.

Victor Medvetchuk, Oksana Marchenko, Poutine © Radio Svoboda Victor Medvetchuk, Oksana Marchenko, Poutine © Radio Svoboda
Medvetchuk est l’époux de la présentatrice de télévision Oksana Marchenko. L’homme est un homme politique ukrainien. Il a été député de la Rada suprême jusqu’en 2005, puis est redevenu homme d’affaires, comme il l’affirme. La consultation du registre du commerce laisse paraître qu’il n’avait aucune activité à l’exception d’une entreprise de conseil. Il était également cofondateur d’une ONG « Union des avocats d’Ukraine » et en dirige une autre : « Le choix du peuple ». En juillet, il a décidé de revenir à la vie publique en organisant le parti « Pour la vie » qui projette de siéger au prochain parlement ukrainien.

Les liens sont étroits avec le Kremlin. En 2012 à Yalta, Viktor Medvetchuk et Oksana Marchenko avaient rencontré le parrain de leur fille Darya, le président russe Vladimir Poutine. La marraine de Darya n’est autre que l’épouse du Premier ministre russe Dmitry Medvedev. Le parrainage n’est pas uniquement une affaire religieuse, mais d’affaires tout simplement et aussi de politique. Le parrain de Darya, Poutine, a mis sur pied un savant montage qui finance non pas le père de sa filleule, mais sa mère : Oksana Marchenko. Cette manipulation a permis à Oksana Marchenko de contourner les principaux acteurs du marché pétrolier et gazier russes, dont le tout puissant Igor Setchine de Rosneft, et d’accéder au gisement pétrolier de Gavrikovsky, le troisième de Russie par son importance. Ses réserves sont estimées à 40 millions de tonnes. Il sera exploité au travers de sociétés de Oksana Marchenko, basées à Chypre. Le pétrole russe financera la campagne de Victor Medvetchuk pour les prochaines élections législatives ukrainiennes. Medvetchuk a commencé à acheter, dès à présent, le média ukrainien « TV — 112 ».

Pour le commun des Ukrainiens, Oksana Marchenko n’est autre que présentatrice et actrice vedette de la télévision ukrainienne où elle effectue des danses jugées scandaleuses. Personne ne se doute que le véritable homme d’affaires ce n’est pas son mari Victor Medvetchuk, mais elle, Oksana Marchenko. Elle était déjà propriétaire d’au moins dix sociétés travaillant dans l’immobilier, la construction, le bois, l’ingénierie, et les médias et de trois sociétés en Crimée occupée. Évidemment, elle n’a ni le temps ni les moyens de se consacrer à tant d’activités. Des spécialistes soucieux des intérêts du Kremlin s’occupent de ses affaires pétrolières.

Mais il convient d’examiner la manière tout à fait scandaleuse avec laquelle elle a obtenu en 2015 le droit d’exploiter le fabuleux champ pétrolier sibérien de Gavrikovsky. Le vainqueur du concours était tenu de traiter les hydrocarbures retirés de ce gisement dans des raffineries ayant des caractéristiques tout à fait particulières et situées dans la région de Rostov. Ces conditions tout à fait discriminatoires (selon le journal Kommersant) étaient taillées sur mesure pour que la compagnie de Oksana Marchenko et uniquement elle puisse être choisie. Aucune société pétrolière russe n’a osé contester cette décision en justice. La société a acheté les équipements exigés trois ans après avoir gagné le concours.

Les produits pétroliers, extraits du champ de Gavrikovsko et qui seront transformés dans la région de Rostov, seront livrés en contrebande au Donbass voisin occupé. Les chars séparatistes fonctionneront avec du carburant russe raffiné en Russie par le parti ukrainien de Poutine qui siège à Kiev en la personne de Viktor Medvetchuk, ami et père de la filleule du président russe.

Mais les activités de Viktor Medvetchuk ne se limitent pas à représenter le parti pro-Poutine dans la capitale ukrainienne, à avoir des activités économiques dans les territoires occupés, et à soutenir une fédéralisation de l’Ukraine comme le souhaite le Kremlin.

Le parti « Pour la vie » de Viktor Medvetchuk tente de susciter des sentiments séparatistes dans la minorité hongroise en Transcapartie. Un ministre hongrois des territoires extérieurs situés en Ukraine a été nommé à Budapest. Les autorités hongroises sont courtisées par les députés ukrainiens prorusses Murayev, Shufrich ou encore Filipchuk. Ils promettent la double citoyenneté pour les Hongrois d’Ukraine et la protection des minorités nationales. Leurs visites sont de plus en plus fréquentes. Ils contestent la politique linguistique de Kiev, bien que l’enseignement des langues minoritaire en tant que première langue est obligatoire jusqu’à la quatrième année en Ukraine (il s’agit de notre CM2) et en tant que deuxième langue au-delà, alors qu’en Russie elles sont facultatives dans toutes les classes. La présentatrice Oksana Marchenko s’exprime en russe sur les canaux nationaux ukrainiens, alors que les canaux nationaux russes sont tous en russe. Le Kremlin devrait balayer d’abord devant sa porte.

Des confrontations violentes des minorités ethniques hongroises avec des « nationalistes ukrainiens » à l’image de celles qui sont survenues au Donbass dès 2014 pourraient être mises en scène. Des « Hommes verts » sans insigne du GRU viendraient porter secours aux minorités opprimées. Nous avons déjà vu ce scénario au Donbass. L’Ukraine pourrait être prise en tenaille par les mouvements séparatistes à l’Est et à l’Ouest.

Le 14 octobre 2018, ce serait le centre de l’Ukraine qui pourrait être déstabilisé. Le patriarche de Constantinople doit accorder le statut autocéphale à Kiev. Le deuxième concile œcuménique de l’an 381 avait proclamé l’entité économique d’une église orthodoxe sur son territoire. Dès lors, les 12.000 paroisses et autres biens que possède le patriarcat de Moscou en Ukraine deviendront la propriété du patriarcat de Kiev.

Le métropolite Illarion du patriarcat de Moscou a promis un bain de sang si les paroissiens soumis à Kiev tentaient de s’emparer des églises du patriarcat de Moscou. La guerre du « Monde russe » de Poutine pourrait se transformer en guerre pour le « Monde orthodoxe russe ». La télévision russe publie des témoignages de chrétiens qui craignent de ne plus pouvoir prier dans leurs églises après que les hommes de Bandéra et autres nazis de Kiev s’en seront emparés.

D’autre part, il s’agit d’une perte matérielle énorme pour le patriarcat de Moscou et d’une perte de rente. On estime à un milliard de $ les sommes en liquide perçus annuellement, car les paroissiens achètent les cierges en liquide. Mais surtout, il s’agit d’une perte de prestige. Moscou n’est plus la troisième Rome et la deuxième Byzance. Constantinople est toujours là. Elle a droit sur Moscou pour accorder l’autocéphalie. Tel est le sens du message que lui envoie Bartholomé qui siège dans la première capitale chrétienne de l’empereur Constantin.

À Moscou, Kirill a donné l’ordre de ne plus prier pour lui dans les églises russes. Moscou a décidé de rompre avec Constantinople si elle perd son droit canonique en Ukraine. Moscou deviendra donc hérétique. C’est elle qui sera alors menacée de schisme, car une partie de ses fidèles peuvent déclarer leur fidélité à Constantinople, parmi elles, les églises de Biélorussie, Moldavie, Finlande et du Japon.

Poutine est à présent devant un choix : le chaos chez lui, ou chez les autres. En premier lieu en Ukraine ! Des informations filtrent que des agents du GRU déguisés en ecclésiastiques sont partis en Ukraine défendre les biens moscovites.

 Les événements chaotiques de toute nature, religieux, économiques, ethniques, sabotages, incendies d’églises, donneraient prétexte à Poutine pour intervenir en Ukraine. Le parti pro-russe « Pour la vie » de Viktor Mesdvechuk l’attend.

Poutine n’a pas donné un gisement pétrolier de 40 millions de tonnes à sa femme Oksana Marchenko simplement pour ses beaux yeux.

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